UNE STATUE

On le croyait fondateur de la ville,

Venu des pays clairs et lointains

Vers ceux d'Europe--avec sa pauvre crosse en main,

Et grand, sous sa bure servile.

Pour se faire écouter il parlait par miracles,

En des clairières d'or, le soir, dans les forêts,

Où des granits carraient leurs symboles épais,

Et tonnaient leurs oracles.

Il était la tristesse et la douceur

Descendue autrefois, à genoux, du calvaire,

Vers les hommes et leur misère

Et vers leur cœur.

Il accueillait l'humanité fragile,

Il lui chantait le paradis sans fin

Et l'endormait dans le rêve divin,

Le front posé sur l'évangile.

Plus tard, le roi, le juge et le bourreau

Prirent son verbe et le faussèrent;

Et les textes autoritaires

Apparurent, tels des glaives hors du fourreau.

Contre la paix qu'il avait inclinée

Vers tous, de son geste clément,

La vie, avec des cris et des sursauts déments,

Brusque et rouge, fut dégaînée.

Mais lui resta le clair apôtre et le soleil

Tiédi, aux yeux de tous, de patience et d'indulgence

Et la pieuse et populaire intelligence

Venait puiser en lui la force et le conseil.

On l'invoquait pour les fièvres et pour les peines,

On le fêtait en mai, au soir tombant,

Et des mères apportaient leurs enfants

Baigner leurs maux dans l'eau de sa fontaine.

Son nom large et sonore d'amour

Marquait la fin des longues litanies

Et des complaintes infinies

Que l'on chantait, depuis toujours.

Il se définissait, près d'un portail roman,

En une image usée et tremblotante,

Qui écoutait, dans la poitrine

Haletante des tours,

Les bourdons lourds clamer au firmament.

Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées · 第 33 / 53 题