LES BASSINS FILTRANTS DU MONT VALÉRIEN.

Sur le mont Valérien, à l'intersection de la route de Charles-X et de la

route Stratégique, on achève actuellement, pour les inaugurer à bref

délai, une série de bassins filtrants destinés à alimenter d'eau potable

la banlieue ouest de Paris, et qui présentent l'ensemble le plus

perfectionné établi jusqu'à ce jour.

Dans l'état actuel de la science, le filtre à sable fin est considéré

comme le meilleur instrument d'épuration des grandes masses d'eau. Mais,

comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages fréquents qui en

suspendent périodiquement le fonctionnement et représentent une dépense

appréciable.

Pour remédier à cet inconvénient, on imagina d'abord de faire courir ou

reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de décantation avant de la

déverser sur le filtre. Ce système, employé par la ville de Paris au

bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant

pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contaminée. A Ivry, l'eau

passe d'abord à travers trois lits de gravier de grosseurs décroissantes

et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre

filtre recevant de l'eau simplement décantée doit être nettoyé au bout

d'un mois et demi.

Au mont Valérien, où l'on disposait de grands espaces, et où l'eau

puisée au barrage de Suresnes arrive dans un état de malpropreté

supérieur, on a construit six bassins disposés en escalier. Les quatre

premiers, formant le groupe des _dégrossisseurs_, contiennent des lits

de gravier dont la grosseur descend de 20 à 4 millimètres; viennent

ensuite: un _préfiltre_, garni de sable de 4 millimètres et de petit

gravier; puis le _filtre_, où la couche principale est formée de sable

passé à la claie de 2 millimètres. Avant d'entrer dans le préfiltre et à

la sortie, l'eau cascade à l'air libre pour s'oxygéner. L'ensemble des

appareils représente une surface utile d'environ 16.000 mètres carrés

devant produire par jour 35.000 mètres cubes d'eau épurée.

L'expérience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur

la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis

que ce dernier, seul, assure l'épuration bactériologique, ramenant

d'environ 35.000 (à Ivry) à 500 le nombre de microbes par centimètre

cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogène et, notamment, de

bacille _coli_. Il semble, dès lors, imprudent de se demander si les

habitants d'Asnières boiront, au mois d'août, de l'eau plus pure que les

Parisiens.

L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905 · 第 32 / 41 题