Esprit de Bosroger[1] rapporte les aveux de Madeleine Bavan, à propos du

sabbat:

[Note 1: _La piété affligée_, p. 389.]

«I. Qu'étant à Rouen dans la maison d'une couturière chés laquelle elle

resta l'espace de trois ans elle fut débauchée par un magicien qui en abusa

plusieurs, la fit transporter au sabbat avec trois de ses compagnes qu'il

avait aussi débauchées: il y célébra la messe avec une chemise gatée de

salletés luy appartenant, le dit magicien estant au sabbat, les fit signer

dans un régistre d'environ deux mains de papier; Madeleine adjoute qu'elle

emporta du sabbat la vilaine chemise de laquelle le magicien s'était servi,

et étant de retour la prist sur soy, pendant lequel temps elle se sentit

fort portée à l'impudicité jusqu'à ce qu'elle eust quittée par l'ordre d'un

sage confesseur cette abominable chemise.»

«II. Madeleine Bavan a dit qu'il ne s'était presque point passé de semaine

pendant l'espace de huit mois ou environ, que le magicien ne l'ait menée au

sabbat, où une fois entr'autres ayant célébré une exécrable messe, il la

maria avec un des principaux diables de l'enfer nommé Dagon qui parut alors

en forme d'un jeune homme, et luy donna une bague; ce maudit mariage fait,

le dit prétendu jeune homme luy mit la bague dans le doigt, puis se

séparèrent chacun de leur costé, avec promesse faite par ce jeune homme

qu'il ne seroit pas longtemps sans la revoir, aussy il luy apparut dès le

lendemain, comme il a fait quantité de fois pendant plusieurs années, ayant

souvent sa compagnie charnelle, qui excepté le plaisir qu'elle ressentoit

dans son esprit lui causoit plus de douleur que de volupté, comme

elle-mesme l'assure.»

«Madeleine Bavan a dit[1] qu'elle a vu trois ou quatre fois des femmes

magiciennes accoucher au sabbat, après la délivrance desquelles on mettait

leurs enfans sur l'autel qui y demeuroient pleins de vie pendant la

célébration de leur détestable messe, laquelle étant achevée, tous les

assistans (entre lesquelles était la dite Bavan) et les mères memes

égorgeoient d'un commun consentement ces pauvres petits enfans, qu'ils

déchiroient et après que chacun en avoit tiré les principales parties,

comme le coeur et autres pour en faire charmes, maléfices et sortilèges;

ils mettoient le reste en terre; ausquels égorgements elle a contribué avec

Picard et a fait des maléfices des dits enfants qu'elle a rapportés à

l'intention générale de celuy qui présidait au sabbat, et comme elle ne

sçavoit sur qui les appliquer, elle les bailla aux premiers trouvés du

sabbat.»

[Note 1: _La piété affligée_, p. 395.]

«Elle confesse avoir adoré le bouc du sabbat lequel paroist demy homme et

demy bouc, lesquelles adorations du bouc se font tousjours à dessein de

profaner le très saint sacrement de l'Eucharistie.»

«Elle avoue avoir plusieurs fois adoré d'autres diables, référant ses

intentions à celles qu'ont les magiciens en général: celles qu'elle se

formoit en particulier n'avoient point d'autre but que la charnalité.»

«Pour revenir aux sorciers et sorcières, quand ils vouloyent faire venir

ces esprits à eux, dit Loys Lavater[1], ils s'oignoyent d'un onguent qui

faisoit fort dormir; puis se couchoyent au lict, où ils s'endormoyent tant

profondément qu'on ne les pouvoit esveiller, ni en les perçant d'aiguilles

ni en les brûlant. Pendant qu'ils dormoyent ainsi, les diables leur

proposoyent des banquets, des danses, et toutes sortes de passe-temps, par

imagination. Mais puisque les diables ont si grande puissance, rien

n'empêche qu'ils ne puissent quelquefois prendre les hommes, et les

emporter dans quelque forest puis leur faire voir là tels spectacles...»

[Note 1: _Trois livres des apparitions, etc._, p. 297.]

«Il avint un jour que quelqu'un fort adonné à ces choses, fut soudainement

emporté hors de sa maison en un lieu fort plaisant, où après avoir veu

danser toute la nuict et fait grande chère, au matin tout cela estant

esvanouy, il se vit enveloppé dans des épines et halliers fort espais. Mais

outre ce qu'ils sont paillards aussi sont-ils fort cruels, car ils entrent

es maisons en forme de chiens ou de chats et tuent ou despouillent les

petits enfants.»

«Paul Grillaud, Italien qui vivoit l'an 1537, en son premier livre _de

Sortilegiis_, tesmoigne, dit Crespet[1], qu'il y eut un pauvre homme sabin

demourant près de Rome qui fut persuadé par sa femme de se gresser comme

elle de quelques unguens pour estre transporté avec les autres sorciers.

Pendant que ce transport se fist par la vertu de la gresse et de quelques

paroles qu'on dit, et non pas par la vertu du diable, il se trouva donc au

comté de Bénévent soubs un grand noyer, où estoient amassez infinis

sorciers qui beuvoient et mangeoient a son advis, et se mit avec eux pour

boire et manger; mais ne voyant point de sel sur table, en demanda ne se

doubtant que les diables l'ont en horreur et aussitost qu'il eust nommé le

nom de Dieu de ce que le sel lui fut apporté disant en son langage:

_Laudato sia Dio pur e venuto questo sale_, incontinent tous les diables

avec leurs sorciers disparurent, et demoura le pauvre home tout seul, nud

comme il estoit et fut contraint de s'en retourner à pied mendiant son pain

et vint accuser sa femme qui fut bruslée.»

[Note 1: _De la hayne de Satan pour l'homme_, p. 236.]

«D'après le même[1], Daneau... rend compte d'un procès fait à Genève... à

une femme laquelle avoit publiquement confessé estant interrogée, qu'elle

avoit souvent assisté au chapitre et assemblée des autres sorciers, tout

joignant le chapitre de la grande église dédiée à saint Pierre (mais

maintenant le repaire de Sathan où est annoncée sa volonté) et qu'après

tous les autres qui là estoient congregez elle avoit adoré le diable en

forme de renard roux, qui se faisoit appeler Morguet et déposa qu'on le

baisoit par le derrière qui étoit fort froid et sentoit fort mauvais. Où

une jeune fille étant arrivée, dédaignant baiser une place tant vilaine et

infame, le dict renard se transforma en homme, et luy feit baiser son

genoüil qui estoit aussi froid que l'autre lieu, et de son poulce luy

imprima au front une marque qui lui causa une grande douleur; tout cela est

dans le dit livre imprimé, et ce que s'ensuit à sçavoir, que la ditte femme

déposa devant les juges que quand elle vouloit aller à l'assemblée, elle

avoit un baston blanc tacheté de rouge, et comme les autres lui avoient

appris, elle disoit à ce baston: «Baston blanc rouge, meyne-moi où le

diable te commande.»

[Note 1: _De la hayne de Satan pour l'homme_, p. 231.]

«Barth à Spina raconte[1] qu'une jeune fille de Bergame fut trouvée à

Venise, laquelle ayant veu lever de nuict sa mère, qui despouillant sa

chemise s'estoit ointe, et chevauchant un baston estoit sortie par la

fenestre et s'estoit esvanouye, par une curiosité en voulut autant faire,

et incontinent elle fut portée au lieu où estoit sa mère arrivée, mais

voyant le diable s'imprima le signe de la croix et invoqua le nom de la

Vierge Marie, et incontinent elle fut délaissée seule, et se trouva toute

nue comme le procès en fut fait d'elle et de sa mère et le tout vérifié.»

[Note 1: Même ouvrage, p. 241.]

«Il allegue un autre exemple d'une autre femme de Ferrare laquelle estant

couchée auprès de son mary se leva de nuict pensant qu'il fust bien endormy

mais il la contemploit comme elle print de l'onguent dans un vaisseau

qu'elle tenoit caché, et aussitost fut enlevée, il se leve et en voulut

autant faire, et se trouva incontinent au lieu où estoit sa femme qui

estoit en une cave, mais n'ayant le moyen de retourner comme il étoit allé,

se trouva seul et appréhendé comme larrons conta l'affaire, accusa sa femme

qui fut convaincue et chastiée.»

Goulart[1] rapporte, d'après Baudouain de Roussey[2], le fait suivant:

[Note 1: _Thrésor des histoires admirables_, t. I, p. 178.]

[Note 2: _Épîtres médicinales_.]

«M. Théodore fils de Corneille, jadis consul de la ville de Goude en

Hollande m'a récité l'histoire qui s'ensuit l'affirmant très véritable. En

un village nommé Ostbrouch près d'Utrect se tenoit une veufve au service de

laquelle estoit un quidam s'occupant en ce qui estoit requis pour les

affaires de la maison. Icelui ayant prins garde, comme les valets sont

curieux encores que ce ne fust comme en passant, que bien avant en la nuict

et lorsque tous les domestiques estoyent couchez, cette veufve estoit

d'ordinaire en l'estable vers un certain endroit, lors estendant les mains

elle empoignoit le rastelier d'icelle estable où l'on met d'ordinaire le

foin pour les bestes. Lui s'esbahissant que vouloit dire cela, délibere de

faire le mesme au desceu de sa maistresse, et essayer l'effect de telle

cérémonie. Ainsi donc tost apres, en suivant sa maistresse qui estoit

entrée en l'estable y va et empoigne le rastelier. Tout soudain il se sent

enlevé en l'air, et porté en une caverne sous terre, en une villette ou

bourgade nommée Wych, où il trouve une synagogue de sorcieres, devisantes

ensemble de leurs maléfices. La maistresse estonnée de telle présence non

attendue lui demanda par quelle adresse, il s'estoit rendu en telle

compagnie. Il lui deschiffre de poinct en poinct ce que dessus. Elle

commence à se despiter et courroucer contre lui craignant que telles

assemblées nocturnes ne fussent descouvertes. Néantmoins elle fut d'avis de

consulter avec ses compagnes ce que seroit de faire en la difficulté qui se

présentoit. Finalement elles furent d'avis de recueillir amiablement ce

nouveau venu en stipulant de lui promesse expresse de se taire, et de jurer

qu'il ne manifesteroit à personne les secrets qui lors luy avoyent esté

descouverts contre son opinion et mérite. Ce pauvre corps promet mons et

merveilles, flatte les unes et les autres et pour n'estre pas rudement

admis en leur synagogue, feint avoir très grande envie d'être delà en avant

admis en leur synagogue, s'il leur plaisoit. En ces consultations, l'heure

se passe et le temps de déloger aprochoit. Lors se fait une autre

consultation à l'instance de la maîtresse sçavoir si pour la conservation

de plusieurs, il estoit point expédient d'égorger ce serviteur ou s'il

faloit le reporter. D'un commun consentement fut encliné au plus doux avis

de le reporter en la maison, puisqu'il avoit presté serment de ne rien

déceler. La maistresse prend cette charge et après promesse expresse et

réciproque, elle charge ce serviteur sur ses épaules promettant le reporter

en sa maison. Mais comme ils eurent fait une partie du chemin, ils

descouvrirent un lac plein de joncs et de roseaux. La maistresse

rencontrant cette occasion et craignant toujours que ce jeune homme se

repentant d'avoir été admis à ces festes d'enfer ne descouvrist ce qu'il

avoit veu s'eslance impétueusement et secoue de dessus ses épaules le jeune

homme espérant (comme il est à présumer) que ce malavisé perdroit la vie,

tant par la violence de sa chute du fort haut, que par son enfondrement en

l'eau bourbeuse de ce lac, où il demeureroit enseveli.»

«Mais comme Dieu est infiniment miséricordieux, ne voulant pas permettre la

mort du pécheur, ains qu'il se convertisse et vive, il borna les furieux

desseins de la sorciere, et ne permit pas que le jeune homme fut noyé, ains

lui prolongea la vie, tellement que sa cheute ne fut pas mortelle, car

roulant et culbutant en bas il rencontre une touffe espaisse de cannes et

roseaux qui rabattirent la violence du coup en telle sorte toutes fois

qu'il fut rudement blessé, et n'ayant pour aide que la langue, tout le

reste de la nuict, il sentit des douleurs en ce lict de joncs et d'eau

bourbeuse.»

«Le jour venu en se lamentant et criant, Dieu voulut que quelques passants

estonnez de cette clameur du tout extraordinaire, après avoir diligemment

cherché trouverent ce pauvre corps demi transi tout esrené et froissé ayant

outre plus les deux cuisses dénouées. Ils s'enquirent d'où il estoit, qui

l'avoit mis en tel point et entendant l'histoire précédente après l'avoir

tiré de ce misérable gîte le chargerent et firent porter par chariot à

Utrect. Le bourgmaistre nommé Jean le Culembourg, gentilhomme vertueux,

esmeu et ravi en admiration d'un cas si nouveau, fit soigneuse enqueste du

tout, deserna prinse de corps contre la sorciere, et la fit serrer en

prison, où elle confessa volontairement, sans torture et de poinct en

poinct, tout ce qui s'estoit passé, suppliant qu'on eust pitié d'elle. La

conclusion de ce procès, par commun avis de tout le conseil produisit

condamnation de mort tellement que ceste femme fut bruslée. Le serviteur ne

fut de longtemps après guéri de sa froissure universelle et

particulièrement de ses cuisses, chastié devant tous de sa curiosité

détestable.»

Bodin[1] rapporte d'après Sylvestre Rieras qu'en Italie, dans la ville de

Come, «l'official et l'inquisiteur de la foy, ayans grand nombre de

sorcières qu'ils tenoyent en prison, et ne pouvans croire les choses

estranges qu'elles disoyent, en voulurent faire la preuve, et se firent

mener à la synagogue par l'une des sorcières, et se tenans un peu à

l'escart virent toutes les abominations, hommages au diable, danses,

copulations. Enfin le diable qui faisoit semblant de ne les avoir pas veu,

les batit tant qu'ils en moururent quinze jours après.»

[Note 1: _Démonomanie_, préface.]

«Nous trouvons, dit Bodin[1], au 6e livre de Meyr, qui a escrit fort

diligemment l'histoire de Flandres, que l'an 1459 grand nombre d'hommes et

femmes, furent brulés en la ville d'Arras accusées les uns par les autres

et confessèrent qu'elles estoient la nuit transportées aux danses et puis

qu'ils se couplaient avecques les diables qu'ils adoraient en figure

humaine.»

[Note 1: _Démonomanie_.]

«Jacques Sprenger et ses quatre compagnons inquisiteurs des sorciers

escrivent qu'ils ont fait le procès à une infinité de sorciers en ayant

fait exécuter fort grand nombre en Allemagne, et mesmement aux pays de

Constance et de Ravenspur l'an 1485 et que toutes generallement sans

exception, confessoient que le diable avoit copulation charnelle avec elle

après leur avoir fait renoncer Dieu et leur religion.»

«Suivant P. de Lancre[1], Jeannette d'Abadie aagée de seize ans dict,

qu'elle a veu hommes et femmes se mesler promiscuement au sabbat. Que le

diable leur commandait de s'accoupler et de se joindre, leur baillant à

chacun tout ce que la nature abhorre le plus, sçavoir la fille au père, le

fils à la mère, la seur au frère, la filleule au parrain, la pénitente à

son confesseur, sans distinction d'aage, de qualité ny de parentulle.»

[Note 1: _Tableau des inconstances des mauvais anges_, p. 222.]

«Vers l'année 1670, dit Balthazar Bekker[1], il y eut en Suède, au village

de Mohra, dans la province d'Elfdalen, une affaire de sorcellerie qui fit

grand bruit. On y envoya des juges. Soixante-dix sorcières furent

condamnées à mort; une foule d'autres furent arrêtées, et quinze enfants se

trouvèrent mêlés dans ces débats.»

[Note 1: _Le Monde enchanté_, liv. VI, ch. XXIX, d'après les

relations originales.]

«On disait que les sorcières se rendaient de nuit dans un carrefour,

qu'elles y évoquaient le diable à l'entrée d'une caverne, en disant trois

fois:

--«Antesser, viens! et nous porte à Blokula!»

«C'était le lieu enchanté et inconnu du vulgaire, où se faisait le sabbat.

Le démon Antesser leur apparaissait sous diverses formes, mais le plus

souvent en justaucorps gris, avec des chausses rouges ornées de rubans, des

bas bleus, une barbe rousse, un chapeau pointu. Il les emportait à travers

les airs à Blokula, aidé d'un nombre suffisant de démons, pour la plupart

travestis en chèvres; quelques sorcières, plus hardies, accompagnaient le

cortège, à cheval sur des manches à balai. Celles qui menaient des enfants

plantaient une pique dans le derrière de leur chèvre; tous les enfants s'y

perchaient à califourchon, à la suite de la sorcière, et faisaient le

voyage sans encombre.»

«Quand ils sont arrivés à Blokula, ajoute la relation, on leur prépare une

fête; ils se donnent au diable, qu'ils jurent de servir; ils se font une

piqûre au doigt et signent de leur sang un engagement ou pacte; on les

baptise ensuite au nom du diable, qui leur donne des raclures de cloches.

Ils les jettent dans l'eau, en disant ces paroles abominables:

--«De même que cette raclure ne retournera jamais aux cloches dont elle est

venue, ainsi que mon âme ne puisse jamais entrer dans le ciel.»

«La plus grande séduction que le diable emploie est la bonne chère; et il

donne à ces gens un superbe festin, qui se compose d'un potage aux choux et

au lard, de bouillie d'avoine, de beurre, de lait et de fromage. Après le

repas, ils jouent et se battent; et si le diable est de bonne humeur, il

les rosse tous avec une perche, «ensuite de quoi il se met à rire à plein

ventre.» D'autres fois il leur joue de la harpe.»

«Les aveux que le tribunal obtint apprirent que les fruits qui naissaient

du commerce des sorcières avec les démons étaient des crapauds ou des

serpents.

«Des sorcières révélèrent encore cette particularité, qu'elles avaient vu

quelquefois le diable malade, et qu'alors il se faisait appliquer des

ventouses par les sorciers de la compagnie.»

«Le diable enfin leur donnait des animaux qui les servaient et faisaient

leurs commissions, à l'un un corbeau, à l'autre un chat, qu'ils appelaient

_emporteur_, parce qu'on l'envoyait voler ce qu'on désirait, et qu'il s'en

acquittait habilement. Il leur enseignait à traire le lait par charme, de

cette manière: le sorcier plante un couteau dans une muraille, attache à ce

couteau un cordon qu'il tire comme le pis d'une vache; et les bestiaux

qu'il désigne dans sa pensée sont traits aussitôt jusqu'à épuisement. Ils

employaient le même moyen pour nuire à leurs ennemis, qui souffraient des

douleurs incroyables pendant tout le temps qu'on tirait le cordon. Ils

tuaient même ceux qui leur déplaisaient, en frappant l'air avec un couteau

de bois.»

«Sur ces aveux on brûla quelques centaines de sorciers, sans que pour cela

il y en eût moins en Suède.»

On ne peut guère évoquer les démons avec sûreté sans s'être placé dans un

cercle qui garantisse de leur atteinte, parce que leur premier mouvement

serait d'empoigner, si l'on n'y mettait ordre. Voici ce qu'on lit à ce

propos dans le _Grimoire du pape Honorius_:

«Les cercles se doivent faire avec du charbon, de l'eau bénite aspergée, ou

du bois de la croix bénite... Quand ils seront faits de la sorte, et

quelques paroles de l'Évangile écrites autour du cercle, sur le sol, on

jettera de l'eau bénite en disant une prière superstitieuse dont nous

devons citer quelques mots:--«Alpha, Oméga, Ely, Elohé, Zébahot, Elion,

Saday. Voilà le lion qui est vainqueur de la tribu de Juda, racine de

David. J'ouvrirai le livre et ses sept signes...»

On récite après la prière quelque formule de conjuration, et les esprits

paraissent.

Le _Grand Grimoire_ ajoute «qu'en entrant dans ce cercle il faut n'avoir

sur soi aucun métal impur, mais seulement de l'or ou de l'argent, pour

jeter la pièce à l'esprit. On plie cette pièce dans un papier blanc, sur

lequel on n'a rien écrit; on l'envoie à l'esprit pour l'empêcher de nuire;

et, pendant qu'il se baisse pour la ramasser devant le cercle, on prononce

la conjuration qui le soumet.»

Le _Dragon rouge_ recommande les mêmes précautions.

Il nous reste à parler des cercles que les sorciers font au sabbat pour

leurs danses. On en montre encore dans les campagnes; on les appelle

_cercle du sabbat_ ou _cercle des fées_, parce qu'on croyait que les fées

traçaient de ces cercles magiques dans leurs danses au clair de la lune.

Ils ont quelquefois douze ou quinze toises de diamètre, et contiennent un

gazon pelé à la ronde de la largeur d'un pied, avec un gazon vert au

milieu. Quelquefois aussi tout le milieu est aride et desséché, et la

bordure tapissée d'un gazon vert. Jessorp et Walker, dans les _Transactions

philosophiques_, attribuent ce phénomène au tonnerre: ils en donnent pour

raison que c'est le plus souvent après des orages qu'on aperçoit ces

cercles.

D'autres savants ont prétendu que les cercles magiques étaient l'ouvrage

des fourmis, parce qu'on trouve souvent ces insectes qui y travaillent en

foule.

On regarde encore aujourd'ui, dans les campagnes peu éclairées, les places

arides comme le rond du sabbat. Dans la Lorraine, les traces que forment

sur le gazon les tourbillons des vents et les sillons de la foudre passent

toujours pour les vestiges de la danse des fées, et les paysans ne s'en

approchent qu'avec terreur[1].

[Note 1: Madame Élise Voïart, Notes au livre Ier de la Vierge

d'Arduène.]

VII.--UNION CHARNELLE AVEC LE DIABLE. INCUBES ET SUCCUBES.

«Le bruit commun, dit saint Augustin[1] est, et plusieurs l'ont essayé et

encore entendu de ceux la foy desquels ne peut estre révoquée en doute que

certains faunes et animaux silvestres appelez du commun incubes ont esté

fâcheux et envieux aux femmes, tellement qu'ils ont souvent convoité

d'habiter avec elles, et se trouvent certains démons que les François

appellent _Dusii_, lesquels s'efforcent tant qu'ils peuvent de cognoistre

les femmes et souvent ils accomplissent leur dessein; tellement que de nier

cela est un traict d'un homme impudent.»

[Note 1: _Cité de Dieu_, livres XXIII et XIX.]

Crespet[1] rapporte que «Col. Rhodiginus livre II, chap. VI, des _Antiques

leçons_, soustient que les diables peuvent habiter avec les femmes,

_Daemones foecundos esse femine, et coïre, angelos vero bonos minime_. Et

souvent on a trouvé des sorcières es lieux escartés, couchées à la renverse

et se remuer comme estans en l'acte vénérien, et aussitost le diable se

lever en forme de nuée espaisse et foetide.»

[Note 1: Crespet, _La hayne de Sathan_, p. 296.]

D'après Bodin[1] «Jeanne Herviller, native de Verbery près Compiegne, entre

autres choses, confessa que sa mere avoit este condamnée d'estre bruslée

toute vive par arrest du parlement, confirmatif de la sentence du juge de

Senlis, qu'à l'aage de douze ans sa mère la présenta au diable en forme

d'un grand homme noir et vestu de noir, botté, esperonné, avec une espée au

costé et un cheval noir à la porte, auquel la mère dit: Voicy ma fille que

je vous ay promise, et à la fille: Voicy vostre amy qui vous fera bien

heureuse, et dès lors elle renonça à Dieu, à la religion, et puis coucha

avec elle charnellement en la mesme sorte et manière que font les hommes

avecques les femmes, hormis que la semence estoit froide. Cela, dit-elle,

continua tous les quinze jours, mesmes icelle estant couchée près de son

mary sans qu'il s'en apperceut. Et un jour le diable luy demanda si elle

voulait estre enceinte de lui et elle ne voulut pas.»

[Note 1: _Démonomanie_.]

Merlin passait pour fils du diable. «Je pense, dit Le Loyer[1], que ce

n'est point chose tant incroyable qu'il ait esté engendré du diable en une

sorcière: car en la mesme isle vers le royaume d'Écosse, au pays de Marrée,

y eut une fille qui se trouva grosse du fait du diable. Ce ne fut pas sans

donner à penser à ses parents, qui la pouvoit avoir engrossée, parce

qu'elle abhorroit les noces et n'avait voulu être mariée. Ils la pressent

de dire qui l'avait engrossée: elle confesse, que c'estoit le diable qui

couchoit toutes les nuicts avec elle, en forme de beau jeune homme. Les

parents ne se contentent pas la responce de la fille, pratiquent sa

chambrière qui de nuict les fit entrer dans la chambre avec torches. Ce fut

lors qu'ils apperceurent au lict de la fille, un monstre fort horrible

n'ayant forme aucune d'homme. Le monstre fait contenance de ne vouloir

quitter le lict, et fait on venir le prestre pour l'exorciser. Enfin le

monstre sort, mais c'est avec tel tintamarre et fracassement, qu'il brusla

les meubles qui estoient en la chambre, et en sortant descouvrit le toict

et couverture de la maison. Trois jours après, dict Hectore Boïce, la

sorcière engendra un monstre, le plus vilain qui fust oncque né en Écosse,

que les sages femmes estoufferent.»

[Note 1: _Discours et histoires des spectres, etc._, p. 315.]

Curiosités Infernales · 第 4 / 22 段