O ce monde de fièvre et d'inlassable essor

Rué, à poumons lourds et haletants,

Vers on ne sait quels buts inquiétants?

Monde promis pourtant à des lois d'or,

A des lois douces, qu'il ignore encore

Mais qu'il faut, un jour, qu'on exhume,

Une à une, du fond des brumes.

Monde aujourd'hui têtu, tragique et blême

Qui met sa vie et son âme dans l'effort même

Qu'il projette, le jour, la nuit,

A chaque heure, vers l'infini.

O les siècles et les siècles sur cette ville!

Le rêve ancien est mort et le nouveau se forge.

Il est fumant dans la pensée et la sueur

Des bras fiers de travail, des fronts fiers de lueurs,

Et la ville l'entend monter du fond des gorges

De ceux qui le portent en eux

Et le veulent crier et sangloter aux cieux.

Et de partout on vient vers elle,

Les uns des bourgs et les autres des champs,

Depuis toujours, du fond des loins;

Et les routes éternelles sont les témoins

De ces marches, à travers temps,

Qui se rythment comme le sang

Et s'avivent, continuelles.

Le rêve! il est plus haut que les fumées

Qu'elle renvoie envenimées

Autour d'elle, vers l'horizon;

Même dans la peur ou dans l'ennui,

Il est là-bas, qui domine, les nuits,

Pareil à ces buissons

D'étoiles d'or et de couronnes noires,

Qui s'allument, le soir, évocatoires.

Et qu'importent les maux et les heures démentes,

Et les cuves de vice où la cité fermente,

Si quelque jour, du fond des brouillards et des voiles,

Surgit un nouveau Christ, en lumière sculpté,

Qui soulève vers lui l'humanité

Et la baptise au feu de nouvelles étoiles.

Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées · 第 32 / 53 题