XXXV

Le lieu change; on est dans la maison d'une voisine pauvre, à laquelle

Marguerite vient raconter naïvement qu'elle a trouvé une seconde cassette

pleine de merveilles dans son armoire.

--«Ne va pas le dire cette fois à ta mère,» lui recommande la voisine;

«elle la porterait encore en présent à l'église.»

La voisine ajuste la parure au front, au cou, aux doigts de

Marguerite.--«Quel dommage, dit la belle enfant, de ne pouvoir ainsi me

montrer ni dans la rue ni dans l'église!--Viens me voir souvent, lui dit la

voisine; là tu pourras t'en parer en cachette et te promener une petite

heure devant le miroir.»

La scène est délicieuse d'enfantillage d'un côté, de bavardage de l'autre.

Méphistophélès l'interrompt en paraissant. Il semble frappé de respect à la

vue de Marguerite étincelante de bijoux; il raconte à la voisine que son

mari absent est mort à Padoue, laissant un trésor, et comment il peut lui

amener un témoin de sa mort, le soir, dans son petit jardin derrière la

maison, pourvu que la charmante Marguerite s'y trouve aussi à la nuit

tombante. Il obtient ainsi par astuce une entrevue de Marguerite et de

Faust. L'innocente jeune fille y consent par obligeance pour la voisine,

sans prévoir le piége.

Faust, prévenu par Méphistophélès du rendez-vous promis, s'y rend avec son

guide satanique. La scène dans le jardin de la veuve est une délicieuse

pastorale de l'Éden, dont Méphistophélès, qui converse avec la veuve, est

le serpent sous l'herbe.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 95 / 326 题