La coupe de la basilique de Chagga (fig. 9) donne le tracé A; deux

travées du plan étant projetées en _a_. Subissant la nécessité de

couvrir leurs édifices par des pentes assez roides pour recevoir de la

tuile, et ne pouvant par conséquent employer le système de dallages des

architectes syriens, les artistes occidentaux, en voulant appliquer le

principe si simple de ces basiliques, n'avaient qu'à relever les grands

arcs-doubleaux de la nef, comme l'indique en C la coupe B, à réunir ces

arcs-doubleaux par un berceau concentrique à leur extrados, à bander un

demi-berceau D sur le triforium, entre les arcs-doubleaux E et des

voûtes d'arête, suivant le mode byzantin[393], entre les arcs-doubleaux

inférieurs F des collatéraux. La substitution des voûtes aux dallages

entraînait forcément l'écartement des piles P. Les archivoltes G étaient

conservées, mais avec un diamètre égal à celui des arcs-doubleaux F, et

d'autres archivoltes I, ou une claire-voie portait le berceau central.

Mais les archivoltes G destinées à recevoir les voûtes des collatéraux

s'avançaient au ras intérieur des piles P, et alors, pour porter les

arcs-doubleaux supérieurs C, il fallait ajouter à ces piles un appendice

L sous la forme d'une colonne engagée. D'une construction dans laquelle

l'arc et la plate-bande étaient simultanément employés avec un sentiment

exquis du vrai, les architectes occidentaux arrivaient à faire, sans

trop d'efforts, un monument entièrement voûté. Cependant cette

modification, en apparence si simple, suscitait des difficultés de

détail qui ne furent résolues que peu à peu. Mais telle est la puissance

d'un premier enseignement clair et logique, que tout travail qui en

découle se fait sous cette première influence. Les constructeurs

occidentaux, en voyant cette architecture grecque de la Syrie,

apprenaient à raisonner; aussi, à dater de cette époque, leurs oeuvres

si confuses jusque-là, toutes bourrées de traditions mal comprises,

reproduisant, en les abâtardissant de plus en plus, les formes de

l'antiquité romaine, s'élèvent, progressent en s'appuyant sur le

raisonnement, sur ces principes légués par les derniers des Grecs.

Cette coupe B est celle de la plupart de nos églises romanes construites

au commencement du XIIe siècle en Auvergne, dans le Languedoc, la

Provence et le Lyonnais. On peut aisément constater qu'il y a moins de

dissemblance entre la coupe A et la coupe B qu'entre un monument voûté

quelconque de Rome et cette coupe B. Cet arc-doubleau plein cintre E du

triforium, que l'on retrouve dans les galeries des basiliques romanes de

l'Auvergne et du Languedoc, et qui ne peut s'expliquer avec la voûte en

demi-berceau (voyez TRIFORIUM), est un vestige persistant de cette

influence du monument syrien. Quant aux difficultés de détail dont nous

venons de parler, voici en quoi elles consistaient tout d'abord. Les

piles de la basilique de Chagga (voy. en _a_) sont à section carrée, ce

qui était naturel, puisque ces piles ne reçoivent que deux

arcs-doubleaux, et que l'archivolte qui unit ces piles naît en

pénétration au-dessus de la naissance des deux arcs-doubleaux (voy. la

figure 8). Mais nous voyons que déjà dans la coupe B les archivoltes G

qui réunissent les piles ont leur naissance au niveau des naissances des

arcs-doubleaux F (voy. la figure 9). L'extrados de ces archivoltes G ne

se dégage donc qu'au-dessus de cette naissance, et, par suite, la

naissance de la voûte d'arête ne pouvait s'établir qu'au point relevé de

ce dégagement, ce qu'indique le tracé perspectif (fig. 10). Il y avait

là un embarras, une de ces difficultés de détail dans l'art du

constructeur, qui contraint bientôt celui-ci, pour peu qu'il raisonne, à

trouver une solution satisfaisante; or, tous ceux qui ont pratiqué cet

art et qui ne se contentent pas d'à peu près, qui veulent trouver la

solution vraie, savent combien ces recherches entraînent à modifier

certaines formes qui paraissent consacrées par le temps. Et c'est

précisément dans la manière de résoudre ces difficultés à dater des

premières années du XIIe siècle, que l'on reconnaît la puissance de cet

enseignement logique puisé en Orient par nos maîtres français de cette

époque. D'abord ces maîtres raisonnent ainsi: puisqu'il y a deux

arcs-doubleaux et deux archivoltes naissant au même niveau, et qu'entre

ces arcs-doubleaux et ces archivoltes il faut (sur leur extrados) bander

des voûtes d'arête, il est de toute nécessité que la pile donne

exactement la section des claveaux de ces arcs, qu'ils trouvent sur elle

leur place, par conséquent la section carrée ne peut convenir pour la

pile; alors ils tracent la pile H (voyez figure 9). Ainsi les

arcs-doubleaux trouveront leur assiette en _d_, les archivoltes en _b_,

et les arêtes des voûtes naîtront dans les angles rentrants _e_ qui sont

les points de rencontre des extrados de ces arcs. Mais bientôt, quand

les monuments voûtés prennent plus d'ampleur, ces architectes

reconnaissent que les archivoltes qui portent les murs latéraux et la

voûte en berceau doivent avoir plus d'épaisseur que les arcs-doubleaux

qui n'ont pas de charge, que ces naissances de voûtes d'arête dans les

angles demandent, ou un appareil spécial, ou affament la pile en

réduisant les tas de charge; alors ils tracent les piles suivant le plan

K. Les archivoltes se dégagent en _f_, l'arc-doubleau des latéraux en

_g_; les angles _h_ reçoivent les naissances des voûtes d'arête; les

angles _i_, les archivoltes de décharge au-dessus de la claire-voie du

triforium, et le grand arc-doubleau du berceau central, ayant la largeur

_mm_, porte sur le tailloir d'un chapiteau reposant sur la colonne

engagée. Mais les archivoltes _f_ et l'arc-doubleau _g_ ont une

épaisseur plus grande que n'est l'espace _op_, d'où il résulte que

l'arête _h_ de la voûte doit s'élever verticalement jusqu'au moment où

l'épaisseur _rp_ des claveaux se dégage de cette arête; alors les

constructeurs ajoutent encore une colonne engagée au devant des

pilastres des archivoltes et de l'arc-doubleau postérieur, afin

d'avancer les claveaux de ces arcs de manière à les dégager entièrement

dès leur naissance. Ainsi se compose peu à peu, et commandée par les

déductions tirées de la construction des voûtes, la pile romane du XIIe

siècle.

Tant qu'on n'avait pas sous les yeux ces monuments de la Syrie centrale,

il était difficile de se rendre compte des motifs qui avaient fait

adopter, pendant la dernière partie de la période romane, ces

arcs-doubleaux séparant les travées des édifices voûtée, puisque les

Romains ne séparaient pas leurs travées de voûtes par des

arcs-doubleaux. Les édifices syriens nous donnent la solution de cette

question. Dans ces édifices, les arcs-doubleaux sont, par suite d'un

raisonnement très-juste, faits pour franchir des espaces trop larges

pour être couverts par des plates-bandes ou par des charpentes, dans un

pays où les bois longs étaient rares; ces arcs portent de grandes

dalles, comme dans l'exemple précédent, ou des pannes. C'est ce qui nous

fait dire que ces artistes syriens avaient su allier, mieux que ne

l'avaient fait les Romains, l'arc et la plate-bande. Les architectes

occidentaux ont conservé les arcs-doubleaux comme l'ossature naturelle

de tout édifice bâti de pierre; seulement, entre ces arcs, ils ont bandé

des voûtes suivant la tradition romaine, soit en berceau, soit d'arête.

Mais à Byzance, à Sainte-Sophie, déjà la voûte d'arête romaine s'était

modifiée. Sa clef centrale était habituellement alors posée au-dessus du

niveau des extrados des clefs d'arcs-doubleaux (voyez figure 11), si

toutefois on peut donner le nom d'arcs-doubleaux à des arcs à peine

saillants sur le nu interne de la voûte. L'arc A, par exemple, de la

figure 11 n'était que le nerf de brique, romain qui, au lieu d'être

entièrement noyé dans l'épaisseur de la voûte, ressortait quelque peu.

On remarquera d'ailleurs que ces arcs A, B, C sont au nu de la voûte, à

sa naissance en D sur les tailloirs carrés des chapiteaux, et ne

prononcent leur saillie qu'en se rapprochant de la clef. En un mot, ces

arcs ne sont pas concentriques à la voûte, laquelle est une sorte de

compromis entre la coupole et la voûte d'arête. Or, c'est ce principe de

structure qu'adoptent généralement nos architectes occidentaux dans la

construction de leurs voûtes d'arête à la fin du XIe siècle; c'est

suivant ce système que sont faites les voûtes de la nef de l'église

abbatiale de Vézelay, qui datent des premières années du XIIe siècle, et

ce n'était pas sans raison que ce parti avait été adopté. Ces voûtes

bombées offraient plus de résistance que les voûtes engendrées par deux

cylindres se pénétrant à angle droit. Nous développons tout ce qui

touche à cette question dans l'article CONSTRUCTION, il n'est donc pas

nécessaire de revenir ici sur ce sujet, d'autant qu'alors, au

commencement du XIIe siècle, on n'apportait pas, dans la pratique de la

structure, les soins que les Romains avaient su y mettre. On ne

fabriquait plus ces belles et grandes briques carrées qui permettaient

de noyer des nerfs résistants dans l'épaisseur des voûtes et d'obtenir

des arêtiers bien bandés; faits de tuf ou de moellons irréguliers,

très-rarement de moellons piqués, les arêtiers n'offraient pas de

cohésion et tendaient à se détacher. Plus le constructeur se rapprochait

de la coupole, plus il évitait les chances de rupture des arêtiers,

puisque ceux-ci formaient à peine un pli saillant à l'intrados jusqu'à

la moitié environ de leur développement, pour se perdre dans un

ellipsoïde en se rapprochant de la clef. D'ailleurs, pour tracer les

cintres diagonaux de charpente, il n'était pas besoin de chercher la

courbe de rencontre des deux cylindres, il suffisait de tracer un

demi-cercle dont le diamètre était la diagonale du parallélogramme à

voûter[394]. Sur ces arcs diagonaux et sur l'extrados des arcs-doubleaux

et formerets, on posait des couchis, puis on faisait avec de la terre la

forme bombée nécessaire sur chacun des triangles, de manière à se

rapprocher plus ou moins d'une coupole. On maçonnait alors sur ce moule,

sans qu'il fût besoin de prendre des dispositions particulières pour les

arêtiers, sensibles seulement au départ et inappréciables à la clef. Ces

sortes de voûtes ont intérieurement l'apparence que présente notre

figure 12, et toute la surface courbe comprise entre les points A, C, B,

D, était, ou un sphéroïde, si la voûte était fermée sur un plan carré,

ou un ellipsoïde, si elle était fermée sur un plan barlong.

Mais avant d'entrer dans quelques développements à ce sujet, il est

nécessaire de faire connaître les tâtonnements qui précédèrent et

provoquèrent la révolution qui se fit dans l'art de construire les

voûtes au milieu du XIIe siècle.

Nous avons dit que les Romains évitaient autant que possible les

pénétrations de berceaux de voûtes, comme présentant des difficultés et

des pertes de temps pour le constructeur. Les Romains, en effet,--et

cela ressort de l'étude de leurs monuments,--cherchaient à économiser

sur le temps, c'est-à-dire qu'ils prétendaient, tout en bâtissant de

manière à assurer une parfaite solidité et une longue durée aux

constructions, obtenir un résultat dans le plus court espace de temps.

Ils évitaient donc les appareils demandant un tracé compliqué et une

taille longue. S'ils avaient un berceau de voûte à faire pénétrer dans

une salle voûtée, ils tenaient la clef de ce berceau pénétrant

au-dessous de la naissance du berceau qui eût dû être pénétré. Exemple

(fig. 13), soit une galerie A voûtée en berceau: le berceau de la

galerie B communiquant à la première était bandé, sa clef C au-dessous

de la naissance du berceau D. Le Colisée à Rome, les arènes d'Arles et

de Nîmes présentent cette structure à chaque pas. Mais encore les

claveaux de ces berceaux, lorsqu'ils sont appareillés en pierre, au lieu

d'être reliés, sont juxtaposés, ainsi que le montre notre figure. Ce

système d'appareil est visible, non-seulement dans les arènes d'Arles et

de Nîmes, mais aussi à l'aqueduc du Gard et dans beaucoup d'autres

édifices de l'empire. Il est clair que cette méthode économisait le

temps et la dépense; car il n'était besoin que d'un panneau pour les

tailleurs de pierre, et à chaque joint, d'un cintre de charpente, au

lieu d'une suite de couchis sur cintres. La pose, en ce cas, se fait

beaucoup plus rapidement que lorsqu'on veut croiser les joints des

claveaux.

Les architectes du moyen âge usèrent parfois de ce procédé, notamment en

Provence, où ils avaient sous les yeux les exemples de l'antiquité; mais

les plans qu'ils adoptaient pour certaines parties d'édifices, comme les

bas côtés pourtournant les sanctuaires des églises, bas côtés sur

lesquels s'ouvrent des chapelles, nécessitaient des berceaux annulaires

pénétrés normalement par d'autres berceaux. Il y avait là une difficulté

réelle pour la solution de laquelle on ne pouvait recourir aux

structures romaines, qui ne présentent pas d'exemples de ce genre de

voûtes. Les Byzantins avaient essayé de construire des voûtes reposant

sur des colonnes et formant des pénétrations de cylindres, de cônes ou

d'ellipsoïdes; mais il faut reconnaître que ces tentatives sont

grossières, ne procèdent que par tâtonnements, et ne donnent pas comme

résultat une méthode géométrique pouvant être formulée. Malgré les

difficultés que soulevait la construction des voûtes d'un collatéral

pourtournant un sanctuaire reposant sur des colonnes, en partant de la

donnée romaine ou byzantine, il est à croire que l'on tenait fort à

cette disposition du plan, car les architectes occidentaux ne cessèrent

de chercher la solution de ce problème depuis le commencement du XIIe

siècle jusqu'à ce qu'ils l'aient résolu d'une manière complète à la fin

de ce siècle. Il faut reconnaître même que cette longue suite d'essais

ne contribua pas médiocrement à développer le système d'où procède la

voûte d'arête du XIIIe siècle; système excellent, puisqu'il permet

toutes les combinaisons imaginables en n'employant toujours qu'un même

procédé.

Rien n'est tel, pour faire apprécier la marche progressive d'un travail

qui demande les efforts de l'intelligence et les combinaisons

successives de l'expérience appuyée sur une science positive comme la

géométrie, que de suivre pas à pas les solutions approximatives plus ou

moins heureuses du problème posé, que de montrer chaque

perfectionnement, l'abandon de certaines méthodes qui ne sauraient

conduire à la solution définitive. C'est ce que nous allons essayer de

faire, à propos de ces voûtes pourtournant les sanctuaires, en passant

successivement par les combinaisons qui se présentèrent aux architectes

du moyen âge depuis le point de départ qui leur était donné, jusqu'à la

complète solution du problème posé par eux-mêmes.

Les Romains avaient bandé des voûtes d'arête sur des piles isolées à

section carrée, dès les premiers temps de l'époque impériale et

peut-être même sous la république, pour couvrir des citernes, des étages

inférieurs. Ces voûtes ne possédaient pas d'arcs-doubleaux; c'étaient

des demi-cylindres se croisant à angle droit, conformément au plan (fig.

14).

Lorsque les Byzantins voulaient voûter des galeries circulaires portées

d'un côté sur des colonnes isolées, ils bandaient des archivoltes d'une

colonne à l'autre, et au-dessus des clefs de ces archivoltes ils

construisaient un berceau annulaire, ou bien, du mur de précinction, ils

élevaient un demi-berceau qui appuyait sa ligne de clefs sur le mur

élevé au-dessus des archivoltes. Ils évitaient ainsi les voûtes d'arête,

c'est-à-dire les pénétrations des archivoltes dans le berceau annulaire,

et en cela ils suivaient la tradition romaine.

Mais ce mode de structure obligeait les architectes à perdre une hauteur

considérable au-dessus des archivoltes, et à élever d'autant les

constructions, si l'on voulait trouver au-dessus de ces collatéraux

circulaires, soit une galerie de premier étage, soit un fenestrage. On

prit donc le parti, à la fin du XIe siècle, en Occident, de faire

pénétrer les archivoltes dans le berceau annulaire. Or, en ce cas, voici

d'abord la difficulté qui se présente. Dans un sanctuaire porté par des

colonnes (fig. 15), ou, si les tailloirs des chapiteaux sont carrés,

comme en A, les archivoltes sont plus larges en _ab_ qu'en _cd_, ou si

l'on veut que les douelles des claveaux de ces archivoltes soient

parallèles, les tailloirs des colonnes doivent donner des trapèzes en

projection horizontale, comme en B. Dans le premier cas, ces archivoltes

sont des portions de cônes; dans le second, elles sont prises dans un

cylindre: mais ces tailloirs en forme de trapèzes, si la courbe du

sanctuaire n'est pas très-développée, sont d'un effet très-désagréable à

l'oeil, et donnent des angles aigus qui résistent mal à la charge. Vus

sur la diagonale, ces chapiteaux paraissent plus saillants d'un côté que

de l'autre, et semblent mal reposer sur les fûts (voyez en D). On essaya

donc de s'en tenir aux tailloirs carrés; mais, au lieu de bander les

voûtes normales à la courbe du sanctuaire sur une surface conique, on

maintint leurs clefs sur une ligne horizontale, et la courbe _ab_ était

en anse de panier, tandis que la courbe _cd_ était plein cintre; ou bien

la naissance de l'archivolte était biaise de _a_ en _c_ et de _b_ en

_d_, de manière à avoir en _cd_ comme en _ab_ une courbe plein cintre,

et cette dernière donnait alors la section d'un berceau qui pénétrait le

berceau annulaire.

C'est ainsi que sont construites les voûtes du collatéral du sanctuaire

de l'église de Notre-Dame du Port, à Clermont (fig. 16). Mais (voyez le

plan A) si l'on voulait que l'arc _ab_, tracé le long du mur du

collatéral, fût plein cintre, le diamètre _ab_ étant plus grand que le

diamètre _cd_ et que le diamètre _ef_, la naissance de l'arc et devait

être placée à un niveau très-supérieur à celui de la naissance de l'arc

_ab_; si bien qu'une élévation faite perpendiculairement à l'axe XO

donnait la projection tracée en B.--Toujours en supposant les clefs de

niveau--et qu'en coupe faite suivant OX, on obtenait la projection

tracée en D, la naissance de l'archivolte suivait sur le sommier S la

ligne ponctuée _gh_. Des voûtes ainsi conçues ne pouvaient être tracées

sur l'épure avec rigueur; on ne les obtenait que par des tâtonnements et

une méthode empirique. Cependant l'archivolte _ef_, qui n'était qu'une

pénétration et ne se détachait pas de la voûte, devait porter le mur de

l'abside et ne pouvait être faite de moellons ou de blocage sur forme,

il fallait qu'elle fût construite en pierres appareillées. Dès lors on

conçoit les difficultés qui assaillaient les constructeurs. À proprement

parler, il n'y a pas d'archivoltes ici, mais des berceaux gauches

pénétrant dans un berceau annulaire. On reconnut donc bientôt qu'il y

avait avantage à distinguer l'archivolte de la voûte, à la rendre

indépendante. Mais alors comment faire porter les sommiers de ces

archivoltes sur les tailloirs carrés des chapiteaux? où trouver leur

assiette et la naissance des voûtes? Voici le tailloir tracé (fig. 17)

(voyez en A). Les archivoltes sont projetées en DD. Nous traçons les

sommiers, ou le premier claveau de ces archivoltes en _aa_; il ne

restera, entre leur extrados, que le tas de charge _b_, et l'espace _cd_

pour la naissance de la voûte. Mais comme les naissances des archivoltes

sont plus élevées que celle de la section de la voûte annulaire, il en

résultera que, si l'on veut que les arêtes partent du tailloir, ces

arêtes se détacheront des verticales _cd_ et formeront des angles

rentrants _ecf_, _gdh_, d'un effet maigre et peu rassurant, indiqué dans

le trait perspectif A'. S'il y avait de bonnes raisons pour poser des

archivoltes indépendantes de la voûte, on en devait trouver de tout

aussi bonnes pour bander les arcs-doubleaux partant de la colonne isolée

pour aboutir à la colonne engagée du collatéral; arcs-doubleaux qui

devaient faciliter la construction des voûtes tournantes en divisant le

berceau annulaire primitif par travées. Mais où loger, sur le tailloir

carré, le sommier, le premier claveau de cet arc-doubleau? Si (voy. en

B, fig. 17) nous prétendons laisser les deux premiers claveaux

d'archivoltes et le premier claveau d'arc-doubleau, indépendants, sur le

tailloir du chapiteau, il nous faudra, ou donner peu de lit à chacun de

ces claveaux, ou augmenter beaucoup la surface supérieure du tailloir,

et dans ce cas il restera deux angles de ce tailloir inoccupés; toutes

les charges viendront se reporter en M, c'est-à-dire en dehors de l'axe

de la colonne et tendront à faire incliner celle-ci. De plus (voyez le

tracé perspectif B'), les naissances des archivoltes étant à un niveau

supérieur à celui de la naissance de l'arc-doubleau, il restera

au-dessus de la naissance de cet arc un triangle T vertical, et l'arête

de la voûte ne pourra commencer qu'en _i_, au point où la courbe de la

pénétration P viendra toucher l'extrados de l'arc-doubleau. Il n'est pas

besoin d'insister sur le mauvais effet de cette combinaison. Si (voy. en

C, fig. 17) de ces trois membres d'arcs nous formons un sommier composé

par la pénétration des lits de ces arcs, ceux-ci ne deviendront

indépendants que lorsque leur courbure d'extrados se détachera de la

verticale; mais comme les naissances de ces arcs ne sont pas au même

niveau (voyez le tracé perspectif C'), nous aurons encore en _t_ un

triangle vertical qui déportera la naissance de l'arête en _s_. Pour des

artistes qui cherchaient les formes les mieux appropriées à l'objet, ces

arêtes déportées, ne naissant pas dans le fond de l'angle rentrant,

ayant l'air de reposer sur les reins de l'arc-doubleau, ne pouvaient

être une solution satisfaisante. Ces archivoltes et arcs-doubleaux

reposant en bec de flûte sur le tailloir ne présentaient pas une

structure conforme aux principes de la voûte portée sur des arcs

saillants; principes qui veulent que chacun de ces arcs conserve sa

forme et sa dimension dans la totalité de son développement. Les maîtres

essayèrent donc d'autres combinaisons, D'abord ils pensèrent que

l'arc-doubleau, qui ne porte pas charge, pouvait être diminué de

largeur, ce qui laissait, en apparence, plus de lit aux premiers

claveaux des archivoltes et permettait à la voûte de prendre plus bas sa

naissance. Pour quelque temps, ils s'en tinrent à ce dernier parti, en

trichant, autant que faire se pouvait, soit en donnant plus de

profondeur au tailloir que de largeur, soit en posant le premier claveau

un peu en encorbellement sur ce tailloir, de manière à le dégager.

Cependant la structure des voûtes elles-mêmes avait suivi ces progrès.

Faites d'abord de moellons jetés sur forme, on établit bientôt leur

naissance en pierre, puis on essaya de les construire entièrement en

moellons taillés, appareillés. Pour des appareilleurs qui n'étaient pas

familiers avec l'art du trait,--nous parlons des premières années du

XIIe siècle,--il n'était point aisé de tracer l'appareil de voûtes

d'arête tournantes; aussi ces premières voûtes appareillées

présentent-elles les coupes les plus bizarres, les expédients les plus

naïfs. À défaut d'expérience, ces artistes avaient la ténacité,

entrevoyaient un but défini, et ce n'est pas un petit enseignement

qu'ils nous donnent quand nous voulons suivre pas à pas les étapes

qu'ils ont faites dans l'art de la construction, sans abandonner un seul

jour la voie tracée dès leurs premiers essais. Leurs déductions

s'enchaînent avec une rigueur de logique dont on ne saurait trouver

l'équivalent à une autre époque; et c'est dans l'Île-de-France

particulièrement que l'on constate la persistance des constructeurs à

poursuivre les conséquences d'un principe admis.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - (T - U - V - Y - Z) · 第 35 / 41 段