... Je viens de me rendre à bord de la _Suzette-Fraissinet_, le cargo
français bombardé le 1er mars par les Bulgares. Le commandant Gibert m'a
reçu et m'a dit qu'il se trouvait ce jour-là, par beau temps, à 4 h. 30
de l'après-midi, à 24 milles de Gallipoli et passait à 3 milles de la
côte. Il venait de Dédéagatch où il avait, avec l'autorisation des
autorités bulgares, embarqué 128 réfugiés turcs dont beaucoup de femmes
et d'enfants. A ce moment il avançait précédé par un vapeur anglais, le
_Moeris_, et suivi par un italien, l'_Ausonia_, lorsque le premier,
l'anglais, fut canonné par des batteries bulgares de la côte qui
l'endommagèrent dans ses ouvres mortes. A son tour, la
_Suzette-Fraissinet_ fut touchée à bâbord par le milieu, puis atteinte à
l'avant par un boulet qui creva l'arrière de la cloison étanche séparant
les cales numéros 1 et 2, traversa les deux tôles de blindage--en tout
une épaisseur de 42 millimètres--et éparpilla plusieurs rangs de briques
empilées contre la cloison. C'était là précisément que se trouvaient les
réfugiés. Le commandant Gibert fit hisser au mât de misaine un pavillon
neuf, mais sans que les Bulgares cessassent le feu. Neuf autres
projectiles tombèrent autour du navire, heureusement sans l'atteindre;
l'_Ausonia_ ne subit aucun dommage.