Après une longue et vaine lamentation sur la vanité de la science pour le
bonheur ou même pour la lumière, Faust ouvre négligemment un volume
cabalistique; il tombe par hasard sur le signe qui donne à l'homme la
toute-puissance sur la nature et la toute-félicité.
«Ciel! s'écrie-t-il, comme tous mes sens viennent de tressaillir à ce
signe! Je sens tout à coup la jeune et sainte séve de la vie bouillonner
dans mes nerfs et dans mes veines. Suis-je devenu un dieu? Tout m'est
révélé clair et facile.»
Ici un hymne magnifique, semblable sans doute à celui qui fit explosion des
lèvres de la première créature intelligente, quand le monde entra avec son
premier regard dans sa prunelle! Nous ne le reproduisons pas, cet hymne, à
cause de son étendue; mais que le lecteur se représente le chant de la joie
céleste dans la présence de Dieu.
Puis Faust tourne le feuillet, et tout se voile, tout se trouble, tout se
transfigure. «Le ciel se couvre; la lune retire sa lumière; la lampe
s'éteint, elle fume; des lueurs de feu rouge tremblent sur mes tempes.»
C'est l'Esprit corrompu de la terre qui s'approche et qui lui apparaît.