C'est surtout dans les yeux et dans le coeur de ses amis, le prince et la
princesse Bonaparte, qu'il savoura sa gloire. La gloire est un _isoloir_
qui sépare l'artiste de son humble berceau, qui l'élève dans la sphère des
abstractions, qui confond tous les rangs à une hauteur où il n'y a plus de
mesure humaine pour discerner les distances; la gloire seule est au-dessus
des distinctions sociales, parce qu'elle est la distinction divine,
l'ennoblissement par la nature, le sacre d'en haut.
Léopold Robert dut jouir, avec plus de délices encore que d'orgueil, de ce
rapprochement par la gloire avec ceux qu'il aimait d'en bas et qu'il
pouvait dès lors aimer de plain-pied.
Cependant il éprouva le besoin, à la voix de ses amis et de ses
protecteurs en France, de venir à Paris étudier son succès afin de le
dépasser encore. L'histoire doit conserver les noms de ces rares patrons du
génie de Robert: M. Marcotte, M. Paturle, M. de Lécluse, sans lesquels le
génie lui-même ne serait qu'une éclatante mendicité. Ces hommes de coeur et
de goût furent la Providence de sa fortune et de sa renommée: que son nom
rayonne sur eux, ce n'est que justice; leur opulence et leur amitié ont
rayonné longtemps sur son obscurité; la postérité doit reconnaissance à
ceux qui furent les nourriciers de ses grands artistes.