Histoire de la Semaine. _Portrait du vice-amiral Lalande; Portrait du
prince de Joinville. Carte du Texas_.--Courrier de Paris.--La Chasse au
Poste. _Deux Gravures_.--Des Vitraux anciens et modernes. _Vitraux de
MM. Galimard et Lami de Nozan, à Saint-Germain-l'Auxerrois._--Les Salles
d'asile.--Exposition des produits de l'Industrie. 4º article. Bronzes et
Ébénisterie. _Ostensoir de M. Froment-Meurice; Bénitier en bronze par M.
Quesnel; Fauteuil et Chaise en bois sculpté, par M. Émile Grimpré;
Candélabre en bronze, par M. Denière; Meuble de milieu d'un Salon et
Prie-Dieu, par M. Grohé; Buffet par M. Ringuet._--Courses de
Chantilly.--Le Dernier des Commis voyageurs, roman par M. XXX. Chapitre
IX. Récit; les catastrophes de Potard,--Marguerite, romance. Paroles de
M. A. de La Fizelière, musique de M. Léon Dusautoy.--_Une
Gravure_.--Romanciers Contemporains. Charles Dickens, (Suite et fin.)
Séjour dans Éden; départ du paradis terrestre. Modes. _Une
gravure._--Antiquités trouvées à Hérouval. _Deux Gravures._--Rébus.
Histoire de la Semaine.
[Illustration: Portrait du vice-amiral Lalande.]
Nous avons, la semaine dernière, annoncé la publication de la _Note_ de
M. le prince de Joinville sur _l'état des forces navales de la France_.
Ce n'était, il y a huit jours, qu'un document remarquable, plein de
reproches fondés et surtout de conseils utiles; aujourd'hui cet écrit
est devenu un événement par l'émoi qu'en a ressenti le cabinet; la
colère qu'ont témoignés nos feuilles étrangères les mieux disposées
d'ordinaire pour les ministres, et par la leçon que des journaux
français qui reçoivent leurs confidences les plus intimes ont été
chargés de faire au jeune amiral. Le _Morning Chronicle_ ne trouve pas
plus de «sagesse que de dignité et de noblesse dans cette brochure de
_boucanier._» _L'Observateur de Bruxelles_ y cherche vainement «l'acte
d'un bon citoyen et n'y voit qu'une démarche propre à jeter une espèce
de froideur entre le prince de Joinville et ses frères, et à mécontenter
le duc de Nemours, qui a horreur de la publicité, que son frère vient de
rechercher avec autant d'éclat que de succès.» La presse ministérielle
française, dans ses reproches, brave un peu moins l'honnêteté, mais
néanmoins il est facile de voir que, sans sa dignité de prince, le jeune
marin eût été traité comme le caporal Bach. Il a dû se rendre au château
de Compiègne.
Presque au même moment où paraissait cette brochure qui renferme un
éloge si fier, si national, si senti de l'escadre que la France avait en
1840 dans la Méditerranée, des matelots exercés qui la montaient, de
leur chef habile et actif, à ce même moment, en quelque sorte, la mort
enlevait ce regrettable amiral, la tombe se refermait sur ses restes, et
la marine française avait à ajouter sur ses tables funéraires chargées,
depuis quelques années, de noms si glorieux et si prématurément
inscrits, aux noms de l'habile de Rigny, de l'intrépide Gallois, du
savant Dumont d'Urville, le nom de Lalande.
Il était né au Mans le 13 janvier 1787. A seize ans à peine, en 1803, il
entra dans la marine en qualité de mousse. La rupture de la paix
d'Amiens recommençait pour la France la lutte maritime soutenue depuis
près d'un siècle et demi, en même temps que nous avions à lutter sur les
champs de bataille contre l'Europe continentale. Le jeune marin se fit
promptement remarquer, obtint des grades par ses bons services, et se
vit toujours confier des postes et des missions supérieurs à ses grades.
Parvenu à celui d'enseigne de vaisseau, il se distingua dans le combat
acharné à la suite duquel les frégates _l'Italienne, la Calypso_ et la
_Cybèle, capitaines Jurien, Jacob et Cocault_, attaqués le 24 février
1809 dans la rade des Sables-d'Olonne, forcèrent à la retraite une
division anglaise composée de trois vaisseaux, deux frégates et une
corvette aux ordres du vice-amiral Stepford.
En 1814, se trouvant aux Antilles, il prit part aux divers engagements,
et se fit de nouveau remarquer par un sang-froid qui s'alliait en lui à
la plus brillante valeur. La paix ne découragea point son ardeur, et on
le vit en déployer autant pour la protection de notre pavillon sur
toutes les mers, qu'il en avait montré au jour du combat pour sa gloire.
De 1822 à 1836, il s'éleva du grade de capitaine de frégate à celui de
contre-amiral. Chaque avancement fut le prix de signalés services. En
1837, il fut nommé commandant de l'escadre d'Afrique, et fut mandé
devant Tunis pour y faire respecter le drapeau de la France. En 1838, il
fut nommé commandant de l'escadre de la Méditerranée; et, en 1840, il
avait réuni autour de lui vingt vaisseaux, quand il reçut l'ordre
douloureux de quitter ces eaux, où sa présence seule eût empêché la
catastrophe de Syrie. En 1844, le département du Finistère l'envoya
prendre place à la chambre des députés. L'autorité de sa parole était
immense dans toutes les questions maritimes, et sa réserve habituelle
ajoutait encore au poids de ses observations quand on y entrevoyait la
critique d'une mesure proposée. Élevé au grade de vice-amiral en 1843,
il fut, presque à la même époque, exposé aux redoublements acharnés de
la maladie dont il avait ressenti, il y a vingt-cinq ans, les premières
atteintes, et qui l'a conduit au tombeau après une année entière de
souffrances.
[Illustration: Portrait du Prince de Joinville.]
Pendant que nous avions à rendre les derniers devoirs à un des hommes
les plus braves et les plus prudents de notre armée de mer, la nouvelle
est venue que l'armée d'Afrique avait à déplorer la mort d'un chef
d'escadron et d'un certain nombre de soldats qu'un courage aventureux a
engagés avec des précautions insuffisantes dans une partie non explorée
de la province de Constantine. M. le duc d'Aumale s'est trouvé lui-même,
pendant quelques instants, prisonnier, et n'a dû la vie qu'au sacrifice
qu'un généreux commandant a fait de la sienne pour dégager le prince.
La chambre des députés a enfin, dans sa séance du samedi 18, terminé la
discussion du projet sur la réforme des prisons, et voté au scrutin sur
l'ensemble de cette loi, qui a réuni 234 voix sur 359 votants. Du jour
de sa présentation à celui du scrutin, elle a subi de bien nombreuses et
de bien profondes modifications, ce qui ne lui a rien fait gagner, on le
comprend, en unité et en ensemble, quel que soit d'ailleurs le mérite
des changements introduits. De toutes les peines que prononce notre code
pénal, il en est une seule que l'on n'a pas songé à appliquer: c'est la
peine de la déportation. En vérité, à voir ce qui se passe dans les
colonies pénales de l'Angleterre, et le regret où en est cette puissance
de ne pouvoir renoncer du jour au lendemain à des établissements qui lui
ont été aussi dispendieux à fonder, et qu'elle n'est pas en mesure de
remplacer immédiatement par autre chose, on devait être peu porté à
présumer que nous en viendrions à vouloir entrer dans la voie où nos
voisins se désespèrent d'être engagés, et à restaurer une peine qui n'a
été appliquée que dans les mauvais jours de notre histoire. Malgré tout,
on s'est amusé à écrire, par amendement dans la loi nouvelle, la peine
de la _transportation_, qui n'est pas écrite dans le _Dictionnaire de
l'Académie_, et dont le sens vrai ne sera jamais, nous l'espérons bien,
déterminé et défini par l'application. C'est tout aussi menaçant que
l'est aujourd'hui la déportation; c'est plus neuf, et ce sera tout aussi
inoffensif. Ce projet de loi, si longuement discuté, n'aboutira pas en
définitive, et c'est la conviction où était la Chambre de son
impossibilité qui lui a valu bon nombre de boules blanches. Du moment
qu'on a eu la certitude que le résultat indigeste de cet interminable
débat ne pourrait jamais prendre place dans nos codes, sur les bancs du
centre comme sur ceux de l'opposition, beaucoup d'adversaires du projet
n'ont plus vu d'inconvénient à donner au cabinet et à la commission la
satisfaction de leur adhésion apparente. Pour nous, cependant, nous
voyons quelque chose de bien grave dans la déclaration solennelle qui a
été faite par le ministère, par la majorité, par le scrutin, que la
détention cellulaire aggravait la punition à ce point que sa durée
devrait être, dans ce système abrégée d'un cinquième. Vous avez tous
reconnu et proclamé cela, et vous avez aujourd'hui à Tours, à Bordeaux,
des prisonniers qui subissent cellulairement le temps d'emprisonnement
ordinaire auquel ils ont été condamnes. C'est donc une aggravation de
leur sort que l'administration s'est permise: elle vient de l'avouer,
et, ce qui est bien grave encore, c'est quelle ne va pas être en mesure
de la faire cesser, comme elle croyait le pouvoir quand elle a fait cet
aveu. La réduction du cinquième du temps reconnue indispensable par le
nouveau projet tombe comme lui; il ne demeurera donc de tout cela qu'une
souveraine injustice, reconnue telle par ses auteurs, confessée, mais
continuée.
La précédente législature a voté une loi pour l'établissement d'une
ligne de fer de Montpellier à Nîmes. Acquisition de terrains, travaux
d'art et de terrassement, pose de la voie de fer, l'État avait tout
fait; il s'était même pourvu d'une partie du matériel roulant. Il n'y
avait plus qu'à lancer une locomotive quand on s'est dit; Mais qui
exploitera? Sera-ce l'État? Sera-ce une compagnie? Le gouvernement et la
commission de la Chambre s'étaient prononcés pour l'exploitation par une
compagnie. Un projet de bail a été dressé, il fixe le maximum de la
durée de la jouissance à douze ans, et détermine le minimum du prix de
fermage à cinq pour cent de la dépense des rails évaluée à cinq
millions. M. Boissy-d'Anglas avait présenté un amendement tendant à
attribuer à l'État l'exploitation du chemin jusqu'en 1849. M. Berryer
l'a appuyé avec toute la précision, la netteté, la sûreté de
raisonnements qui distinguent l'éminent orateur. La Chambre en a décidé
autrement; elle s'en est tenue à l'exploitation par les compagnies,
malgré les raisons graves et particulières qui, en cette occasion,
semblaient devoir faire donner la préférence à l'exploitation par
l'État. Cependant les députés partisans exclusifs de l'exploitation par
les compagnies ne devraient pas perdre de vue que chacune des lois de
concession de chemins de fer renferme un article qui donne à l'État la
faculté de racheter la concession elle-même. Pour que l'État sache, la
convenance d'user de cette faculté se présentant, s'il serait en mesure
de faire face aux devoirs qu'elle lui imposerait, il faut que ses agents
aient pu fonctionner sur un chemin et en diriger l'exploitation,
autrement on demeurerait dans l'inconnu, et la faculté de rachat
deviendrait illusoire ou bien périlleuse. La Chambre a-t-elle pensé que
la ligne de Montpellier à Nîmes était trop peu importante pour mettre
l'État à même de faire une épreuve sérieuse et de nature à l'éclairer
complètement? Nous voudrions bien que c'eût été là le seul et
déterminant motif de son vote.
[Illustration.]
La Chambre des pairs a continué la discussion de la loi sur
l'enseignement secondaire. La semaine dernière, M. Martin (du Nord)
avait dit que les jésuites et leur enseignement seraient peut-être moins
hostiles si on les laissait s'établir en France, qu'en les refoulant à
nos frontières. Cette semaine, M. Guizot, à son tour, a émis la pensée
que beaucoup de préventions disparaîtraient, beaucoup de difficultés
seraient résolues, si le cabinet comptait un prélat parmi ses membres,
et si la Chambre avait encore des évêques sur ses bancs. Le langage de
M. le garde des sceaux, celui de M. le ministre des affaires étrangères,
ont été relevés avec vivacité à la tribune du Luxembourg. En dehors de
cette Chambre ils ont également produit beaucoup d'effet: mais cet effet
doit donner une certitude plus complète encore que la Chambre des
députés ne sera saisie que le plus tard qu'on pourra d'une question
qu'on a déjà cependant rendue plus irritante par les hésitations et les
délais.
Les nouvelles d'Haïti ne nous sont venues cette semaine que par la voie
de l'Angleterre. Elles étaient peu concordantes, mais cependant, en
général, très-défavorables à la cause des mulâtres. On a annoncé,
démenti, puis répandu de nouveau le bruit de la mort du
général-président Hérard.
Un traité, qui semble devoir trancher définitivement une question dont
la solution a été longtemps différée, vient d'être conclu entre le Texas
et les États-Unis. Il est convenu, par ce traité, que le Texas sera
annexé au territoire de l'Union, et nommera un député ou représentant au
congrès. Les États-Unis se chargent de payer les dettes du Texas jusqu'à
concurrence de la valeur des terres situées dans te Texas, qui seront
mises en vente. Le traité ne parle point de l'esclavage. Ce point sera
sujet à discussion entre les États à esclaves et ceux qui n'en ont pas,
dans l'examen que le sénat a présentement à en faire pour la
ratification qui devra être donnée dans les trente jours de la
communication du traité à cette assemblée. L'Angleterre pourra bien,
elle, ne pas se contenter d'un délai aussi court pour se résigner à voir
cet arrangement d'un bon oeil. Ses démarches auprès du Texas n'ont pas
été plus secrètes qu'heureuses. Elle ne cherchera probablement pas à
dissimuler davantage son dépit, mais ce sera probablement aussi sans
plus de profit. Quant à la France, qui a reconnu l'indépendance du
Texas, elle ne pouvait élever des objections contre l'annexation que
dans le cas où elle s'offrirait à préserver cet État de la guerre dont
le menace le Mexique, qui le confine, et contre lequel il n'est pas en
état de lutter. Nos griefs contre Santa Anna sont grands sans doute;
mais rien n'annonce en ce moment que nos escadres soient armées en
guerre.--Les négociations entamées entre le ministre américain et le
chargé spécial de l'Angleterre, M. Pakenkam, sur la question concernant
le territoire de l'Orégon, sont suspendues; M. Pakenkam attend de
nouvelles instructions de son gouvernement.
La cour de Dublin a remis à trois mois le prononcé du jugement contre
O'Connell. Cette remise est considérée comme un ajournement indéfini;
car on peut, dans trois mois, demander de nouveau à entamer des
plaidoiries; et, en supposant que la cour s'y refuse, il resterait
encore aux défenseurs des accusés la faculté de former une opposition au
jugement, et de plaider sur cette opposition. Il est évident que
l'embarras seul empêche sir Robert Peel de déclarer franchement qu'il
renonce à toutes poursuites.--M. Hume avait déposé sur le bureau de la
chambre des communes une motion pour la suppression, dans l'intérêt de
l'Irlande et de l'Angleterre elle-même, de la charge de lord-lieutenant
d'Irlande. Après un discours dans lequel le ministre n'a pas combattu
cette proposition d'une manière absolue, son auteur l'a retirée sur
l'observation faite par M. Peel qu'il aurait à s'occuper de cette
question, et qu'un vote de la Chambre, pour ou contre, pourrait lui
rendre la solution plus difficile.--Les négociations diplomatiques entre
les États Unis et l'Angleterre à l'occasion du Texas viennent de donner
lieu à une motion du même genre de la part de M. Hume, qui a encore eu à
se contenter de la même réponse.--Dans la chambre des lords, l'affaire
du Maltais que le consul anglais avait livré à la justice de Tunis,
malgré les réclamations des consuls des autres nations, et en violation
des franchises accordées aux étrangers, a donné lieu à des
interpellations de la part de lord Beaumont. Mais, bien entendu, elles
n'avaient pas pour but de blâmer l'étrange conduite du consul anglais
que nous avons précédemment exposée. C'est au contraire la fermeté du
consul général de France, lequel a montré une sollicitude si active et
si éclairée pour ne pas laisser établir un précédent, menaçant dans
l'avenir la sûreté de tous les chrétiens, c'est M. de Lagau qu'on
accuse. Lord Aberdeen, bien qu'avec plus de réserve, a jeté aussi
quelque blâme sur la conduite de notre agent; mais il a fait observer
que cette affaire devait plutôt être traitée par correspondance
diplomatique entre les deux puissances qu'à la tribune de l'une d'elles.
Il a promis le dépôt sur le bureau de la Chambre des dépêches échangées
à cette occasion avec le cabinet des Tuileries. Le débat ne s'est pas
prolongé davantage.--Des troubles ont éclaté dans l'île de Guernesey.
Dans la journée du dimanche 19, on y a transporté 4 à 500 hommes de
l'île de Wright.
En Espagne, les deux reines, l'infante et Narvaez, après nous avoir fait
savoir, par le télégraphe, qu'ils vont prendre les eaux de Caldas en
Catalogne, nous donnent aujourd'hui l'assurance que c'est bien
uniquement pour la santé de la jeune Isabelle, et non pour la faire se
rencontrer avec le fils de don Carlos dans une vue d'union matrimoniale
et de fusion politique. Pendant cette absence, comme on suppose trop de
force aux progressistes, dans les cortès actuelles, pour songer à les
réunir, on se préparera à des élections nouvelles qu'une dissolution ne
tardera pas à nécessiter. On espère que la nouvelle Chambre sera d'assez
bonne composition pour consentir à donner au ministère un blanc-seing
pour gouverner sans elle et à se laisser congédier. Cela fait, si les
choses se passent ainsi, il faudra convenir que l'Espagne aura bien
profité des leçons que Louis XVIII donnait à Ferdinand VII, par la main
de son secrétaire Paul Louis Courier, sur le gouvernement représentatif
et la manière de s'en servir commodément.--M. Gonzalès-Bavo a reçu, pour
consolation du portefeuille qui lui est tombé des mains, l'ambassade de
Lisbonne.
L'attention se porte sur le Maroc. On a menacé, à Tanger, les Européens
de la prochaine arrivée des Kabyles de l'intérieur. Le corps consulaire
a écrit au pacha pour protester d'avance contre cette infraction aux
ordres avoués de l'empereur. Des mesures ont été immédiatement prises
pour appeler en vue de la côte des bâtiments anglais et un bâtiment
français. On s'attend à une réponse négative de la part de l'empereur à
l'ultimatum espagnol. Dans ce cas, le consul général de cette nation
amènera son pavillon et s'embarquera, si toutefois il peut le faire.
Le canton du Valais est divisé en deux partis: celui de la Vieille
Suisse et celui de la _Suisse Nouvelle._ Craignant de ne pouvoir
maintenir la paix entre eux, le gouvernement de ce canton s'était
adressé au vorort, dont le siège, cette année, est Lucerne, pour
demander son intervention. Lucerne, qui penche pour la Vieille Suisse, a
ordonné à des troupes fédérales de se rendre dans le canton qui en
réclamait; mais les cantons libéraux se sont opposés à cette mesure.
Celui de Vaud avait été désigné pour fournir un contingent d'infanterie;
son conseil d'État a décliné la compétence du vorort et repoussé cette
demande de troupes jusqu'à ce qu'il en fût décidé par une diète
extraordinaire. En attendant, la guerre civile a éclaté en Valais. La
Vieille Suisse s'est emparée de Sion. La Jeune Suisse se lève en masse:
chaque parti a des pièces de canon; toute la population prend part à
cette lutte. Des prêtres marchent en tête des colonnes improvisées.
La ville de Geseeke, près de Paderhorn, en Prusse, a été le théâtre d'un
événement déplorable. Le 5 de ce mois, vers neuf heures, la populace se
réunit, s'arma d'une grande quantité de pierres, et les lança contre les
maisons habitées par les juifs; toutes celles de ces maisons qui étaient
en bois ont été démolies, et les autres fortement endommagées. Une seule
des maisons des Israélites a été ménagée par les perturbateurs, parce
que parmi ses habitants se trouvait une femme nouvellement accouchée.
Par suite de ces actes de vandalisme, des familles entières, des femmes,
des vieillards, des enfants, se trouvent sans abri. Heureusement le
peuple n'a commis aucun attentat contre les personnes. Voici ce qui a
excité sa fureur contre les Israélites: dans la matinée, un prêtre
catholique reçut par la poste une lettre anonyme portant le timbre de
Paderhorn, et qui contenait les insultes les plus grossières contre le
culte catholique et contre tout ce qui est sacré aux yeux de ceux qui le
professent. Le prêtre communiqua cette lettre à quelques-uns de ses
amis, qui en parlèrent à d'autres personnes, de sorte que peu à peu le
contenu de la lettre reçut une grande publicité, bientôt le bruit courut
que c'étaient les juifs de Geseeke qui auraient fait écrire cette
missive. La populace devint furieuse, elle résolut de se venger sur les
juifs, et elle commit les dévastations que nous avons rapportées. Un
grand nombre d'arrestations ont été faites, et la justice informe.
Un épouvantable accident est arrivé sur le chemin de fer de Bruxelles à
Anvers. Une partie des voitures composant un convoi est sortie des rails
en arrivant au Vieux-Dieu. Plusieurs wagons ont été brisés; trois
personnes ont expiré dans les vingt-quatre heures. Le nombre des blessés
et la gravité des blessures ne permettaient guère d'espérer que l'on ne
comptât pas bientôt un plus grand nombre de victimes.
Le général Sainte-Aldegonde, l'un des pairs éliminés en 1830, vient de
mourir à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.--M. le lieutenant-général
Durocheret, directeur du personnel au ministère de la guerre, a été
enlevé subitement dans un âge bien moins avancé.