#Ecrivain auto-éditant ses oeuvres et utilisant le web pour les faire connaître
*Entretien du 18 juin 2000
= En quoi consiste votre site web?
Mon site (mis en ligne le 17 avril 2000) a plusieurs objectifs: présenter mes
livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à travers des fiches
signalétiques (dont le format est identique à celui que l'on trouve dans la base
de données Electre) et des extraits choisis, présenter mon parcours (de
professeur de lettres et d'écrivain), permettre de commander mes ouvrages,
offrir la possibilité de laisser des impressions sur un livre d'or, guider le
lecteur à travers des liens vers des sites littéraires.
= Quel avantage voyez-vous à utiliser l'internet?
Je suis écrivain. Créer un site internet me permet d'élargir le cercle de mes
lecteurs en incitant les internautes à découvrir mes écrits. Internet est
également un moyen pour élargir la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une
politique de liens, j'espère susciter des contacts de plus en plus nombreux.
= Pourquoi ce choix d'auto-éditer vos oeuvres?
Après avoir rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons
d'édition et ne souhaitant pas opter pour des éditions à compte d'auteur, j'ai
choisi, parce que l'on écrit avant tout pour être lu (!), d'avoir recours à
l'auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j'assume l'intégralité des
étapes de la chaîne littéraire, depuis l'écriture jusqu'à la commercialisation,
en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dépôt légal et la
diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250
exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes.
= A l'heure de l'internet, pensez-vous que les auteurs aient encore besoin des
éditeurs?
Je pense qu'internet est avant tout un média plus rapide et plus universel que
d'autres, mais je suis convaincue que le livre "papier" a encore, pour des
lecteurs amoureux de l'objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la
problématique réside davantage dans la qualité de certains éditeurs, pour ne pas
dire la frilosité, devant les coûts liés à la fabrication d'un livre, qui
préfèrent éditer des livres "vendeurs" plutot que de décider de prendre le
risque avec certains écrits ou certains auteurs moins connus ou inconnus.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Encore une fois internet devra me permettre d'aller à la rencontre de lecteurs
(d'internautes) que je n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de côtoyer. Je
pense à des pays francophones tels que le Canada qui semble réserver une place
importante à la littérature francaise. Je suis déja référencée dans des
annuaires et des moteurs de recherche anglo-saxons, et en passe de définir des
accords d'échange de liens avec des sites universitaires et littéraires
canadiens.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le respect du droit d'auteur, c'est la survie de la création. Le web, de par son
universalité et la grande facilité avec laquelle quiconque peut s'approprier ou
copier ce qu'il souhaite, constitue à n'en pas douter une limite à la diffusion
de toute création. Je suis réticente à l'idée de placer mes textes en
exhaustivité sur la toile car je crains les copies et plagiats. Je pense qu'il
serait sans doute astucieux de présenter par exemple les premiers chapitres d'un
livre ou un extrait puis d'inciter le lecteur à acquérir l'ouvrage sous forme
papier ou sous forme électronique grâce à une gestion sécurisée des moyens de
paiement.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je crois que, par nature, la langue devra être universelle et l'anglais semble
le mieux placé pour gagner cette bataille. Cependant, les auteurs francophones
devront défendre la langue sur le net. Nous pourrions fort bien envisager, pour
un livre écrit en français, de prévoir un synopsis de type quatrième de
couverture en deux langues: français et anglais. Ainsi les lecteurs étrangers
prendront connaissance des grandes lignes du livre et sauront faire les efforts
nécessaires pour le lire dans une langue étrangère à la leur. S'agissant de
littérature ou de belles lettres, il paraît réaliste de défendre un bastion
linguistique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Le franchissement de la barre des 200 visiteurs sur mon site.
= Et votre pire souvenir?
Je n'en ai pas encore...
*Entretien du 22 novembre 2000
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Mon site a considérablement évolué: ajout des caractéristiques de mon nouveau
roman (Singulière), création d'une rubrique "Vu dans les médias" à partir de
chaque fiche de livres concernés, création d'une page "Mise à jour" recensant
les modifications apportées au site, et aussi de nombreux nouveaux liens vers
des sites littéraires. J'ai mis en ligne la version 2 de mon site le 3 septembre
2000.
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
Oui, je dois avouer que le passage par l'écrit m'est encore nécessaire. Comme
tout écrivain je conserve et souhaite conserver une relation privilégiée avec
l'écrit, la plume, le crissement du stylo sur une feuille blanche. Par ailleurs,
je note, je rature, je corrige, je développe... bref mes premières phases de
création passent encore systématiquement par le papier avant la phase de saisie
de mes textes. Par ailleurs, j'entretiens une relation sentimentale avec l'objet
"livre".
= Le papier a-il encore de beaux jours devant lui?
Je pense que le support papier a encore beaucoup de beaux et longs jours devant
lui. Ne serait-ce que pour des raisons de contacts affectifs avec l'objet livre,
mais aussi de par la faible montée en puissance (actuelle) des solutions
électroniques. Je pense que l'informatique est un moyen performant et totalement
nécessaire pour fabriquer des livres mais je suis une fervente défenseur du
plaisir de tenir un livre dans sa main, de l'emporter partout avec soi, de
l'annoter, de le prêter, de le reprendre, de le feuilleter, de glisser page 38
mon marque-page préféré... J'aime cette relation privilégiée que le lecteur noue
avec un livre. J'aime voir vivre l'objet... Pour toutes ces raisons, non
seulement je pense que le livre a encore de beaux jours devant lui, mais au
fond, je le souhaite de tout coeur!
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Le livre électronique est avant tout un moyen pratique d'atteindre différemment
une certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers
des techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument
technologique. C'est aussi sans doute le moyen de diffusion actuel le plus
universel (dès lors que l'on peut se promener sur la toile!) qui puisse
repousser à ce point les limites de distances. Par rapport à mes remarques
précédentes, je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l'on peut retirer
d'une lecture sur un écran d'un roman de Proust. Découvrir la vie des
personnages à coups de souris à molette ou de descente d'ascenseur ne me tente
guère. Ce support, s'il possède à l'évidence comme avantage la disponibilité de
toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop
importants. Ceci étant, sans se cantonner à une position durablement ancrée dans
un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir ses
lettres de noblesse. Pour faire un lien avec votre question suivante, comment
intéresser les personnes malvoyantes à un tel support?
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux
aveugles et malvoyants?
Je pense que nous devrions voir apparaître des sites disposant de modes
d'emplois ou de guides de découverte sonores. L'idéal serait de pouvoir guider
un internaute malvoyant, depuis la mise en route des navigateurs (pour taper
l'adresse du site ciblé), jusqu'à l'arrivée sur un site. Sur un site équipé, un
assistant guide l'internaute en lui exposant les fonctionnalités du site.
L'accès aux rubriques se fait via des codes alphanumériques (sur le même
principe que les serveurs téléphoniques à fréquence vocale). Le code d'accès à
la rubrique est possible grâce à un clavier adapté (touche possédant des
caractères braille). Puis l'assistant propose des choix: téléchargement des
rubriques pour éditions sur imprimante braille ou lecture de la rubrique sous
forme d'extraits sonores. Il faudra se montrer vigilants face au temps de
chargement du son. Puis, pour favoriser les échanges, prévoir la possibilité de
déposer des témoignages vocaux (voire des images via des webcams) sur le serveur
du site.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le domaine virtuel créé par la mise en relation de plusieurs ordinateurs
communiquant et échangeant entre eux.
= Et la société de l'information?
Permettre l'accès au plus grand nombre de la plus grande quantité d'information
possible tout en garantissant la partialité de l'information et en fournissant
les clefs de compréhension nécessaires à sa bonne utilisation.
*Entretien du 6 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Mon site internet n'a cessé de subir des évolutions et améliorations. En voici
les principaux points classés sous forme de rubriques:
1) Home page - Accueil: Mon site vient de souffler sa première bougie (le 17
avril 2001). Le cap des 4.000 visiteurs a été franchi. Mise en ligne (nouvelle
charte de couleurs, nouvelle navigation...) de la version 3 en janvier 2001.
Insertion d'une citation. Insertion d'un espace nouveautés (affichage tournant).
2) Livres: Ajout des couvertures scannées de mes livres. Création d'une page
spécifique (Textes ailleurs) recensant les autres sites littéraires publiant
certains de mes textes. Ajout des présentations audio de mes livres. Pages à
chargement automatique depuis les fiches signalétiques de mes ouvrages.
3) Bon de commande: Ajout des référencements de librairies en ligne proposant
mes livres à la vente et offrant un moyen de paiement sécurisé.
4) Parcours: Ajout d'une biographie. Ajout de photos. Ajout d'une séquence audio
(reprise de la biographie).
5) Médias: Parution de la dédicace de l'auteur sur le site "La Radio du Livre"
(Radio France).
6) Liens: Création de nombreux liens littéraires. A ce jour, j'ai créé un
échange réel avec plus de 100 liens actifs.
Comme vous pouvez le constater, j'ai été très active ces derniers temps sur ce
nouveau vecteur qu'est l'internet. J'ai beaucoup échangé avec des internautes
(e-mail, messages sur le livre d'or, rencontres...). Je confirme mes précédents
propos: si l'internet et le livre électronique ne remplaceront pas le support
livre, je reste convaincue que disposer d'un tel réseau de communication est un
avantage pour des auteurs moins (ou pas) connus.
Par ailleurs, et comme vous l'avez également sans doute remarqué, certains
éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs en
intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle dernier
certains éditeurs classiques.
Les techniques modernes (édition numérique, e-book...) sont accessibles,
n'exigent pas (ou de moins en moins) de moyens financiers importants et peuvent
donc être au service de ces éditeurs. Ils jouent aujourd'hui le rôle de
découvreur de talents. Il est à ma connaissance absolument inimaginable de
demander à des éditeurs traditionnels d'éditer un livre en cinquante
exemplaires. L'édition numérique offre cette possibilité, avec en plus réédition
à la demande, presque à l'unité.
En résumé, je souhaite que l'objet livre continue de vivre longtemps et je suis
ravie que des techniques (internet, édition numérique, e-book...) offrent à des
auteurs des moyens de communication leur permettant d'avoir accès à de plus en
plus de lecteurs.
Pour illustrer mes propos: j'ai tissé des relations lecteur-auteur avec une
internaute résidant en Belgique. Cette dernière m'a adressé un bon de commande
pour deux de mes ouvrages. Depuis lors nous communiquons régulièrement et
échangeons bien volontiers sur le thème de la lecture et de l'écriture. Sans
internet, sans cette technique, sans le travail que je réalise sur ces nouveaux
médias, il m'aurait été impossible (ou tout le moins hautement improbable) de la
rencontrer. C'est en cela que je considère que ces outils modernes offrent un
élargissement sans fin à la vision créatrice et aux échanges.
C'est sur ce mot que je souhaiterais conclure: l'échange. Grace à internet,
j'échange des idées et je vis une expérience tellement enrichissante. Enfin,
comme je vous l'avais également dit, le travail que je réalise avec
l'association culturelle littéraire que j'ai créée avec mon époux (Editions de
l'Avenue) est formidable.