#Fondateur d'Editel, pionnier de l'édition littéraire francophone en ligne
Pierre François Gagnon, éditeur en ligne québécois, vit dans l'agglomération
montréalaise depuis plus de vingt ans. Ardent défenseur de la langue française,
il est un des pionniers de l'internet littéraire francophone. Dès avril 1995, il
crée Editel, le premier site web d'auto-édition collective de langue française,
devenu ensuite un site de cyberédition non commerciale en partenariat avec les
auteurs maison.
*Entretien du 14 juillet 2000
= En quoi Editel est-il pionnier?
En fait, tout le monde et son père savent ou devraient savoir que le premier
site d'édition en ligne commercial fut Cylibris (fondé par Olivier Gainon en
août 1996, ndlr), précédé de loin lui-même, au printemps de 1995, par nul autre
qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du domaine, bien que nous fûmes
confinés à l'action symbolique collective, faute d'avoir les moyens de déboucher
jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable,
bien qu'il n'existe toujours pas de support de lecture "grand public" qui soit
crédible pour la publication payante de livres numériques. Nous l'attendons
toujours dans le courant de l'an 2000!
= En quoi consiste exactement votre activité?
Nous sommes actuellement trois mousquetaires (Pierre François Gagnon, Jacques
Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr) à développer le contenu original et inédit
du webzine littéraire qui continuera de servir de façade d'animation gratuite,
offerte personnellement par les auteurs maison à leur lectorat, à d'éventuelles
activités d'édition en ligne payantes, dès que possible au point de vue
technico-financier. Est-il encore réaliste de rêver à la démocratie économique?
= Comment voyez-vous l'avenir?
Tout ce que j'espère de mieux pour le petit éditeur indépendant issu, comme
Editel, directement du net et qui cherche à y émerger enfin, c'est que les
nouveaux supports de lecture, ouverts et compatibles grâce au standard OeB (Open
eBook), s'imposeront d'emblée comme des objets usuels indispensables,
c'est-à-dire multifonctionnels et ultramobiles, intégrant à la fois
l'informatique, l'électronique grand public et les télécommunications, et pas
plus dispendieux qu'une console de jeux vidéo: le concept d'origine d'un Marc
Poret chez General Magic en 1994, poignardé dans le dos par cet avorton de
Newton d'Apple!
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le web doit ouvrir toute grande pour les auteurs une nouvelle fenêtre
d'exploitation de leurs droits exclusifs, et j'ose croire qu'est concevable une
solution de chiffrement qui soit étanche, non propriétaire, mais transparente et
sans douleur pour l'utilisateur final.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je pense que, si les diverses langues de la planète vont occuper chacune le net
en proportion de leur poids démographique respectif, la nécessité d'une langue
véhiculaire unique se fera sentir comme jamais auparavant, ce qui ne fera
qu'assurer davantage encore la suprématie planétaire de l'anglais, ne serait-ce
que du fait qu'il a été adopté définitivement par l'Inde et la Chine. Or la
marche de l'histoire n'est pas plus comprimable dans le dé à coudre d'une
quelconque équation mathématique que le marché des options en bourse!
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La découverte de quelques amitiés affinitaires, indéfectibles, m'enchante
encore, tandis que l'étroitesse de vision, le scepticisme négatif qu'affichait
la vaste majorité des auteurs de science-fiction et de fantastique vis-à-vis du
caractère pourtant immanent et inéluctable de ce qui n'est après tout qu'un
fantasme à la Star Trek, qui hante depuis longtemps l'imaginaire collectif, soit
l'e-book tout communicant qui tienne dans le creux de la paume, ne cesse pas de
m'étonner et de me laisser pantois rétrospectivement.
= Une conclusion?
Je dirai, pour conclure, que je me trouve vraiment fait pour être "éditeur en
ligne, poète et essayiste, et peut-être même un jour, romancier"! Fait à noter,
c'est curieusement de la part des poètes, toujours visionnaires quand ils sont
authentiques, que le concept de livre numérique a reçu le meilleur accueil!