La perte de son ami causa une profonde douleur à Robert; cette douleur même
le rendit plus empressé à consoler le deuil de la princesse. Sa mère et
elle ne voyaient que lui, dans les premiers moments, à Florence. Voici en
quels termes il en écrit à son correspondant le plus intime de Paris, M.
Marcotte.
«Florence, 1831.
Je vois tous les jours ici les Bonaparte. Je connaissais particulièrement
ce pauvre prince Napoléon; sa femme et sa belle-mère, qui sont
naturellement très-affligées, m'engagent tant à y aller que chaque jour j'y
vais un moment. Je les connaissais de vieille date. Elles sont extrêmement
simples et accueillantes. Mais figurez-vous la situation de cette jeune
veuve qui vient de faire une perte si cruelle! La mère est infirme et ne
peut vivre longtemps; la fille est menacée de se voir bientôt seule au
monde, ce qui rend sa position si intéressante. Vous me demandez pourquoi
ce jeune prince Napoléon se trouvait avec les insurgés. C'est une de ces
destinées qu'on peut dire malheureuses. Homme charmant, réunissant toutes
les qualités, estimé de tous, aimant l'étude et fort instruit. Quand la
fatalité amena ici son jeune frère, qui avait été renvoyé de Rome comme
suspect, ces deux jeunes gens, ayant appris que leur mère (la reine
Hortense) partait de Rome pour venir les rejoindre à Florence, à cause des
troubles de la Romagne, voulurent aller au-devant d'elle; ils furent reçus
à Perugia, à Foligno, à Spoleto, à Terni, avec de si vives démonstrations
de joie, on leur fit tant d'instances pour se joindre aux insurgés et pour
leur prêter l'appui d'un grand nom, qu'ils se laissèrent entraîner,
Napoléon par faiblesse. Quand je le vis à Terni, je m'aperçus combien il
était préoccupé de la position où il mettait sa famille; il m'en parla
beaucoup, mais enfin le sort était jeté. Il a succombé à l'agitation d'une
vie trop rude pour lui, accoutumé au calme et au repos; on ne sait pas bien
encore par quelle mort; on parle de fièvre, de duel, de poison; pour moi,
je crois sa mort naturelle. Sa veuve est dans les larmes; je n'ose encore
la revoir.»
Quelques jours après il s'excuse, dans une lettre du 16 mai 1831, d'avoir
suspendu son voyage vers Paris. On devine à ses expressions quel intérêt
tendre l'attache presque à son insu à ce séjour. «Que vous dirai-je, sinon
que Florence m'est chère par plus d'un motif, et que je pensais bien peu à
y trouver des _empêchements si forts_ pour la quitter. Croyez cependant que
ce n'est rien d'indigne d'un honnête homme qui me lie ici, et, sans vous
donner pour le moment d'autres détails, conservez-moi toute votre estime!
Le scrupule parle dans la réticence.»