Mais je ne craignais plus sa folie. Je tenais mon histoire! Ce peu de

mots me suffisait. Je reconstituais tout. J'étais un Cuvier! Il était

donc vrai, l'abbé avait tort. Sa soeur avait raison. La veuve de _M.

Jacques_ était toujours la Vierge-Veuve! Aimée était pure comme un lys!

Seulement elle avait sauvé la vie à Des Touches comme jamais femme ne

l'avait sauvée à personne... Elle la lui avait sauvée en outrageant

elle-même sa pudeur. Quand, à travers la fenêtre, les Bleus virent, du

dehors où ils étaient embusqués, cette chaste femme qui allait dormir et

qui ôtait, un à un, ses voiles, comme si elle avait été sous l'oeil seul

de Dieu, ils n'eurent plus de doute; personne ne pouvait être là, et ils

étaient partis: Des Touches était sauvé! Des Touches, qui, lui aussi,

l'avait vue, comme les Bleus... qui, jeune alors, n'avait peut-être pas

eu la force de fermer les yeux pour ne pas voir la beauté de cette fille

sublime, qui sacrifiait, pour le sauver, le velouté immaculé des fleurs

de son âme et la divinité de sa pudeur! Prise entre cette pudeur si

délicate et si fière et cette pitié qui fait qu'on veut sauver un homme,

elle avait hésité... Oh! elle avait hésité, mais, enfin, elle avait pris

dans sa main pure ce verre de honte et elle l'avait bu. Mademoiselle de

Sombreuil n'avait bu qu'un verre de sang pour sauver son père! Depuis,

peut-être, Aimée avait souffert autant qu'elle?... Ces rougeurs, quand

Des Touches était là, et qui la couvraient tout entière à son nom seul,

qui ne l'avaient jamais inondée d'un flot plus vermeil que le jour où

mademoiselle de Percy avait dit, sans le savoir, le mot qui lui

rappelait le malheur de sa vie: «_Des Touches sera votre témoin!_» ces

rougeurs étaient le signe, toujours prêt à reparaître, d'un supplice qui

durait toujours dans sa pensée, et qui, à chaque fois que le sang

offensé la teignait de son offense, rendait son sacrifice plus beau!

J'avoue que je m'en allai de cette maison de fous ne pensant plus qu'à

Aimée de Spens. J'avais presque oublié Des Touches... Avant de sortir de

sa cour, je me retournai pour le voir... Il s'était rassis sous son

arceau, et, de cet oeil qui avait percé la brume, la distance, la vague,

le rang ennemi, la fumée du combat, il ne regardait plus que ces fleurs

rouges auxquelles il venait de comparer Aimée, et dans l'abstraction de

sa démence, peut-être ne les voyait-il pas...

[Illustration: ... Et, dans l'abstraction de sa démence, peut-être ne

les voyait-il pas...]

[Illustration]

Table

I. Trois siècles dans un petit coin 1

II. Hélène et Pâris 31

III. Une jeune vieille au milieu de véritables vieillards 49

IV. Histoire des Douze 71

V. La première expédition 121

VI. Une halte entre les deux expéditions 181

VII. La seconde expédition 199

VIII. Le Moulin bleu 231

IX. Histoire d'une rougeur 257

[Illustration]

CE VOLUME

a été imprimé, gravé et broché

dans les ateliers de Edouard Guillaume

Imprimeur-Editeur de la _Collection Guillaume_

105, boulevard Brune, 105

PARIS

[Illustration: IBIS]

Edouard Guillaume, Imp.-édit., 105, boulevard Brune, Paris.

* * * * *

Notes de transcription.

Les illustrations ont été placées sous le passage concerné.

L'orthographe d'origine n'a pas été harmonisée. Les erreurs clairement

introduites par le typographe ont été corrigées, ainsi que les

suivantes:

page 73, «essayer» corrigé en «essayé» (dans notre Cotentin, essayé)

page 75, «avaient» corrigé en «avait» (la guerre civile avait fait)

page 214, «cette» corrigé en «cet» (comme un tonnerre sur cet homme)

page 237, «dificile» corrigé en «difficile» («C'est difficile, ça,)

Le Chevalier des Touches · 第 12 / 12 段