A CONSTANTINOPLE

La mosquée de Hamidié est un frêle et gracieux monument, dont les

blanches terrasses sont surmontées par la coupole légère d'un minaret

qui est un véritable bijou d'art. C'est là, à quelques pas à peine de

son palais d'Yildiz-Kiosk, que le sultan Abdul-Hamid assiste pieusement,

chaque vendredi, aux cérémonies du Selamlik.

Dès qu'à midi la voix plaintive du muezzin a convié la foule à la

prière, les portes du palais d'Yildiz s'ouvrent à deux battants. Au

milieu d'une brillante escorte de princes, de ministres, de grands

officiers chamarrés d'or, de pachas et de serviteurs, aux sons des

musiques et parmi les acclamations de la foule, une luxueuse Victoria,

attelée de deux chevaux blancs, emporte le sultan, à fond de train,

jusque dans la grande cour de la mosquée. Le souverain descend alors de

sa voiture, salue ses sujets et pénètre dans le religieux édifice

entouré du cheik-ul-islam, des ulémas et des imans.

Aussitôt après la fin de la cérémonie, Abdul-Hamid regagne sa Victoria,

qui le ramène dans son palais avec une rapidité d'allure qui jette

toujours une certaine confusion dans sa suite. Ce n'est cependant pas

grâce à la vitesse extrême de son attelage que le sultan a dû, vendredi

dernier, de n'être pas atteint par l'explosion de la bombe qui, dans la

cour de la mosquée de Hamidié, a tué plus de 20 personnes et en a blessé

près de 60 autres.

L'Illustration, No. 3257, 29 Juillet 1905 · 第 28 / 30 题