BRUNO DIDIER (Paris)

#Webmestre de la bibliothèque de l'Institut Pasteur

L'Institut Pasteur est une fondation privée dont la mission est de contribuer à

la prévention et au traitement des maladies, en priorité infectieuses, par la

recherche, l'enseignement, et des actions de santé publique.

*Entretien du 10 août 1999

= En quoi consiste le site web que vous avez créé?

Le site web de la bibliothèque de l'Institut Pasteur a pour vocation principale

de servir la communauté pasteurienne. Il est le support d'applications devenues

indispensables à la fonction documentaire dans un organisme de cette taille:

bases de données bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien

entendu accès à des périodiques en ligne (un peu plus d'une centaine

actuellement). C'est également une vitrine pour nos différents services, en

interne mais aussi dans toute la France et à l'étranger. Il tient notamment une

place importante dans la coopération documentaire avec les instituts du réseau

Pasteur à travers le monde. Enfin j'essaie d'en faire une passerelle adaptée à

nos besoins pour la découverte et l'utilisation d'internet. Il existe dans sa

forme actuelle depuis 1996 et son audience augmente régulièrement.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je développe et maintiens les pages du serveur, ce qui s'accompagne d'une

activité de veille régulière. Par ailleurs je suis responsable de la formation

des usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un excellent support

pour la formation, et la plupart des réflexions actuelles sur la formation des

usagers intègrent cet outil.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?

C'est à la fois dans nos rapports avec l'information et avec les usagers que les

changements ont eu lieu. Nous devenons de plus en plus des médiateurs, et

peut-être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle est typique de

cette nouvelle situation: d'une part dégager des chemins d'accès rapides à

l'information et mettre en place des moyens de communication efficaces, d'autre

part former les utilisateurs à ces nouveaux outils.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je crois que l'avenir de notre métier passe par la coopération et l'exploitation

des ressources communes. C'est un vieux projet certainement, mais finalement

c'est la première fois qu'on dispose enfin des moyens de le mettre en place.

En ce qui concerne mon propre avenir professionnel, j'espère surtout qu'internet

me permettra un jour de travailler à domicile, au moins partiellement. Ce qui

m'éviterait 2 heures 30 de transport par jour...

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Je ne suis pas ces débats. Mais je pense qu'on va avoir du mal à maintenir

l'esprit communautaire qui était à la base de l'existence d'internet.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Je vois cela tout à fait positivement. Internet n'est une propriété ni

nationale, ni linguistique. C'est un vecteur de culture, et le premier support

de la culture, c'est la langue. Plus il y a de langues représentées dans leur

diversité, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne pense pas qu'il faille

justement céder à la tentation systématique de traduire ses pages dans une

langue plus ou moins universelle. Les échanges culturels passent par la volonté

de se mettre à la portée de celui vers qui on souhaite aller. Et cet effort

passe par l'appréhension de sa langue. Bien entendu c'est très utopique comme

propos. Concrètement, lorsque je fais de la veille, je peste dès que je

rencontre des sites norvégiens ou brésiliens sans un minimum d'anglais.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Le jour où j'ai gagné une boîte de chocolats suisses sur le site de Health On

the Net (ne vous précipitez pas, le jeu n'existe plus...).

= Et votre pire souvenir?

Les dérives du courrier électronique: des mal élevés qui profitent de la

distance ou d'un certain anonymat pour dire des choses pas très gentilles, ou

adopter des attitudes franchement puériles, avec, hélas, des conséquences qui ne

sont pas toujours celles d'un monde d'enfant... Par exemple, une personne a un

jour profité de ce que je lui avait fait copie d'un message, pensant que le

sujet l'intéresserait, pour intervenir entre mon interlocuteur et moi, et me

discréditer.

Entretiens (1998-2001) · 第 48 / 132 题