#Directeur du centre de documentation et d'information (CDI) de l'OCDE
(Organisation de coopération et de développement économiques)
"L'OCDE rassemble 30 pays membres au sein d'une organisation qui, avant tout,
offre aux gouvernements un cadre pour examiner, élaborer et perfectionner les
politiques économiques et sociales. Ils y comparent leurs expériences
respectives, s'y efforcent d'apporter des réponses aux problèmes qui leur sont
communs et s'y emploient à coordonner des politiques intérieures et
internationales qui, dans le contexte actuel de mondialisation des économies,
doivent former un ensemble de plus en plus homogène. (...) L'OCDE est un club de
pays qui partagent les mêmes idées. C'est un club de riches en ce sens que ses
Membres produisent les deux tiers des biens et services du monde, mais ce n'est
pas un club privé. En fait, l'exigence essentielle pour en devenir Membre est
qu'un pays soit attaché aux principes de l'économie de marché et de la
démocratie pluraliste. Au noyau d'origine, constitué de pays d'Europe et
d'Amérique du Nord, sont venus s'ajouter le Japon, l'Australie, la
Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Mexique, la République tchèque, la Hongrie, la
Pologne et la Corée. De plus, l'OCDE a établi de nombreux contacts avec le reste
du monde dans le cadre de programmes avec des pays de l'ancien bloc soviétique,
d'Asie et d'Amérique latine, contacts qui pourraient, dans certains cas,
déboucher sur une adhésion." (extrait du site web)
Réservé aux agents de l'OCDE, le centre de documentation et d'information (CDI)
a pour but de leur procurer les informations nécessaires à leurs recherches. Les
collections imprimées comprennent environ 60.000 monographies et 2.500
périodiques. Le CDI fournit aussi nombre de documents électroniques émanant de
CD-Rom, de bases de données et du web.
Peter Raggett, son directeur, est bibliothécaire professionnel depuis vingt ans.
Il a d'abord été en poste dans les bibliothèques gouvernementales du Royaume-Uni
avant de devenir fonctionnaire international à l'OCDE en 1994, comme
sous-directeur puis directeur du CDI. Il utilise l'internet depuis 1996. Les
pages intranet du CDI, dont il est l'auteur, sont devenues une des principales
sources d'information du personnel de l'organisation.
*Entretien du 18 juin 1998 (entretien original en anglais)
= En quoi consiste votre activité liée à l'internet?
Je dois filter l'information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui
signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu'ils proposent.
J'ai sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l'accès à partir
de l'intranet de l'OCDE, et cette sélection fait partie du bureau de référence
virtuel proposé par la bibliothèque à l'ensemble du personnel. Outre les liens,
ce bureau de référence contient des pages de références aux articles,
monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en
cours à l'OCDE, l'accès en réseau aux CD-Rom, et une liste mensuelle des
nouveaux titres. Le catalogue de la bibliothèque sera lui aussi bientôt
disponible sur l'intranet.
= Comment voyez-vous l'avenir?
L'internet offre aux chercheurs un stock d'informations considérable. Le
problème pour eux est de trouver ce qu'ils cherchent. Jamais auparavant on
n'avait senti une telle surcharge d'informations, comme on la sent maintenant
quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant les
moteurs de recherche disponibles sur l'internet. A mon avis, les bibliothécaires
auraient un rôle important à jouer pour améliorer la recherche et l'organisation
de l'information sur l'internet.
Je prévois aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement et la
recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques numériques
permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une institution à
l'autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les
informations pour le public.
Personnellement, je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel.
Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt
par courrier électronique, par téléphone ou par fax, j'effectuerai la recherche
et je leur enverrai les résultats par voie électronique.
*Entretien du 4 août 1999 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Notre site intranet va être complètement remanié d'ici la fin de l'année, et
nous allons y mettre le catalogue de la bibliothèque, ce qui permettra à nos
usagers d'y avoir accès directement de leur écran. Ce catalogue sera conforme à
la norme Z39.50. (Z39.50 est une norme définissant un protocole pour la
recherche documentaire d'un ordinateur à un autre. Elle permet à l'utilisateur
d'un système de rechercher des informations chez les utilisateurs d'autres
systèmes utilisant la même norme sans devoir connaître la syntaxe de recherche
utilisée par ces systèmes, ndlr.)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le problème du droit d'auteur est loin d'être résolu. Les éditeurs souhaitent
naturellement toucher leur dû pour chaque article commandé alors que les
bibliothécaires et usagers veulent pouvoir immédiatement télécharger
(gratuitement si possible) le contenu intégral de ces articles. A présent chaque
éditeur semble avoir sa propre politique d'accès aux versions électroniques. Il
serait souhaitable qu'une politique homogène soit mise en place, de préférence
en autorisant largement le téléchargement des documents électroniques.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je pense qu'il appartient aux organisations et sociétés européennes d'offrir des
sites web si possible en trois ou quatre langues. A l'heure de la mondialisation
et du commerce électronique, les sociétés ont un marché potentiel sur plusieurs
pays à la fois. Permettre aux francophones, germanophones ou japonais de
consulter un site web aussi facilement que les anglophones donnera une plus
grande compétitivité à une firme donnée.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Avoir trouvé en dix minutes les informations biographiques et les articles d'un
professeur reçu par l'OCDE.
= Et votre pire souvenir?
Les problèmes de lenteur pour la connection à l'internet et le transfert des
données.
*Entretien du 31 juillet 2000 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Le catalogue du CDI est disponible sur l'intranet de l'OCDE depuis octobre 1999,
si bien que les fonctionnaires peuvent désormais le consulter depuis leur
bureau.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Nous fournissons toujours des photocopies d'articles de périodiques, un peu
moins cependant que par le passé parce que le texte intégral de nombreux
articles est maintenant disponible sur l'internet en format PDF. En revanche le
prêt des monographies en version imprimée n'a pas diminué depuis que l'OCDE
utilise l'internet.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Je pense que le papier aura toujours sa place, et ce malgré l'arrivée du livre
numérique. Mais, quand les gens s'y seront accoutumés, l'utilisation du papier
décroîtra.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Il est intéressant d'observer combien la présentation du livre électronique
copie celle du livre traditionnel, à l'exception du fait que la page papier est
remplacée par un écran. A mon avis, le livre électronique va permettre de
remplacer certains documents papier, mais pas tous. J'espère aussi qu'ils seront
imperméables à l'eau, pour je puisse continuer à lire dans mon bain.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux
aveugles et malvoyants?
Je préconise une augmentation du nombre d'enregistrements sonores, qui
permettraient aux aveugles et malvoyants d'écouter les textes du web au moyen
des haut-parleurs de leurs ordinateurs ou bien d'écouteurs.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est cette zone "extérieure" qui se trouve de l'autre côté du PC
lorsqu'on se connecte à l'internet. Pour ses utilisateurs ou ses clients, tout
fournisseur de services internet ou serveur de pages web se trouve donc dans le
cyberespace.
= Et la société de l'information?
La société de l'information est cette société dont le produit le plus précieux
est l'information. Jusqu'au 20e siècle, ce sont les produits manufacturiers qui
ont été les plus considérés. Ils ont ensuite été remplacés par l'information. En
fait, on parle maintenant davantage d'une société du savoir, dans laquelle, du
point de vue économique, le produit le plus prisé est le savoir acquis par
chacun.