En 1883, au mois de décembre je fus, par la force des circonstances,

obligé de rendre au Mahdi l’épée que j’avais reçue en entrant comme

officier dans l’armée autrichienne, cette épée que j’avais portée en

Bosnie, puis plus tard au Soudan, et qui portait mon nom gravé en

lettres arabes. Elle me fut remise au mois d’août 1895 par Mr. John

Cook aîné, chef de la raison sociale Thomas Cook et fils, dans son

bureau à Ludgate Circus, lorsque j’arrivai à Londres et assistai au

congrès géographique.

Mr. John Cook avait acheté cette épée en 1890, à l’occasion d’un

voyage sur le Nil entrepris par un habitant de Louxor; l’inscription

arabe avait attiré l’attention de mon ami le major Wingate bey qui la

déchiffra et y reconnut mon nom. Je suppose que le Mahdi fit présent

de mon épée à l’un de ses hommes qui, en 1889 prit part à l’invasion

de l’Egypte, par Negoumi; quand ce redoutable émir fut défait par le

général Sir Francis Grenfell, sur le champ de bataille de Toski, il est

probable que le porteur de mon épée fut aussi tué, et que celle-ci fut

ramassée sur le champ de bataille par un habitant des environs, duquel

Mr. Cook l’avait acquise.

Avoir perdu dans les déserts du Darfour l’épée à laquelle je tenais

beaucoup, la retrouver au cœur de Londres me semble être presque plus

qu’un simple hasard.

Pendant ces 16 dernières années, j’ai mené une vie pleine d’étranges

vicissitudes; j’ai cherché à décrire aussi simplement que possible ce

que j’ai vu, la façon dont j’ai vécu, incidents extraordinaires parfois.

J’espère que mon récit trouvera quelque intérêt auprès de ceux qui

témoignent de la sympathie au sort du Soudan égyptien et à ses captifs;

mon plus sincère désir est que mon expérience soit de quelque utilité

quand, si Dieu le veut, le temps pour agir sera venu.

FIN.

[Illustration: CARTE INDIQUANT L’EXTENSION DE L’INFLUENCE MAHDISTE EN

1895.

Slatin Pacha.]

NOTES:

[1] C’était le major Kitchener, à présent Sir Herbert Kitchener Pacha,

Sirdar (commandant en chef de l’armée égyptienne).

[2] Sorte de pain sans sel, complètement séché dans des fours; 1 oke =

1 kilo ¼.

[3] On dit un jour ces paroles au Prophète et esh Sheikh m’avait

expressément recommandé de choisir un moment propice pour prononcer

cette phrase.

[4] J’avais appris par hasard, que cet homme s’appelait Tajjib woled

Haggi Ali et qu’il avait été une fois avec Negoumi à Omm Derman.

Fer et feu au Soudan, vol. 2 of 2 · 第 29 / 29 段