La source du Fleuve St. Laurent, &c. Ce Fleuve a 20 ou 22 lieues de
large à son embouchure, &c. D'un côté l'Isle percée; c'est un gros
rocher percé à jour..... Les Basques & les Malloüins (ou Normands) y
font la pêche de la Morue en temps de paix, &c. De l'autre côté du
Fleuve on voit la grande terre de Labrador ou des Esquimaux, qui sont
des peuples si féroces, qu'on n'a jamais pû les humaniser..... Les
Danois sont les premiers qui ont découvert cette nation..... Elle est
remplie de Ports, de Bayes, où les barques de Quebec ont accoutumé
d'aller troquer les peaux de loups marins que leur apportent ces
Sauvages pendant l'été..... Voici comment cela se fait.
Dès que ces barques ont mouillé l'anchre... ces Sauvages viennent dans
des petits canots de peaux de Loups marins, qui sont cousues ensemble,
qui sont faits à peu-près comme des navettes de Tisserand, au milieu
desquels on voit un trou... où ils se renferment, assis sur leurs talons
au moyen d'une corde. Ils rament de cette manière avec des palettes...
sans se pancher crainte de renverser. Dès qu'ils arrivent... ils
montrent leurs pelleteries au bout de l'aviron, & marquent en même-temps
ce qu'ils demandent.... Couteaux, poudre, balles, fusils, haches,
chaudières, &c. Enfin chacun montre ce qu'il a, & ce qu'il prétend avoir
en échange. Le marché conclu, ils reçoivent & donnent au bout d'un
bâton. Si ces Sauvages ont la précaution de ne pas entrer dans nos
bâtimens, nous avons aussi celle de ne nous pas laisser investir par une
trop grande quantité de canots; car ils ont enlevé assez souvent de
petits vaisseaux pendant que les Matelots étoient occupés à manier &
remuer les pelleteries & les marchandises. Il faut bien se tenir sur ses
gardes avec eux pendant la nuit; car ils ont des chaloupes qui vont
aussi vîte que le vent, & dans lesquelles ils se mettent trente ou
quarante hommes. C'est par cette raison que les Malouins qui pêchent la
morue dans le petit Nord, & les Espagnols à Portochoua, sont obligés
d'armer des barques longues pour courir la côte & les poursuivre; car il
n'y a guères d'année qu'ils ne surprennent à terre quelques équipages, &
qu'ils ne les tuent..... Il est constant qu'ils sont plus de trente
mille combattans; mais si lâches & si poltrons, que 500 Clistinos de la
Baye d'Hudson ont accoûtumé d'en battre cinq ou six mille. Leur païs est
grand, car il s'étend depuis la côte vis-à-vis l'Isle de Minguan (au
nord de l'embouchure du Fleuve St. Laurent) jusqu'au détroit d'Hudson.
Ils passent tous les jours à l'Isle de Terre-neuve par le détroit de
Bellisle, qui n'a que sept lieues.
_Mémoires de l'Amérique septentrionale_, ou _Suite des Voyages du Baron
de la Hontan_, Tom. II. Pag. 42 & 43, édition d'Hollande.