ZINA TUCSNAK (Nancy)

#Ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyses et traitements

informatiques du lexique français)

L'ATILF a développé des programmes de recherche sur la langue française,

principalement son vocabulaire. Traitées par des systèmes informatiques

spécifiques, les données (lexicales et textuelles) portent sur divers registres

du français : langue littéraire (du 14e au 20e siècle), langue courante (écrite

et parlée), langue scientifique et technique (terminologies), et régionalismes.

Les bases de données de l'ATILF comprennent notamment: (1) Frantext, un corpus à

dominante littéraire constitué de textes français qui s'échelonnent du 16e au

20e siècle. Sur l'intégralité du corpus, il est possible d'effectuer des

recherches simples ou complexes (base non catégorisée). Sur un sous-ensemble

comportant des oeuvres en prose des 19e et 20e siècles, les recherches peuvent

également être effectuées selon des critères syntaxiques (base catégorisée); (2)

l'Encylopédie de Diderot et d'Alembert, en collaboration avec l'ARTFL (American

and French Research on the Treasury of the French Language) de l'Université de

Chicago. Il s'agit de la version internet de la première édition, à savoir 17

volumes de texte et 11 volumes de planches; (3) Dictionnaires d'autrefois

(16e-19e siècles): Dictionnaires de l'Académie française, 1re (1694), 5e (1798),

et 6e (1835) éditions, Dictionarium latinogallicum de Robert Estienne, Thresor

de la langue françoyse (versions ancienne et moderne) de Jean Nicot,

Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle; (4) le Catalogue critique

des ressources textuelles sur internet (CCRTI), un ensemble de sites qui

diffusent des ressources textuelles en ligne sur le web, sélectionnés en

fonction de leur sérieux sur le plan du traitement éditorial et du traitement

numérique des textes; (5) le Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition

(1932).

*Entretien du 23 octobre 2000

= Pouvez-vous présenter votre organisme?

Je fais partie du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), plus

précisément du département des Sciences de l'homme et de la société (SHS).

L'ATILF (Analyses et traitements informatiques du lexique français) participe

activement à la valorisation des innovations scientifiques et techniques et au

rayonnement de la culture française à l'étranger.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis ingénieure informaticienne. Mon travail s'articule autour de deux axes

principaux: gérer des bases textuelles informatisées (Encyclopédie Diderot,

Dictionnaires d'autrefois) et assurer l'administration des serveurs de notre

laboratoire. Je gère plusieurs sites internet: Encyclopédie Diderot,

Dictionnaires d'autrefois, Webcourrier et Ressources informatiques à l'INaLF.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je ne conçois pas l'avenir sans internet. C'est une évolution constante.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Non, pas personnellement. Les dictionnaires électroniques et autres e-books

révolutionnent l'accès à la culture. En quelques clics, l'utilisateur peut

trouver l'information recherchée.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

L'e-book offre une combinaison d'opportunités: la digitalisation et l'internet.

Les éditeurs apportent leur titres à tous les lecteurs du monde. C'est une

nouvelle ère de la publication.

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le

web?

Le droit en informatique et en particulier le droit d'auteur sur la toile est

une discipline de plus en plus développée et recherchée. Malgré quelques cas qui

ont fait jurisprudence, le législateur n'est pas en mesure de solutionner toute

la problématique actuelle. L'absence des frontières est un gros handicap.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le

web?

C'est un vaste problème. Le meilleur moyen sera l'application d'une loi par

laquelle on va attribuer un "quota" à chaque langue. Mais est-ce que ce n'est

pas une utopie de demander l'application d'une telle loi dans une société de

consommation comme la nôtre?

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux

aveugles et malvoyants?

Il faudrait fournir des alternatives équivalentes au contenu visuel et auditif:

le texte peut être expédié directement à des synthétiseurs vocaux et à des

générateurs de braille et peut être représenté sur du papier.La voix synthétique

et le braille sont indispensables aux individus non voyants et mal entendants.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Je crois que, dans le cyberespace, l'information et la quantité de l'information

sont gouvernées par des lois mathématiques. Mais les modèles mathématiques n'ont

pas trouvé encore leur solution, un peu comme le mouvement perpétuel ou la

quadrature du cercle.

= Et la société de l'information?

La société de l'information peut être définie comme un milieu dans lequel se

développent la culture et la civilisation par l'intermédiaire de l'informatique,

qui restera la base et la théorie de cette société.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Mon meilleur souvenir est lié à la mise en oeuvre d'un serveur qui permet la

lecture de son courrier depuis n'importe quel ordinateur muni d'une connexion

internet. Le principe d'un tel serveur existait déjà, surtout sur des grandes

sites américains. Mais rien ne remplace la sensation du devoir accompli.

= Et votre pire souvenir?

Ce sont les CV bidons, publiés sur des pages personnelles. Surtout quand les

auteurs s'appropient des réalisations ou des activités qu'ils n'effectuent pas.

Mais cela ouvre un débat plus large sur la répression des fraudes sur internet.

Entretiens (1998-2001) · 第 116 / 132 题