La critique de Nietzsche s’est répandue en huit gros volumes sur tous
les sujets qui intéressent la philosophie sociale, la morale et
l’esthétique. On jugera peut-être que l’intérêt du présent écrit est
d’en avoir un peu systématisé les principes inspirateurs.
Nietzsche avait coutume d’écrire ou par aphorismes ou par grands
développements séparés et formant chacun un tout. Ses ouvrages sont
moins des traités distincts que l’assemblage de toutes ses pensées d’une
année, d’une période. C’était, je crois, son goût, sa manière naturelle
de concevoir. Une maladie des yeux persistante, en l’obligeant à dicter,
lui fit une nécessité de ce mode de composition. On en sait les
avantages: c’est la spontanéité entière, la flamme continue de l’accent
et la faculté pour le lecteur de prendre et quitter le livre. Nietzsche
se met, pour ainsi dire, tout entier dans chaque page. Mais aussi il est
indispensable de ne pas rester perdu dans cette forêt de théories et de
sentences. Nous avons essayé d’en dessiner les grandes avenues et les
carrefours.
Nous avons interprété notre auteur un peu à la manière dont les
historiens faisaient parler leurs personnages, en s’attachant à l’esprit
et aux intentions plutôt qu’au texte. Méthode qui nous était imposée
pour le raccourci que nous voulions obtenir et qui peut tourner parfois
à une fidélité plus profonde.