Le Président de la République quittera Paris le 22 octobre, pour aller
rendre au roi d'Espagne la visite que celui-ci lui fit au mois de juin
dernier. Un peu avant Madrid, M. Loubet s'arrêtera à la station de
l'Escurial pour déposer une couronne sur la tombe d'Alphonse XII et
visiter le Monastère Royal de Saint-Laurent de l'Escurial.
Commencé et, en partie, achevé sous le règne de Philippe II (1584), cet
énorme édifice forme un rectangle de 206 mètres sur 161 mètres. D'une
architecture sévère, volontairement dépourvue d'ornements, campé à 1.100
mètres d'altitude, sur une colline adossée à la Sierra de Guadarrama et
dominant la vallée du légendaire Manzanarès, il présente de loin un
aspect imposant. La partie centrale est occupée par l'église dont la
crypte abrite les tombeaux des souverains espagnols; autour, on a groupé
le Palais Royal et le monastère avec toutes ses dépendances. On compte
dans l'Escurial: 16 cours, 40 autels, 2.673 fenêtres, 1.200 portes, 86
escaliers et 89 jets d'eau. La longueur totale des galeries atteint 160
kilomètres.
Le Palais Royal de Madrid, où logera M. Loubet, date, du dix-huitième
siècle; il a remplacé le palais incendié en 1734 et qui avait succédé à
l'Alcazar des Maures. Il est bâti, comme l'Escurial, sur une hauteur
dominant la capitale et la plaine où coule... parfois le Manzanarès.
Entièrement construit en granit, avec des motifs décoratifs en une
pierre spéciale imitant le marbre, flanqué de tours aux quatre angles,
il séduit moins par les détails de son architecture que par la régulière
ordonnance de ses lignes.
On l'a édifié sur les plans d'un architecte de Turin, et la décoration
intérieure, en général fort riche, accuse souvent l'influence du goût
italien.
Dans la salle du Trône où quatre lions en bronze doré gardent le
souverain, de magnifiques lustres en cristal de roche avec monture en
argent pendent d'un plafond peint par Tiepolo; par contre, dans la salle
de Girardini, brille un plafond en porcelaine à dessins japonais de
l'ancienne manufacture espagnole de Buen-Retiro. La salle des Fêtes
présente cette particularité peu banale que les murs, le plafond et le
parquet sont en bronze et en marbre de différentes couleurs. Les
appartements contiennent un grand nombre de pendules, collectionnées par
Ferdinand VII (1814-1833); et, des fenêtres, le regard embrasse, avec
une grande partie de la ville, la plaine déserte fermée par la Sierra de
Guadarrama, sur laquelle on voit se profiler, à une quarantaine de
kilomètres de distance, la silhouette de l'Escurial.
[Illustration: LE PALAIS ROYAL DE MADRID.--La salle du Trône.]
[Illustration: Nelson blessé mortellement sur le pont du
Victory.--_Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._]