Le théâtre de la Gaîté-Lyrique vient de monter avec beaucoup de soin
_Carmosine_, une comédie musicale pour le livret de laquelle MM. Henri
Cain et Louis Payen se sont inspirés de Boccace, et aussi de Musset.
C'est un joli conte sentimental et tendre. Il a offert au jeune et
distingué compositeur qu'est M. Henry Février la trame où broder ses
plus élégantes et agréables mélodies. Le public a fait un accueil
enthousiaste à cette oeuvre, présentée dans de très beaux décors, et
remarquablement interprétée par des artistes tels que M. Fugère, Mmes
Lambert-Willaume et Fiérens, MM. Georges Petit et Maguenat.
Le théâtre du Grand-Guignol a composé, suivant la formule de ses succès,
un spectacle varié, où domine le réalisme tragique, et auquel une pièce
d'une délicate fantaisie, _les Ficelles_, de M. Giacosa, traduite par
Mlle Darsenne et mise en vers par M. Paul Géraldy, et une petite comédie
aimablement philosophique, _le Bonheur_, de M. Pierre Veber, ajoutent un
agrément de fine qualité. Après un acte gai de M. André Mycho, _le Joli
Garçon_, on applaudit deux drames émouvants, qui s'inspirent
d'événements actuels et récents, _le Croissant noir_, de M. Jean
Loiller, dont l'action se passe dans une tranchée bulgare, en face de
Tchataldja, et S.O.S. (c'est le signal de détresse des paquebots en
perdition), où MM. Charles Millier et Maurice Level évoquent puissamment
une grande catastrophe maritime de l'an passé.
[Illustration: M. Marcel Prévost. Réception de M. Marcel Prévost au
Couarail (académie lorraine) de Nancy.--_Phot. Dutey_]
M. Emile Bergerat, virtuose du vers de la lignée de Banville et de
Mendès, a fait représenter avec succès, à l'Odéon, _la Nuit florentine_,
comédie tirée de «la Mandragore» de Machiavel. Le sujet en est d'une
grivoiserie qui prête d'ailleurs aux développements comiques. Telle que
M. Bergerat nous la présente, la pièce est agréable et bien ordonnée;
les vers sont brillants, à effets, le cliquetis des rimes est incessant.
_Le Garde du corps_, que la Comédie-Royale nous a fait connaître, est
encore une pièce importée de l'étranger, et sur un sujet à peu près
aussi risqué que la précédente. Elle a du reste paru plaire au public
parisien. Elle a été fort adroitement adaptée du texte d'un jeune auteur
hongrois, M. Molnar, par MM. Pierre Veber et Maurice Rémon, et
agréablement jouée par Mlle Jeanne Provost.
Tandis que _la Demoiselle de magasin_ poursuit au Gymnase une fort jolie
carrière, ses deux auteurs, MM. Frantz Ponson et Fernand Wicheler voient
reprendre, et avec un succès nouveau, au théâtre Déjazet, _le Mariage de
Mlle Beulemans_, qui décida, il y a trois ans, à la Renaissance, de leur
fortune dramatique.
Quelques tentatives de décentralisation musicale ont eu lieu avec succès
ces temps derniers dans plusieurs grandes villes de province; signalons
tout d'abord à l'Opéra de Monte-Carlo une très belle oeuvre: _Pénélope_,
poème de M. René Fauchois et musique de M. Gabriel Fauré; puis, au même
théâtre, _Venise_, scénario et musique de M. Raoul Gunsbourg; au
Grand-Théâtre de Lyon, _le Vieux Roi_, de MM. Rémy de Gourmont pour le
livret et Mariotte pour la musique; au Grand-Théâtre de Nîmes, _Dans la
tourmente_, livret de M. Serge Basset, musique de M. Henri Confesse; à
l'Opéra de Montpellier, _Gaspard de Besse_, livret de M. Paul Barlatier
et musique de M. de Lapeyrouse; à l'Opéra de Marseille, _Annette_, de
MM. Jean Marsèle pour le texte et A. Durand-Boch pour la musique; au
Théâtre des Arts de Rouen, _Graziella_, de M. Jules Mazellier, récent
grand prix de Rome, sur un sujet tiré de Lamartine par MM. Henri Gain et
Raoul Gastambide.