L'imagination commence à saisir des rapports plus éloignés, mais elle
n'a point encore perdu de vue le sens propre.
_SAG-aris_ signifie d'abord un faisceau de _flèches_, un carquois; il se
dit bientôt d'une hache d'armes.
_SAG-ma_ exprime en premier lieu ce qui sert à cacher la pointe de la
_flèche_, à la garantir en temps de paix. Ensuite, il se dit
généralement d'un fourreau, et finalement de la selle d'un homme d'armes
où les _flèches_ sont fixées.
_SAG-men_ est pris dans un sens plus hardiment figuré, quoiqu'il
appartienne encore au sens primitif. On appelle ainsi la verveine par
opposition ou contre vérité, parce que les Ambassadeurs proposant la
paix ou la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et une
_flèche_.
_SAG-a_ signifie premièrement les armes d'un soldat. _Ire ad SAG-a_,
c'est s'emparer de ses javelots et de ses _flèches_. On en fait _SAG-um_
ou _SAG-ulum_ qui est l'habit d'un soldat en guerre.
Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus loin. On appelle
_SAC-itza_ le pillage d'une ville, l'extermination de ses habitans,
parce que les vainqueurs les renversent à coups de _flèches_, et notre
Langue en emprunte les mots SAC et _SAC-cager_ qui conservent encore
toute la racine, avec une simple modification de la gutturale _g_,
prononcée sur une touche plus éclatante.
Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en former _SANG-uis_,
qui s'emploie par une extension du même genre, parce que le sang coule
sous les _flèches_.
_N. B._ En vieux français, _sache_ a signifié un fourreau, _sacher_,
tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier et le renverser sous
les _flèches_, d'où il semble que _chasser_ a été fait par métathèse.