#Fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press), société de cyberpresse
*Entretien du 20 mai 2000
= Pouvez-vous présenter FTPress?
FTPress (French Touch Press) est une société française de cyberpresse. Elle a
donné naissance aux sites suivants:
- www.ftpress.com, le site de la société de presse "maîtresse", qui présente le
concept, les produits, l'organisation... et les membres de l'équipe, sous forme
de portraits très personnels;
- www.internetactu.com, le site d'Internet Actu, consacré à l'actualité
d'internet et des nouvelles technologies, créé le 9 septembre 1999 sous cette
forme-là (mais successeur de LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu), qui se trouvait
au sein de la Délégation aux systèmes d'information (DSI) du CNRS (Centre
national de la recherche scientifique));
- www.pixelactu.com, le site de Pixel Actu, consacré à l'actualité de l'image
numérique, créé le 31 janvier 2000;
- www.esanteactu.com, le site de eSanté Actu, consacré à l'actualité de la
eSanté, à savoir le croisement de la santé (vue par les professionnels du
secteur) et d'internet, lancé le 16 mai 2000;
- www.lafontaine.net, le site de Jean de la Fontaine, qui présente l'intégralité
de son oeuvre, ainsi que plein de dessins, pastiches, enregistrements, et publie
quotidiennement "La fable du jour";
- www.commissairetristan.com, le site des Aventures du Commissaire Tristan, le
premier cyberpolar online (gratuit), coproduit par FTPress et AlloCiné, lancé à
mi-juin 2000.
Les projets sont nombreux pour les prochains mois.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
En (très) résumé, cela consiste à développer une société, FTPress, spécialisée
dans la presse online (enfin pour l'instant, car tout bouge tellement vite que
ce pourrait bien ne plus être le cas dans quelques mois). Le concept de FTPress
est de réaliser des médias professionnels spécialisés chacun dans un secteur
économique: la santé, l'automobile, l'image numérique, les ressources humaines,
la logistique, etc. Chaque média traite de l'économie, de la technologie, des
aspects politiques et sociaux, d'un secteur modifié par l'arrivée des nouvelles
technologies et d'internet. Le premier a été Internet Actu, créé au CNRS en
février 1996, suivi de Pixel Actu (février 2000), puis de eSanté Actu (mai
2000). Nous sommes partis de l'écrit, mais nous allons maintenant vers le
multimédia, avec prochainement des émissions de télévision. FTPress réalise
aussi des médias pour des tiers.
= Comment voyez-vous votre avenir professionnel?
Mon avenir professionnel, je le vois comme un présent professionnel. Si vous
m'aviez posé cette question il y a deux ans, je vous aurais répondu qu'à force
de travailler avec internet (en tant que directeur aux systèmes d'information du
CNRS) et à propos d'internet (en tant que directeur de la publication LMB Actu),
je rêvais de créer une entreprise internet. Mais je me demandais alors comment
m'y prendre. Si vous me l'aviez posée il y a un an, je vous aurais répondu que
j'avais fait le saut, que les dés étaient jetés, et que j'avais annoncé mon
départ de l'administration... pour créer FTPress. Je ne pouvais plus supporter
de rester où j'étais. Je devenais aigre. C'était créer mon entreprise ou bien...
prendre une année sabbatique à ne rien faire. Et aujourd'hui je suis en plein
dedans. J'ai l'impression de vivre les histoires que l'on lit dans la presse sur
les start-ups. C'est dur à supporter physiquement, tant le développement est
rapide. Alors, mon avenir, je le vois à la plage, sans internet, pour me reposer
avec ma femme ;-)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Quelles solutions pratiques suggérez-vous?
Ces débats sont fondés. Certaines personnes, souvent d'ailleurs celles qui ont
le pouvoir donné par une institution d'appartenance, s'assoient sur le droit
d'auteur, n'hésitant pas à apposer leur nom sur un texte écrit par un autre.
Chez FTPress, nous appliquons grosso modo le principe de la GPL (general public
licence, licence publique qui sert de fondement à Linux, ndlr) pour les
logiciels libres. Nos textes sont reproductibles gratuitement dans la mesure où
ce n'est pas fait dans des fins commerciales, et bien sûr sous réserve que la
source soit mentionnée. Quant aux auteurs des dits textes, ils sont rémunérés
normalement, avec un statut de journalistes, et également intéressés dans
l'entreprise, par le jeu de bons de souscription (alias stock options). Cet
intéressement aux résultats et à la valeur de l'entreprise complète la
rémunération traditionnelle du journaliste pour un texte destiné à une
publication déterminée. En contrepartie, FTPress ne paie plus les auteurs si le
texte est revendu à un tiers (qui en fait un usage commercial). Je pense que
c'est une solution à cette question dans le domaine de la presse. Mais c'est un
problème complexe et varié, qui ne peut trouver une seule réponse.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je ne sais pas répondre, sinon une banalité, comme: "chacun gardera son langage
privilégié, avec l'anglais comme langue d'échange". Mais peut-on réellement
penser que toute la population du monde va communiquer dans tous les sens?
Peut-être? Via des systèmes de traduction instantanée, par écrit ou par oral?
J'ai du mal à imaginer qu'on verra de sitôt des outils capables de translater
les subtilités des modes de pensée propres à un pays: il faudrait pour lors
traduire, non plus du langage, mais établir des passerelles de sensibilité. A
moins que la mondialisation n'uniformise tout cela? En résumé, je pense que la
bonne question est celle d'un internet multiculturel.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Quand nous avons franchi la barre des 10.000 abonnés à LMB Actu, début 1998.
= Et votre pire souvenir?
Une fois, quand nous avons écrit une bêtise dans Internet Actu, et que les
messages incendiaires des abonnés ont commencé à arriver en trombe, dans les dix
minutes suivant l'envoi. On a tous commencé à paniquer, car on venait de
basculer LMB Actu dans le privé et la société FTPress ne reposait que sur le
successeur, Internet Actu. Un désabonnement massif et c'en était fini de nous.
Mais finalement, toutes ces réactions nous ont permis de démarrer la tribune des
lecteurs, qui a été bien appréciée! Souvent, les erreurs ont du bon, du moment
qu'on les avoue, et qu'on l'affiche ouvertement: ces échanges créent des liens
entre les lecteurs et les auteurs.
*Entretien du 25 novembre 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Plein de choses! De nouveaux magazines (DRH Actu, NetLocal Actu, Automates
intelligents dans quelques jours, Correspond@nces avec la Fondation la Poste,
etc.), de la TV (avec un studio propre), un nouveau système d'information (ou de
production) très puissant (Reef.com), le kiosque de presse (avec des partenaires
presse externe, à commencer par Diora), etc.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Ça n'a pas changé: j'imprime souvent nos propres publications pour les lire dans
les transports en commun. Je n'ai pas beaucoup le temps de lire, hormis des
romans.
= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?
Oui, il a encore de l'avenir, il y aura toujours du papier, ou si ce n'est pas
le papier (matériau) que l'on connaît, ce sera un support souple, léger et fin
comme lui (pour dans dix ans en principe).
= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?
Ce n'est rien d'autre qu'un ordinateur portable dédié. Je ne vois pas bien
pourquoi on se priverait des autres fonctions de l'ordinateur, quitte à
transporter un écran.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux
aveugles et malvoyants?
Ne pas abuser des interfaces purement graphiques, et conserver une distribution
en texte simple (il n'y a d'ailleurs pas que les aveugles qui apprécient).
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Rien d'original... Je ne vois pas très bien quoi rajouter au sens des deux mots
qui composent ce terme.
= Et la société de l'information?
Une société dont l'information est le moteur, dans tous les sens du terme.