obligé de rendre au Mahdi l’épée que j’avais reçue en entrant comme
officier dans l’armée autrichienne, cette épée que j’avais portée en
Bosnie, puis plus tard au Soudan, et qui portait mon nom gravé en
lettres arabes. Elle me fut remise au mois d’août 1895 par Mr. John
Cook aîné, chef de la raison sociale Thomas Cook et fils, dans son
bureau à Ludgate Circus, lorsque j’arrivai à Londres et assistai au
congrès géographique.
Mr. John Cook avait acheté cette épée en 1890, à l’occasion d’un
voyage sur le Nil entrepris par un habitant de Louxor; l’inscription
arabe avait attiré l’attention de mon ami le major Wingate bey qui la
déchiffra et y reconnut mon nom. Je suppose que le Mahdi fit présent
de mon épée à l’un de ses hommes qui, en 1889 prit part à l’invasion
de l’Egypte, par Negoumi; quand ce redoutable émir fut défait par le
général Sir Francis Grenfell, sur le champ de bataille de Toski, il est
probable que le porteur de mon épée fut aussi tué, et que celle-ci fut
ramassée sur le champ de bataille par un habitant des environs, duquel
Mr. Cook l’avait acquise.
Avoir perdu dans les déserts du Darfour l’épée à laquelle je tenais
beaucoup, la retrouver au cœur de Londres me semble être presque plus
qu’un simple hasard.
Pendant ces 16 dernières années, j’ai mené une vie pleine d’étranges
vicissitudes; j’ai cherché à décrire aussi simplement que possible ce
que j’ai vu, la façon dont j’ai vécu, incidents extraordinaires parfois.
J’espère que mon récit trouvera quelque intérêt auprès de ceux qui
témoignent de la sympathie au sort du Soudan égyptien et à ses captifs;
mon plus sincère désir est que mon expérience soit de quelque utilité
quand, si Dieu le veut, le temps pour agir sera venu.
FIN.
[Illustration: CARTE INDIQUANT L’EXTENSION DE L’INFLUENCE MAHDISTE EN
1895.
Slatin Pacha.]
NOTES:
[1] C’était le major Kitchener, à présent Sir Herbert Kitchener Pacha,
Sirdar (commandant en chef de l’armée égyptienne).
[2] Sorte de pain sans sel, complètement séché dans des fours; 1 oke =
1 kilo ¼.
[3] On dit un jour ces paroles au Prophète et esh Sheikh m’avait
expressément recommandé de choisir un moment propice pour prononcer
cette phrase.
[4] J’avais appris par hasard, que cet homme s’appelait Tajjib woled
Haggi Ali et qu’il avait été une fois avec Negoumi à Omm Derman.