XXXVII

La scène suivante se passe quelque temps après sur les plus hautes cimes du

Tyrol. Faust, non rassasié, mais ennuyé de son bonheur, est allé se reposer

de sa félicité dans la solitude et dans la contemplation extatique de la

nature.

Méphistophélès l'y a suivi, comme le doute suit la foi, pour l'empêcher de

s'enraciner dans l'âme pieuse.

Ici Goethe s'étend dans ses pensées aussi loin que l'espace et s'élève

aussi haut que les étoiles. Sa vraie nature intellectuelle, son panthéisme

véritablement indien, c'est-à-dire une divinisation vague de l'oeuvre au

lieu de l'ouvrier; une immersion les yeux fermés, à tout risque de l'âme,

dans le sein de la nature matérielle et intellectuelle, éclatent dans les

monologues de Faust comme dans son dialogue avec le génie du doute et du

mal. Nous ne vous en donnerons ici que les principales éjaculations. Elles

sont les plus beaux éclairs de paroles qui entr'ouvrent aux regards l'âme

mystérieuse du grand poëte.

«Esprit sublime!» s'écrie-t-il en s'adressant à je ne sais quelle

toute-puissance occulte, qui est peut-être la science, peut-être la foi,

peut-être le génie infernal auquel il s'est donné pour disciple, «esprit

sublime! tu m'as donné tout ce que je demandais. Ce n'est pas en vain que

tu as tourné vers moi ton visage à travers le feu! Tu m'as donné la

puissante nature pour royaume, la force de la sentir, la volupté d'en

jouir! Tu fais passer en revue devant moi la foule de tout ce qui a vie; tu

m'apprends à reconnaître mes frères dans le buisson silencieux, dans l'air,

dans les eaux; et lorsque la tempête mugit et gronde dans la forêt, roulant

les pins gigantesques, secouant avec fracas leurs branches et déracinant

leurs souches; lorsque le bruit de leur chute fait retentir de coups sourds

l'écho des montagnes, alors tu me conduis dans l'asile paisible des

grottes, et les merveilles de ma propre conscience se révèlent par la

réflexion à moi; et la lune pure et sereine monte à mes yeux, apaisant sous

ses rayons toutes choses...

«Oh! combien je sens cependant que rien de parfait n'est la part de

l'homme! Tu m'as imposé, au milieu de ces délices qui me confondent avec la

Divinité, un compagnon dont je ne saurais déjà plus me passer. Froid et

superbe, d'un souffle de sa parole il réduit tous tes dons à néant! Il

nourrit dans ma poitrine une ardeur insatiable qui me pousse sans cesse

vers cette douce image (Marguerite). Ainsi je vais, comme un homme ivre,

des désirs à la jouissance, et dans la jouissance je regrette le désir!»

Méphistophélès le raille sur cet enthousiasme vide. «Tu appelles cela,» lui

dit-il, «un plaisir surnaturel? S'étendre sur les montagnes dans la nuit et

la rosée, embrasser dans ses extases le ciel et la terre, se gonfler

jusqu'à se croire un dieu, creuser avec la perplexité du pressentiment la

moelle de la terre, sentir se résumer dans sa poitrine l'oeuvre entière des

six jours, jouir je ne sais de quoi, et conclure l'extase sublime (en

ricanant) je n'ose dire comment!»

--«Fi sur toi!» s'écrie avec dégoût Faust indigné de voir profaner par

cette ironie Dieu, la nature, la pensée, l'amour.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 116 / 326 题