Le lieu change; on est dans la maison d'une voisine pauvre, à laquelle
Marguerite vient raconter naïvement qu'elle a trouvé une seconde cassette
pleine de merveilles dans son armoire.
--«Ne va pas le dire cette fois à ta mère,» lui recommande la voisine;
«elle la porterait encore en présent à l'église.»
La voisine ajuste la parure au front, au cou, aux doigts de
Marguerite.--«Quel dommage, dit la belle enfant, de ne pouvoir ainsi me
montrer ni dans la rue ni dans l'église!--Viens me voir souvent, lui dit la
voisine; là tu pourras t'en parer en cachette et te promener une petite
heure devant le miroir.»
La scène est délicieuse d'enfantillage d'un côté, de bavardage de l'autre.
Méphistophélès l'interrompt en paraissant. Il semble frappé de respect à la
vue de Marguerite étincelante de bijoux; il raconte à la voisine que son
mari absent est mort à Padoue, laissant un trésor, et comment il peut lui
amener un témoin de sa mort, le soir, dans son petit jardin derrière la
maison, pourvu que la charmante Marguerite s'y trouve aussi à la nuit
tombante. Il obtient ainsi par astuce une entrevue de Marguerite et de
Faust. L'innocente jeune fille y consent par obligeance pour la voisine,
sans prévoir le piége.
Faust, prévenu par Méphistophélès du rendez-vous promis, s'y rend avec son
guide satanique. La scène dans le jardin de la veuve est une délicieuse
pastorale de l'Éden, dont Méphistophélès, qui converse avec la veuve, est
le serpent sous l'herbe.