_Les Chansons des rues et des bois_, comme le titre l'indique, marquent

dans la carrière du poète une espèce de temps de repos et comme les

vacances du génie. Il conduit au pré vert de l'idylle, pour y brouter

l'herbe fraîche et les fleurs, ce cheval farouche près duquel le Pégase

classique n'est qu'un bidet de paisible allure, et que seuls peuvent

monter les Alexandres de la poésie. Mais ce coursier formidable, à

la crinière échevelée, aux nasaux pleins de flamme, dont les sabots

font jaillir des étoiles pour étincelles et qui saute d'une cime à

l'autre de l'idéal à travers tes ouragans et les tonnerres, se résigne

difficilement à cette halte, et l'on sent que, s'il n'était entravé, il

regagnerait en deux coups d'aile les sommets vertigineux et les abîmes

insondables. Pendant que sa terrible monture est au vert, le poète

s'égaye en toutes sortes de fantaisies charmantes. Il remonte le cours

du temps, il redevient jeune. Ce n'est plus le maître souverain que

les générations admirent, mais un simple bachelier qui, ennuyé de sa

chambrette encombrée de bouquins poudreux, court les rues et les bois,

poursuivant les grisettes et les papillons. Il ne fait le difficile ni

pour le site, ni pour la nymphe. Pour lui Meudon est Tivoli, et Javotte

Amaryllis. Les lavandières remplacent très bien Léda dans les roseaux,

et les oies prennent des blancheurs de cygne. Le petit vin d'Argentueil

a des saveurs de nectar dans le verre à côtes du cabaret. L'imagination

du poète transforme tout et sait mettre sur le ventre d'une cruche

vulgaire la paillette lumineuse de l'idéal.

Dans ce volume, Victor Hugo a renoncé à l'alexandrin et à ses pompes

et n'emploie que les vers de sept ou de huit pieds séparés en petites

stances; mais quel merveilleux doigté! Jamais le clavier poétique n'a

été parcouru par une main plus légère et plus puissante. Les tours de

force rythmiques se succèdent accomplis avec une grâce et une aisance

incomparables. Liszt, Thalberg, Dreyschock ne sont rien à côté de cela.

A la fin du volume, le poète enfourche sa monture impatiente, lui donne

de l'éperon et s'enfonce dans l'infini.

XLI

_A l'occasion de la reprise de_ Lucrèce Borgia, _Théophile Gautier

reçut de Victor Hugo la lettre suivante_:

Hauteville-House, 9 février 1870.

«Mon Théophile, comment vous dire mon émotion? Je vous lis,

et il me semble que je vous vois. Nous revoilà jeunes comme

autrefois, et votre main n'a pas quitté ma main. Quelle

grande page vous venez d'écrire sur Lucrèce Borgia!

«Je vous aime bien. Vous êtes toujours le grand poète et le

grand ami.

«VICTOR HUGO.

«Voici mon portrait: il vote pour vous.»

_Cette lettre était accompagnée d'une photographie du maître, le bras

appuyé contre un fauteuil, avec cette dédicace:_

JE VOUS OFFRE UN FAUTEUIL

A THÉOPHILE GAUTIER

VICTOR HUGO.

2 FÉVRIER 1833, 2 FÉVRIER 1870.

_Théophile Gautier avait échoué à l'Académie Française, en_ 1869,

_quelques mois auparavant, lors de l'élection d'Auguste Barbier._

_Les deux dates que porte cette photographie sont de la première

représentation et de la reprise de_ Lucrèce Borgia.

TABLE

I.--1830.

II.--Le gilet rouge.

III.--La présentation.

IV.--Un buste de Victor Hugo.

V.--La place Royale.

VI.--La première d'_Hernani_.

VII.--Procès de Victor Hugo contre la Comédie-Française.

VIII.--Reprise d'_Hernani_ par autorité de justice.

IX.--Débuts de Mlle Émilie Guyon dans _Hernani._

X.--Reprise d'_Hernani_ (12 février 1844).

XI.--Reprise d'_Hernani_ (10 mars 1845).

XII.--Reprise d'_Hernani_ (8 novembre 1847).

XIII.--A propos d'_Hernani_ au théâtre Italien.

XIV.--La reprise d'_Hernani_ (21 juin 1867).

XV.--Lettre à Sainte-Beuve.

XVI.--Prospectus pour _Notre-Dame de Paris._

XVII.--Un drame tiré de _Notre-Dame de Paris_.

XVIII.--_Angelo._

XIX.--Mademoiselle Rachel dans _Angelo_.

XX.--Victor Hugo dessinateur.

XXI.--Première de _Ruy Blas_ (Renaissance).

XXII.--Reprise de _Ruy Blas_ (28 février 1872).

XXIII.--Vers de Victor Hugo.

XXIV.--Le Drame.

XXV.--Reprise de _Marion Delorme_ (9 novembre 1839).

XXVI.--Reprise de _Marion Delorme_ (1er décembre 1851).

XXVII.--_Diane_, d'Augier, et _Marion Delorme_.

XXVIII.--Une lettre de Victor Hugo.

XXIX.--_Gastibelza_ (Opéra national).

XXX.--Changements à vue.

XXXI.--_Lucrèce Borgia_ (Théâtre Italien).

XXXII.--_Lucrèce Borgia_ (Odéon).

XXXIII.--_Lucrezia Borgia_ (Théâtre Italien).

XXXIV.--_Lucrèce Borgia_ (Porte-Saint-Martin).

XXXV.--_Les Burgraves_.

XXXVI.--_Les Burgraves_ (Théâtre-Français).

XXXVII.--Reprise des _Burgraves_.

XXXVIII.--Parodies des _Burgraves_.

XXXIX.--Parodies et pastiches.

XL.--Vente du mobilier de Victor Hugo.

XLI.--A propos du mélodrame intitulé: _la Chambre ardente_.

LES INTERPRÈTES DE VICTOR HUGO.

XLII.--Mademoiselle Georges.

XLIII.--Mort de mademoiselle Georges.

XLIV.--Mademoiselle Rachel.

XLV.--Madame Dorval.

XLVI.--Mort de Madame Dorval.

XLVII.--Frédérick Lemaître.

XLVIII.--Mademoiselle Jupette.

XLIX.--Château du souvenir.

L.--Études sur la Poésie française.

LI.--Lettre de Victor Hugo.

Victor Hugo(#51977) · 第 12 / 12 段