MARGUERITE.

Pas un mot; je vois si peu de monde!

Lieichen alors raconte à Marguerite la chute enfin ébruitée de la petite

Barbe, abandonnée par son séducteur, qui s'est enfui sans l'épouser, après

avoir abusé de sa tendresse. Marguerite l'écoute les yeux baissés, la

rougeur sur les joues, comme si la honte de Barbe était déjà sur son propre

front. Elle revient atterrée à la maison, rentre dans sa chambre et arrose

machinalement un pot de fleurs placé pieusement par elle devant une image

de la sainte Vierge dans une niche au-dessus de son lit.

Oh! daigne, ô toi dont le coeur a saigné,

Incliner ton front vers ma douleur! etc.

Ce _Stabat Mater dolorosa_ en vers naïfs, dont le contre-coup frappe à

chaque verset le coeur de la pauvre fille, produit ici une déchirante

impression dans la bouche de cette enfant qui sera bientôt mère d'un fils

repoussé par le monde!

Autrefois, à l'aube naissante,

En allant cueillir ces bouquets,

J'arrosais de mes pleurs de déité

Les pots de fleurs sur ma fenêtre!

Et maintenant le premier rayon du soleil

M'a surprise encore éveillée,

Assise sur mon séant

Dans ma couche de tristesse!

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 168 / 326 题