Évidemment, il s’agit ici, non de la création du Soleil, de la Lune et

des étoiles qui, nous l’avons vu, date du premier jour, mais de

l’_apparition_ des astres sur la Terre elle-même dont l’atmosphère est

alors assez raréfiée pour laisser apercevoir les grands luminaires et

les étoiles. Jusqu’à ce moment d’ailleurs, ainsi que l’indique avec

certitude la Paléontologie, une lumière diffuse, quoique très brillante,

avait enveloppé la Terre, et les saisons n’étaient pas nées; pôles et

régions équatoriales jouissaient du même climat. Nulle part, on ne

voyait le ciel bleu, ni les astres qui s’y peignent en perspective.

Ce fut l’œuvre du quatrième jour de changer cet état de choses, de

laisser apercevoir le Soleil, la Lune et les étoiles qui, à partir de

cette période, vont servir de _signes_ pour les époques, les jours et

les années.

* * * * *

Au reste, remarquez que Moïse n’emploie plus le mot de _création_ qui ne

reviendra qu’à propos de l’Homme, et pour ce qui est des astres, on

pourrait même discuter sur le mot hébreu _âsâ_ qu’on a traduit par

_fit_, mais qui aurait plutôt le sens du verbe anglais _appointed_, sans

correspondant dans notre langue. Le verset signifierait, en somme:

Élohim «appointed», _nomma à charge de_ servir de signes le Soleil, la

Lune et les étoiles. Cette opinion, défendue autrefois par le Dr S.

Kinns, est tout à fait plausible et de nature à lever les dernières

difficultés[73].

[73] Cf. S. KINNS, _Moses and Geology_, p. 187.

Si l’œuvre du troisième jour correspondant à notre période primaire fut

caractérisée par le développement intensif de la vie végétale, celle du

cinquième jour va nous révéler des faits aussi dignes d’attention.

L’ère primaire est terminée et la Terre marche vers une nouvelle phase

de vie. Et parmi tous les animaux qui vont se disputer les lagunes, les

îlots émergés, les marécages, l’empire des airs et celui des océans, des

_reptiles gigantesques_ deviendront les rois de cette nature nouvelle.

Sans doute, notre planète a déjà vu la vie animale: Foraminifères,

insectes, araignées, ont peuplé les grandes forêts du carbonifère; les

eaux ont été habitées par des espèces ressemblant à nos poissons, mais

le développement de la faune était loin d’être comparable à celui de la

flore. Et voilà que tout à coup, cette faune encore sommeillante envahit

les eaux et l’atmosphère; et quelle faune! Des êtres monstrueux qui vont

porter à leur apogée les manifestations de la vie animale; mais, détail

caractéristique, c’est à la classe des _Reptiles_ qu’échoit cette tâche.

Interrogeons en effet les assises du Globe; que nous apprennent-elles?

Les mers jurassiques ont vu d’énormes sauriens dont les espèces sont

pour toujours disparues: le plésiosaure de 20 mètres de long; crocodile

par sa mâchoire emmanchée sur un cou de cygne, bête apocalyptique dont

le corps rappelle celui de la tortue; l’Icthyosaure, au mufle de

dauphin, aux yeux à facettes, gros comme la tête d’un homme; le

mosasaure dont les anneaux se déroulent sur la crête des vagues,

semblable aux anciens serpents de mer des légendes; le téléosaure, sorte

de glavial géant de 60 pieds de long. Dans les lagunes s’ébattent des

diplodocus pesant plus de vingt tonnes; des dinosauriens gigantesques,

sorte de lézards terribles aux formes irréelles: iguanodons,

brontosaures, diclonius, atlantosaures longs de 35 mètres.

L’exubérance de vie a de même envahi les airs. Là haut, sous les nuages

bas d’un jour d’orage, volent d’étranges créatures: Chauve-souris ou

oiseaux? Ni l’un ni l’autre; encore des reptiles, sauriens ailés, comme

les ptérodactyles aux mâchoires de caïmans, aussi longues que leur

corps; comme les ptéranodons, véritables aéroplanes vivants, aux ailes

de 8 mètres d’envergure.

Voilà ce que nous enseigne la Géologie et, remarque absolument

déconcertante, tel est également le tableau que nous retrace Moïse de la

surface de notre planète au cinquième jour. Relisez mot à mot les

versets correspondant à cette période géologique.

Élohim dit: _«Que les eaux foisonnent d’une multitude d’êtres animés, et

que les _volatiles_ volent au-dessus de la terre...» Élohim créa les

_grands monstres marins_ et toutes sortes d’êtres animés _rampants_..._

* * * * *

On a bien insinué que l’auteur de la _Genèse_, après avoir fait naître

la vie végétale, avait décrit suivant un ordre logique, la vie animale

dans les eaux, puis dans l’air et enfin sur la terre, mais cette

réflexion paraît bien pâle à côté du texte biblique et de l’enchaînement

du récit.

Tout d’abord, qui donc aurait enseigné à Moïse que la vie intense des

mers s’est développée parallèlement à celle des airs; pourquoi n’avoir

pas fait naître les mammifères avant les oiseaux ou en même temps

qu’eux? Et puis, le texte va plus loin: il nous apprend formellement

l’existence, avant celle des espèces qui nous sont familières, des

_grands monstres marins_ et des _reptiles_ (êtres rampants).

Évidemment, tout cet enchaînement est voulu, tous ces termes sont pesés,

ont une signification et vous avouerez avec moi qu’il est singulier

qu’un homme vivant il y a 3 500 ans, ait pu nous donner en un langage

aussi clair que le permettait son vocabulaire, un tableau exact des

grandes étapes parcourues par la faune, au cours de l’évolution de notre

planète.

Maintenant, quelle que soit la part faite à l’inspiration, il y a encore

autre chose: il faut expliquer comment et pourquoi toutes les

cosmogonies anciennes parlent de ces grands monstres marins qui semblent

avoir tenu dans les mythologies des peuples primitifs, une part si

importante?

Or, ces cosmogonies, je l’ai suffisamment démontré, n’étaient nées ni en

Égypte, ni en Chaldée; elles existaient deux mille ans pour le moins

avant Moïse; l’ensemble des faits que nous expose l’auteur de la

_Genèse_ reposait donc sur une longue tradition, altérée chez les

peuples idolâtres et conservée dans sa pureté par le peuple resté fidèle

au vrai Dieu; mythe d’un côté, vérité de l’autre. Et je pose de nouveau

la question: D’où venait cette tradition qui nous a transmis des

assertions cadrant avec notre science actuelle?

J’attends votre réponse; quelle qu’elle soit, vous n’échapperez pas à

cette conclusion, que les premiers hommes étaient loin d’être des

ignorants et des sauvages, et que de toute manière on ne peut échapper à

une Révélation primitive que nous suggère la Bible.

* * * * *

Mais continuons notre enquête et interrogeons de nouveau la science.

Depuis l’apparition de la vie sur le Globe, notre planète a bien

vieilli: lancée dans les espaces intersidéraux, la Terre s’est peu à peu

refroidie; les millions d’années ont succédé aux millions d’années; la

croûte du Globe chaque jour s’épaissit davantage; les continents se

soulèvent; le Soleil lui-même s’est retiré en deçà de l’orbite de

Mercure et les saisons apparaissent. A ces nouvelles conditions

d’existence, vont s’adapter des formes nouvelles plus rapprochées de

celles qui nous sont familières.

La période tertiaire commence.

Une flore tropicale ressemblant à la nôtre se mêle aux palmiers, aux

fougères et aux séquoias géants de l’ère précédente; puis viennent les

figuiers, les chênes, les érables; les prairies remplies de graminées où

s’ébattront des troupeaux de paléothériums au corps de cheval et à la

tête de tapir; des xiphodons, élancés comme des gazelles.

Les grands sauriens ont disparu et de nouveaux reptiles envahiront la

Terre. Peu à peu, les formes s’accentuent et s’affinent: les savanes des

forêts verront courir des antilopes et des girafes, et les oréadons

ruminants habiteront les bords des grands lacs; puis, voici des

mastodontes rappelant nos éléphants; des hipparions presque identiques à

nos chevaux; de grands singes, hôtes de forêts semblables aux nôtres.

La caractéristique de cette période est donc l’apparition et le

développement complet des mammifères, suivant la parole d’Élohim: «_Que

la terre fasse sortir des êtres vivants selon leur espèce: bétail, êtres

rampants et bêtes de la terre_.»

* * * * *

Et dans la grande nuit stellaire, faiblement illuminée par les soleils

lointains, notre soleil marche toujours, entraînant notre planète à sa

suite, distribuant pour nous les étés et les hivers, provoquant ici et

là, le classement de chaque espèce; à l’équateur, la faune des

tropiques; aux pôles, les animaux aux lainages touffus, aux blanches

toisons.

Et _Élohim vit que cela était bien_, mais le sixième jour n’était pas

fini. Après l’apparition des animaux domestiques, Élohim s’aperçut qu’il

manquait un chef pour dominer sur tous les animaux du Globe.

Sans doute, par leur présence, ainsi que le chantera plus tard le

Psalmiste, toutes ces créatures bénissaient le Seigneur; mais aucune

intelligence n’était là pour comprendre; personne pour contempler cette

œuvre merveilleuse et pour remonter à son Auteur; personne pour le

glorifier en toute connaissance de cause, pour jouir de la beauté de

cette nature créée, pour en reconnaître les lois, l’enchaînement et

l’harmonie; pour profiter sciemment de l’_œuvre_ d’Élohim _qui était

bien_ et c’est pourquoi, à la fin du sixième jour, Élohim dit: _«Faisons

l’homme à notre image selon notre ressemblance...» Et Élohim créa

l’homme à son image; à l’image d’Élohim il le créa_...

* * * * *

Ainsi finit cette magistrale épopée dont Moïse n’a pu évidemment que

retracer les grandes lignes.

Or, je vous le demande encore une fois, à vous qui avez suivi pas à pas

le texte sacré et qui l’avez comparé aux acquisitions les plus certaines

de la Géologie, comment Moïse a-t-il pu connaître ce qu’il nous

enseigne; comment a-t-il pu nous donner, même l’esquisse et surtout la

suite des œuvres de Dieu? Les Cieux fondés avant la Terre; notre planète

enveloppée des eaux primordiales et de langes épais de vapeurs, à

l’aurore de sa jeunesse; le voile de l’atmosphère déchiré et

l’apparition de la lumière chassant les ténèbres; la naissance de la vie

commençant par la flore; le développement prodigieux de la végétation,

alors que ni le Soleil, ni la Lune, ni les étoiles n’étaient encore

visibles du sol terrestre; l’apogée de la faune dans des monstres,

reptiles-sauriens du secondaire; l’atmosphère envahie par des

«volatiles» à la même époque, alors que les oiseaux n’étaient pas nés;

le règne des mammifères dans la suite des âges et, couronnant le tout,

la création de l’Homme, cette intelligence venant, après toutes les

créatures vivantes, prendre possession de son domaine.

Oui, quand on lit sans idée préconçue le premier Chapitre de la

_Genèse_, on ne peut que constater chez son auteur une science si

profonde qu’elle dépasse de cent coudées toutes les notions des savants

de son époque; une science même plus inexplicable, humainement, que

celle des constructeurs de la Grande Pyramide et en même temps une

divination incroyable des faits les plus certains et les plus

authentiques révélés par la Science.

Et si notre science varie, m’objectera-t-on? Évidemment, la science

évolue; mais, en l’occurrence, cette constatation n’infirme nullement

mes conclusions et voici pourquoi: Il faut distinguer dans la science,

l’acquis de ce qui est pure hypothèse; d’une part, les _faits_ sur

lesquels repose la science et d’autre part, les _théories_ qui cherchent

à les expliquer; donc, une base intangible qui peut s’accroître à la

vérité, mais qui demeure, et un échafaudage plus ou moins branlant que

les générations de savants édifient tour à tour.

Or, les faits dont nous avons besoin en Géologie et en Cosmogonie, pour

assurer une comparaison efficace avec le récit de Moïse, sont désormais

assez connus pour que nous ne puissions les mettre en doute. Nos

acquisitions futures n’y changeront rien, pas plus qu’une explication de

la gravité ne saurait modifier l’expression des lois de la pesanteur,

formulées pour la première fois par Galilée.

Toute divergence ne pourrait donc provenir que d’une interprétation

fausse donnée à certains mots du récit génésiaque. Ici, nous pouvons

facilement nous tromper, et la prudence est de règle; toutefois, sur un

grand nombre de points, et je le ferai remarquer à dessein, je me

rapproche des idées émises par saint Basile et d’autres Pères de

l’Église; je suis donc en bonne compagnie.

Et puisque nous parlons d’autorités, le lecteur me saura gré, je pense,

en terminant, de lui narrer encore une anecdote toute personnelle:

Pendant des années je fus lié de grande amitié avec un de mes

compatriotes, le regretté Albert de Lapparent, secrétaire perpétuel de

l’Académie, celui des savants modernes qui a le mieux embrassé toutes

les sciences se reliant à la Géologie et à la Paléontologie

contemporaines. Comme je demandais à l’éminent professeur ce qu’il

pensait du premier Chapitre de la Bible: «Si je devais, me répondit-il,

résumer en quarante lignes les acquisitions les plus authentiques de la

Géologie, je copierais le texte de la _Genèse_, c’est-à-dire l’histoire

de la création du monde, telle que l’a tracée Moïse.»

Et comme nous parlions de la science antique, le célèbre géologue crut

pouvoir me questionner à son tour:

--Et vous, me dit-il, que pensez-vous des mystères de la Grande Pyramide

que vous avez depuis longtemps étudiée?

--Ce que j’en pense, Maître... voilà une question bien embarrassante, et

m’est avis que Piazzi-Smith serait plus qualifié que moi pour vous

répondre.

TABLE DES MATIÈRES

Chapitre I.--Le secret du Sphinx 1

Chapitre II.--Les révélations numériques de la Grande Pyramide 13

Chapitre III.--Les révélations géodésiques de la Grande Pyramide 31

Chapitre IV.--Les révélations astronomiques de la Grande

Pyramide 47

Chapitre V.--A travers la Science antique 59

Chapitre VI.--L’optique des anciens 83

Chapitre VII.--A la lueur des étoiles 103

Chapitre VIII.--Traditions philosophiques et historiques 121

Chapitre IX.--Les Traditions scientifiques 149

Chapitre X.--Science et Cosmogonie 181

SAINT-AMAND (CHER).--IMPRIMERIE BUSSIÈRE.

[Vignette: AD LUCEM]

La science mystérieuse des Pharaons · 第 11 / 11 段