«J'ai entendu, dit Jean Wier, cité par Goulart[1], que le diable tourmenta

durant quelques années les nonnains de Hessimont à Nieumeghe. Un jour il

entra par un tourbillon en leur dortoir, où il commença un jeu de luth et

de harpe si mélodieux, que les pieds frétilloyent aux nonnains pour danser.

Puis il print la forme d'un chien se lançant au lict d'une soupçonnée

coulpable du péché qu'elles nomment muet. Autres cas estranges y sont

advenus, comme aussi en un autre couvent près de Cologne, le diable se

pourmenoit en guises de chiens et se cachant sous les robes des nonnains y

faisoit des tours honteux et sales autant en faisoit-il à Hensberg au duché

de Cleves sous figures de chats.»

[Note 1: _Thrésor d'histoires admirables, etc._]

«Les mauvais esprits, dit dom Calmet[1], apparoissent aussi quelquefois

sous la figure d'un lion, ou d'un chien, ou d'un chat, ou de quelque autre

animal, comme d'un taureau, d'un cheval ou d'un corbeau: car les prétendus

sorciers et sorcières racontent qu'au sabbat on le voit de plusieurs formes

différentes, d'hommes, d'animaux, d'oyseaux.»

[Note 1: _Traité sur les apparitions des esprits_, t. Ier, p. 44.]

«Le diable n'apparoit aux sorciers dans les synagogues qu'en bouc, dit

Scaliger[1]; et en l'Escriture lors qu'il est reproché aux Israëlites

qu'ils sacrifioient aux demons, le mot porte aux boucs. C'est une chose

merveilleuse que le diable apparoisse en cette forme.

[Note 1: _Scaligerana_, Groeningue, P. Smith, 1669, in-12. 2e

partie, article _Azazel_.]

«Les diables, dit-il plus loin[1], ne s'addressent qu'aux foibles; ils

n'auroient garde de s'addresser à moy, ie les tuerois tous.»

[Note 1: Même ouvrage, article _Diable_.]

Quelquefois le diable apparaît sous la forme empruntée d'un corps mort.

«Je ne puis, dit Le Loyer[1], pour vérifier que les diables prennent des

corps morts qu'ils font cheminer comme vifs, apporter histoire plus récente

que celle-ci. Ceux qui ont recueilliz l'histoire de notre temps de la

démoniaque de Laon disent qu'un des diables qui étoit au corps d'elle

appelé Baltazo print le corps mort d'un pendu en la plaine d'Arlon pour

tromper le mary de la démoniaque, et la fraude du diable fut descouverte en

ceste façon. Le mary estoit ennuyé des frais qu'il faisoit procurant la

santé de sa femme, n'y pouvant plus fournir. Il s'addresse donc à un

sorcier, qui l'asseure qu'il délivrera sa femme des diables desquels elle

estoit possédée. Le diable Baltazo est employé par le sorcier et mené au

mary qui leur donne à tous à souper, où se remarque que Baltazo ne but

point. Après le souper, le mary vint trouver le maître d'escole de Vervin

en l'église du lieu, où il vaquoit aux exorcismes sur la démoniaque. Il ne

luy cele point la promesse qu'il avoit du sorcier, et réitérée de Baltazo

durant le souper qu'il guériroit sa femme, s'il le vouloit laisser seul

avec elle: mais le maître d'escole avertit le mary de prendre bien garde de

consentir cela. Quelque demie heure apres le mary qui s'étoit retiré, amène

Baltazo dans l'église, que l'esprit Baalzebub qui possédoit la femme appela

incontinent par son nom, et luy dit quelques paroles. Depuis Baltazo sort

de l'église, disparoit et ne sçait-on ce qu'il devint. Le maistre d'escole

qui voit tout cecy, conjure Baalzebub, et le contraint de confesser que

Baltazo étoit diable et avoit prins le corps d'un mort, et que si la

démoniaque eut esté laissée seule, il l'eust emportée en corps et en âme.»

[Note 1: _Discours et histoires des spectres, visions, etc._ p.

244.]

«L'exemple de Nicole Aubry, démoniaque de Laon est plus que suffisant pour

montrer ce que je dis, ajoute Le Loyer[1]. Car devant que le diable entrast

en son corps, il se presenta à elle en la forme de son père décédé

subitement, luy enjoignit de faire dire quelques messes pour son âme, et de

porter des chandelles en voyage. Il la suivoit partout où elle alloit sans

l'abandonner. Cette femme simple obéit au diable en ce qu'il lui

commandoit, et lors il leve le masque, se montre à elle, non plus comme son

père, mais comme un phantosme hideux et laid, qui luy persuadoit tantost de

se tuer, tantost de se donner à luy.--Cela se pouvoit attendre par les

réponses que la démoniaque faisoit au diable, luy résistant en ce qu'elle

pouvoit.--Je me veux servir de l'histoire de la démoniaque de Laon attestée

par actes solennels de personnes publiques, tout autant que si elle estoit

plus ancienne. Il y a des histoires plus anciennes qu'elle n'est, où à

peine on pourroit remarquer ce qui s'est veu en ceste femme démoniaque. Ce

fut pour nostre instruction que la femme fut ainsi tourmentée au coeur de

la France, mais notre libertinisme fut cause que nous ne les peusmes

apprendre.»

[Note 1: _Discours et histoires des spectres, visions, etc._, p.

320.]

Bodin[1] fait connaître une histoire analogue:

[Note 1: _Démonomanie_, livre III, ch. VI.]

«Pierre Mamor récite, dit-il, qu'à Confolant sur Vienne, apparut en la

maison d'un nommé Capland un malin esprit se disant estre l'âme d'une femme

trespassée, lequel gemissoit et crioit en se complaignant bien fort,

admonestant qu'on fist plusieurs prières et voyages, et révéla beaucoup de

choses véritables. Mais quelqu'un lui ayant dit: Si tu veux qu'on te croye

dis _Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam_. Sa réponse

fut: Je ne puis. Alors les assisants se mocquerent de lui, qui s'enfuit en

fremissant.»

Le diable prend même parfois la forme de personnes vivantes.

Voici par exemple ce que rapporte Loys Lavater[1]:

[Note 1: _Trois livres des apparitions des esprits, fantasmes,

prodiges, etc., composez par Loys Lavater, plus trois questions

proposées et résolues par M. Pierre Martyr_. Geneve, Fr. Perrin,

1571, in-12.]

«J'ai ouï dire à un homme prudent et honnorable baillif d'une seigneurie

dépendante du Zurich, qui affirmoit qu'un jour d'esté allant de grand matin

se promener par les prez, accompagné de son serviteur, il vid un homme

qu'il cognoissoit bien, se meslant meschamment avec une jument: de quoy

merveilleusement estonné retourna soudainement, et vint frapper à la porte

de celuy qu'ils pensoyent avoir veu, où il trouva pour certain qu'il

n'avoit bougé de son lict. Et si ce bailli, n'eust diligemment seu la

vérité, un bon et honneste personnage eust esté emprisonné et gehenné. Je

récite ceste histoire, afin que les juges soyent bien avisez en tels cas.

Chunégonde, femme de l'empereur Henry second, fut soupeçonnée d'adultere,

et le bruit courut qu'elle s'accointoit trop familierement d'un gentilhomme

de la cour. Car on avoit veu souvent la forme d'iceluy (mais c'estoit le

diable qui avoit pris ce masque) sortant de la chambre de l'empereur. Elle

monstra peu après son innocence en marchant sur des grilles de fer toutes

ardentes (comme la coutume estoit alors) et ne se fit aucun mal.»

«En l'île de Sardaigne, dit P. de Lancre[1] et en la ville de Cagliari, une

fille de qualité, de fort riche et honnorable maison, ayant veu un

gentilhomme d'une parfaicte beauté et bien accompli en toute sorte de

perfections s'amouracha de luy, et y logea son amitié avec une extrême

violence. (Elle sut dissimuler et le gentilhomme ne s'apperceut de rien).

Un mauvais démon pipeur, plus instruit en l'amour et plus affronteur que

luy, embrassant cette occasion, recognut aisément que cette fille esprise

et combatue d'amour seroit bientôt abbatue... Et pour y parvenir plus

aisément, il emprunta le masque et le visage du vray gentilhomme, prenant

sa forme et figure, et se composa du tout à sa façon, si bien qu'on eut dit

que c'estoit non seulement son portrait, mais un autre luy-même. Il la vit

secretement et parla à elle, lui feignit des amours et des commoditez pour

se voir. De manière que le mauvais esprit qui trouve les sinistres

conventions les meilleures abusa non seulement de la simplicité de ceste

jeune fille, ains encore du sacrement de mariage par le moyen duquel la

pauvre damoyselle pensoit aucunement couvrir sa faute et son honneur. De

sorte que, l'ayant espousé clandestinement, adjoustant mal sur mal, comme

plusieurs s'attachent ordinairement ensemble pour mieux assortir quelque

faict execrable tel que celuy-ci, ils jouyrent de leurs amours quelques

mois, pendant lesquels cette fille faussement contente cachoit le plus

possible ses amours... Il advint, que sa mère luy donna quelque chose

sainte qu'elle portoit par dévotion, qui lui servit d'antidote contre le

démon et contre son amour, brouillant ses entrées et troublant ses

commoditez. Le diable lui avait recommandé de ne pas lui envoyer de

messager, mais la jalousie la poussant, elle en envoya un au gentilhomme

pour le prier de se rendre auprès d'elle, lui reprocha son abandon, etc. Le

gentilhomme tout étonné lui déclara qu'elle a été pipée et établit qu'à

l'époque du prétendu mariage il était absent. La damoyselle reconnut alors

l'oeuvre du démon et se retira dans un monastère pour le reste de sa vie.»

[Note 1: _Tableau de l'inconstance des mauvais anges_, p. 218.]

Wier[1] raconte cette histoire d'une jeune fille servante d'une religieuse

de noble maison, à qui le diable voulut jouer un mauvais tour. «Un paysan

lui avoit promis mariage; mais il s'amouracha d'une autre: dont ceste-ci

fut tellement contristée, qu'estant allée environ une demie lieue loin du

couvent, elle rencontra le diable en forme d'un jeune homme, lequel

commença à deviser familièrement avec elle, lui descouvrant tous les

secrets du paysan, et les propos qu'il avoit tenus à sa nouvelle amie: et

ce afin de faire tomber cette jeune fille en désespoir et en résolution de

l'estrangler. Estans parvenus près d'un ruisseau, lui print l'huile qu'elle

portoit, afin qu'elle passast plus aisément la planche, et l'invita d'aller

en certain lieu qu'il nommoit; ce qu'elle refusa, disant: Que voulez-vous

que j'aille faire parmi ces marest et étangs? Alors il disparut, dont la

fille conçeut tel effroy qu'elle tomba pasmée: sa maistresse, en estant

avertie la fit rapporter au couvent dedans une lictière. Là elle fut

malade, et comme transportée d'entendement, estant agitée de façon estrange

en son esprit, et parfois se plaignoit estre misérablement tourmentée du

malin, qui vouloit l'oster de là et l'emporter par la fenestre. Depuis elle

fut mariée à ce paysan et recouvra sa première santé.»

[Note 1: _Histoires, disputes et discours des illusions et

impostures des diables_.]

Le même auteur[1] rapporte cette histoire singulière d'une métamorphose du

diable:

[Note 1: _Histoires des impostures des diables_, p. 196.]

«La femme d'un marchand demeurant à deux ou trois lieues de Witemberg, vers

Slésic, avoit, dit-il, accoustumé pendant que son mary estoit allé en

marchandise, de recevoir un amy particulier. Il advint donc pendant que le

mary étoit aux champs que l'amoureux vint veoir sa dame, lequel après avoir

bien beu et mangé, il faict son devoir, comme il luy sembloit, il apparut

sur la fin en la forme d'une pie montée sur le buffet, laquelle prenoit

congé de la femme en cette manière: Cestuy-ci a esté ton amoureux. Ce

qu'ayant dit, la pie disparut, et oncques depuis ne retourna.»

Bouloese rapporte cette singulière aventure arrivée à Laon[1]:

[Note 1: _Le Trésor et entière histoire de la triomphante victoire

du corps de Dieu sur l'esprit en colère de Beelzebub, obtenue à

Laon l'an 1566_, par Bouloese. Paris, Nic. Chesneau, 1578, in-4°.]

«Lors ce médecin réformé, sans en communiquer au catholique, ne perdant

cette occasion de bouche ouverte, tira de sa gibessière une petite phiole

de verre contenant une liqueur d'un rouge tant couvert qu'à la chandelle il

apparoissoit noir, et luy jetta en la bouche. Et Despinoys esmeu par la

puanteur, haulsant la main droicte au devant s'escria disant: Fy, fy,

Monsieur nostre maistre que luy avez-vous donné? Et en tomba sur sa main de

ce rendue pour un temps fort puante (dont par après il fut contraint de

manger avec la gauche tenant cependant la droicte derrière le dos) comme

aussi toute la chambre fut remplie de cette puantueur. Le corps devint

roide comme une buche, sans mouvement ny sentiment quelconque. Dont ce

médecin réformé fort étonné, dist que c'estoit une convulsion. Et retira

une autre bouteille pleine de liqueur blanche, qu'il disoit notre eau de

vie avec la quintessence de romarin pour faire revenir à soy la patiente,

et faire cesser la convulsion. Et pour exciter la patiente lui feist

frotter et battre les mains en criant: Nicole, Nicole, il faut boire.

Cependant une beste noire (avec révérence semblable à un fouille-merde:

aussi à Vrevin s'était montrée une autre sorte de grosse mouche a vers que

par ses effets l'on a jugée estre ce maistre mouche Beelzebub), beste noire

que peu après appela le diable escarbotte, fut veue et se pourmena sur le

chevet du lict et sur la main du dict Despinoys en l'endroit de la susdite

puante liqueur respandue... Toutefois ce médecin disant estre une ordure

tombée du ciel du lit, secoua, mais en vain, pour en faire tomber d'autres.

Et se voyant ne pouvoir exciter la patiente et avoir esté reprins d'avoir

jeté en la bouche d'icelle, ceste liqueur tant puante, print une chandelle

et s'en alla.»

V.--SIGNES DE LA POSSESSION DU DÉMON.

«Combien qu'il y ait parfois quelques causes naturelles de la phrénésie ou

manie, dit Mélanchthon en une de ses epistres[1], c'est toutes fois chose

asseurée que les diables entrent en certaines personnes et y causent des

fureurs et tourmens ou avec les causes naturelles ou sans icelles; veu que

l'on void parfois les malades estre gueris par remedes qui ne sont point

naturels. Souvent aussi tels spectacles sont tout autant de prodiges et

prédictions de choses à venir. Il y a douze ans qu'une femme du pays de

Saxe, laquelle ne sçavoit ni lire ni escrire, estant agitée du diable, le

tourment cessé, parloit en grec et en latin des mots dont le sens estoit

qu'il y auroit grande angoisse entre le peuple.»

[Note 1: Cité par Goulart, _Thrésor des histoires admirables_, t.

I, p. 142.]

Le docteur Ese[1] donne comme marques conjecturales de la possession:

[Note 1: _Traicté des marques des possédés et la preuve de la

véritable possession des religieuses de Louvein_, par P. M. Ese,

docteur en médecine. Rouen, Ch. Osmont, 1644, in-4°.]

1° Avoir opinion d'être possédé;

2° Mener une mauvaise vie;

3° Vivre hors de toute société;

4° Les maladies longues, les symptômes peu ordinaires, un grand sommeil,

les vomissements de choses estranges;

5° Blasphémer le nom de Dieu et avoir souvent le diable en bouche;

6° Faire pacte avec le diable;

7° Estre travaillé de quelques esprits;

8° Avoir dans le visage quelque chose d'affreux et d'horrible;

9° S'ennuyer de vivre et se désespérer;

10° Estre furieux, faire des violences;

11° Faire des cris et hurlemens comme les bestes.

Nous trouvons dans une histoire des possédées de Loudun[1] les questions

proposées à l'université de Montpellier par Santerre, prêtre et promoteur

de l'évêché et diocèse de Nîmes, touchant les signes de la possession, et

les réponses judicieuses de cette université.

[Note 1: _Histoire des diables de Loudun, ou de la possession des

religieuses ursulines et de la condamnation et du supplice d'Urbain

Grandier, curé de la même ville_. Amsterdam, Abraham Wolfgang,

1694, in-12, p. 314.]

_Question._

Si le pli, courbement et remuement du corps, la tête touchant quelque fois

la plante des piés, avec autres contorsions et postures étranges sont un

bon signe de possession?

_Réponce._

Les mimes et sauteurs font des mouvements si étranges, et se plient,

replient en tant de façons, qu'on doit croire qu'il n'y a sorte de posture,

de laquelle les hommes et femmes ne se puissent rendre capables par une

sérieuse étude, ou un long exercice, pouvant même faire des extensions

extraordinaires et écarquillemens de jambes, de cuisses et autres parties

du corps à cause de l'extension des nerfs, muscles et tendons, par longue

expérience et habitude; partant telles opérations ne se font que par la

force de la nature.

_Question_.

Si la vélocité du mouvement de la tête par devant et par derrière, se

portant contre le dos et la poitrine est une marque infaillible de

possession?

_Réponce_.

Ce mouvement est si naturel qu'il ne faut ajouter de raison à celles qui

ont été dites sur le mouvement des parties du corps.

_Question_.

Si l'enflure subite de la langue, de la gorge et du visage, et le subit

changement de couleur, sont des marques certaines de possession?

_Réponce_.

L'enflement et agitation de poitrine par interruption sont des effets de

l'aspiration ou inspiration, actions ordinaires de la respiration, dont on

ne peut inférer aucune possession. L'enflure de la gorge peut procéder du

souffle retenu et celle des autres parties des vapeurs mélancoliques qu'on

voit souvent vaguer par toutes les parties du corps. D'où s'ensuit que ce

signe de possession n'est pas recevable.

_Question_.

Si le sentiment stupide et étourdi ou la privation de sentiment, jusques à

être pincé et piqué sans se plaindre, sans remuer, et même sans changer de

couleur, sont des marques certaines de possession?

_Réponce._

Le jeune Lacédémonien qui se laissait ronger le foye par un renard qu'il

avoit dérobé, sans faire semblant de le sentir et ceux qui se faisoient

fustiger devant l'autel de Diane jusques à la mort sans froncer le sourcil,

montrent que la résolution peut bien faire soufrir des piqûres d'épingle

sans crier, étant d'ailleurs certain que dans le corps humain il se

rencontre en quelques personnes de certaines petites parties de chair, qui

sont sans sentiment, quoique les autres parties qui sont alentour, soient

sensibles, ce qui arrive le plus souvent par quelque maladie qui a précédé.

Partant tel effet est inutile pour la possession.

_Question._

Si l'immobilité de tout le corps qui arrive à de prétendus possédés par le

commandement de leurs exorcistes, pendant et au milieu de leurs plus fortes

agitations est un signe univoque de vraie possession diabolique?

_Réponce._

Le mouvement des parties du corps étant involontaire, il est naturel aux

personnes bien disposées de se mouvoir ou de ne se mouvoir pas selon leur

volonté, partant un tel effet, ou suspension de mouvements n'est pas

considérable pour en inférer une possession diabolique, si en cette

immobilité il n'y a privation entière du sentiment.

_Question._

Si le japement ou clameur semblable à celui du chien, qui se fait dans la

poitrine plutôt que dans la gorge est une marque de possession?

_Réponce._

L'industrie humaine est si souple à contrefaire toute sorte de

raisonnements, qu'on voit tous les jours des personnes façonnées à

exprimer parfaitement le raisonnement, le cri et le chant de toutes

sortes d'animaux, et à les contrefaire sans remuer les lèvres

qu'imperceptiblement. Il s'en trouve même plusieurs qui forment des paroles

et des voix dans l'estomac, qui semblent plutôt venir d'ailleurs que de la

personne qui les forme de la sorte, et l'on appelle ces gens les

engastronimes, ou engastriloques. Partant un tel effet est naturel, comme

le remarque Pasquier au chap. 38 de ses Recherches par l'exemple d'un

certain boufon nommé Constantin.

_Question._

Si le regard fixe sur quelque objet sans mouvoir l'oeil d'aucun côté est

une bonne marque de possession?

_Réponce._

Le mouvement de l'oeil est volontaire comme celui des autres parties du

corps et il est naturel de le mouvoir, ou de le tenir fixe, partant il n'y

a rien en cela de considérable.

_Question._

Si les réponces que de prétendues possédées font en françois, à quelques

questions qui leur sont faites en latin, sont une marque de possession?

_Réponce._

Nous disons qu'il est certain que d'entendre et de parler les langues qu'on

n'a pas aprises sont choses surnaturelles, et qui pourroient faire supposer

qu'elles se font par le ministère du Diable, ou de quelque autre cause

supérieure; mais de répondre à quelques questions seulement, cela est

entièrement suspect, un long exercice ou des personnes avec lesquelles on

est d'intelligence pouvant contribuer à telles réponces, paroissant être un

songe de dire que les diables entendent les questions qui leur sont faites

en latin et répondent toujours en françois et dans le naturel langage de

celui qu'on veut faire passer pour un énergumène. D'où il s'ensuit qu'un

tel effet ne peut conclure la résidence d'un démon, principalement si les

questions ne contiennent pas plusieurs paroles et plusieurs discours.

_Question._

Si vomir les choses telles qu'on les a avalées est un signe de possession?

_Réponce._

Delrio, Bodin et autres auteurs disent que par sortilège les sorciers font

quelquefois vomir des clous, des épingles et autres choses étranges par

l'oeuvre du diable. Ainsi dans les vrais possédés le diable peut faire de

même. Mais de vomir les choses comme on les a avalées, cela est naturel, se

trouvant des personnes qui ont l'estomac faible, et qui gardent pendant

plusieurs heures ce qu'elles ont avalées, puis le rendent comme elles l'ont

pris et la Lientérie rendant les aliments par le fondement, comme on les a

pris par la bouche.

_Question._

Si des piqûres de lancette dans diverses parties du corps, sans qu'il en

sorte du sang, sont une marque certaine de possession?

_Réponce._

Cela doit se rapporter à la composition du tempérament mélancolique, le

sang duquel est si grossier qu'il ne peut en sortir par de si petites

plaies, et c'est par cette raison que plusieurs étant piqués, même en leurs

veines et vaisseaux naturels, par la lancette d'un chyrurgien, n'en rendent

aucune goutte comme il se voit par expérience. Partant il n'y a rien

d'extraordinaire.»

J. Bouloese[1] raconte comment vingt-six diables sortirent du corps de

Nicole, la possédée de Laon:

[Note 1: _Le trésor et entière histoire de la triomphante victoire

du corps de Dieu sur l'esprit malin de Beelzebub, obtenue à Laon

l'an 1566_, par J. Bouloese. Paris, Nic. Chesneau, 1578, in-4°.]

«A deux heures de l'après midy fut rapportée la dicte Nicole, estant

possédée du diable, à la dicte église où furent faites par ledit de Motta

les conjurations comme auparavant. Nonobstant toute conjuration le dit

Beelzebub dit à haute voix qu'il n'en sortirait. Après dîner donc

retournant le dit de Motta aux conjurations luy demanda combien ils en

étoient sortis? Il répond 26. Il faut maintenant (ce disoit de Motta) que

toy et tous tes adhérans sortiez comme les autres. Il répond: Non je ne

sortiray pas icy; mais si tu me veux mener à sainte Restitute, nous

sortirons là. Il te suffise s'ils sont sortis 26. Et puis le dit de Motta

demande signe suffisant comment ils estoient sortis. Il dist pour

tesmoignage que l'on regarde au petit jardin du trésorier qui est sur le

portail; car ils ont prins et emporté trois houppes (c'est-à-dire branches)

d'un verd may (d'un petit sapin) et trois escailles de dessus l'église de

Liesse faicte en croix, comme les autres de France communément. Ce qui a

été trouvé vray, comme a veu monsieur l'abbé de Saint-Vincent, monsieur de

Velles, maistre Robert de May, chanoine de l'église Nostre-Dame de Laon, et

autres.»

Le même auteur[1] rapporte les contorsions de la démoniaque de Laon:

[Note 1: _Le trésor et entière histoire de la triomphante victoire

du corps de Dieu sur l'esprit malin de Beelzebub, etc._, p. 187.]

«Et autant, dit-il, que le révérend père évêque lui mettoit la saincte

hostie devant les yeux, luy disant: Sors ennemy de Dieu: d'autant plus se

jectoit-elle à revers de coté et d'autre, en se tordant la face devers les

pieds et en muglant horriblement et les pieds à revers les orteils estant

mis au talon, contre la force de huict ou dix hommes elle se roidissoit et

eslançoit en l'air plus de six pieds, ou la hauteur d'un homme. De sorte

que les gardes, voire mesme en l'air avec elle parfois élevés en suoient de

travail. Et encore qu'ils s'appesantissent le plus qu'ils pouvoient, pour

la retenir en bas: si ne la pouvoient-ils toutes fois maistriser que quasi

elle ne leur eschapast, et fust arrachée des mains sans qu'elle se

monstrast aucunement eschauffée.

«Le peuple voyant et oyant chose si horrible, monstrueuse, hydeuse et

espouvantable crioient: Jésus, miséricorde! Les uns se cachoient ne l'osant

regarder. Les autres cognoissant l'enragée cruauté de cet excessif

indicible et incredible tourment pleuroient à grosses larmes piteusement

redoublans: Jésus, miséricorde!»

Curiosités Infernales · 第 2 / 22 段