À côté d'elle, mais debout, est une toute jeune femme, sa fille sans aucun
doute; elle tient sur son bras un petit enfant nouveau-né, sur la tête
duquel elle incline et elle presse son front, comme si cette tendre
pression s'adressait à son mari qui s'embarque.
Son mari est un de ces deux beaux et vigoureux marins, tout pensifs, qui se
préparent au départ; elle ne les regarde déjà plus, car elle ne verrait
plus à travers ses larmes; ses joues sont pâles et fanées de sa douleur;
mais cette douleur est calme et belle comme l'habitude de la résignation
dans une profession qui vit de périls mortels. Son attitude et son pauvre
costume de _contadine_ de Chioggia rappellent les madones de _Perugin_ ou
de _Sasso-Ferato_; mais la divinité ici n'est que dans la tristesse: c'est
la figure du pressentiment; on voit, dans la mère malade, le tombeau; on
voit, dans la jeune femme et dans l'enfant, la future indigence. Nul doute,
cependant, qu'une réminiscence de la princesse Charlotte ne se retrouve
dans le charmant visage de la jeune mère. La main ne peut pas s'abstraire
du coeur; quand le modèle est sans cesse dans l'âme, il se reproduit à
notre insu dans le tableau.