1363. ARRIVÉE ET SÉJOUR DE PIERRE 1er, ROI DE CHYPRE, A
AVIGNON.--PROJET DE CROISADE.--TRAITÉ CONCLU ENTRE ÉDOUARD III ET
LES QUATRE OTAGES DES FLEURS DE LIS.--VOYAGES DU ROI DE CHYPRE A
PARIS, EN NORMANDIE ET EN ANGLETERRE.--1364. RETOUR DE JEAN II A
LONDRES.--VOYAGE DE PIERRE 1er EN AQUITAINE.--MORT DU ROI DE FRANCE
A LONDRES ET AVÉNEMENT DE CHARLES V (§§ 503 à 510).
Arrivée de Pierre Ier, roi de Chypre, à Avignon[163]. Les rois de
France et de Chypre prennent la croix[164] à l’instigation d’Urbain V.
P. 82 à 84, 277 et 278.
[163] Pierre Ier, roi de Chypre, fit son entrée à Avignon le
mercredi saint 29 mars 1363. Baluz., _Vitæ pap. Aven._, I, 401,
983.
[164] Les rois de France et de Chypre et un troisième roi dont
Froissart ne parle pas, Valdemar III, roi de Danemark, prirent
la croix le vendredi saint, 31 mars 1363, le surlendemain de
l’arrivée du roi de Chypre. Valdemar III était arrivé à Avignon
le 26 février, un mois environ avant Pierre Ier: «Die vigesima
sexta februarii, rex Daciæ intravit curiam (Avenionis), qua de
causa ignoratur.» Baluz., _Vitæ pap. Aven._, I, 401.
Après Pâques 1363, départ d’Avignon des rois de Chypre[165] et de
France[166]. Voyages de Pierre Ier à Prague[167] auprès de l’empereur
Charles IV, roi de Bohême, en Allemagne, dans le duché de Juliers, en
Brabant, en Flandre où il rencontre à Bruges le roi de Danemark qui a
quitté son royaume pour le venir voir, en Hainaut. Le roi de Chypre
s’efforce de recruter dans tous ces pays des adhérents à la croisade
projetée. P. 84 à 86, 278 à 280.
[165] Pierre Ier partit d’Avignon le mercredi 31 mai 1363
(_Ibid._, I, 401).
[166] Le roi Jean, après avoir fait ses adieux au Saint-Père
le 9 mai (_Ibid._, I, 401), quitta Villeneuve-lez-Avignon pour
retourner en France, entre le 15 et le 17 mai 1363 (_Bibl. Nat._,
ms. lat. nº 10002, fºs 53, 55 vº et 56). Voici les principales
étapes de son retour: à Bagnols-du-Gard, le 17 mai (ms. lat. nº
10002, fºs 55 vº et 56); au Pont-Saint-Esprit (JJ93, nº 242), à
Romans (X2a7, fºs 191 vº et 196 vº), entre le 17 et le 28 mai;
à Lyon, le 28 (P1360¹, nº 797) et le 31 mai (ms. lat. nº 10002,
fº 17 vº). Pierre Ier, parti d’Avignon le 31 mai, alla rejoindre
le roi de France à Lyon. Après quoi, Jean se remit en route vers
Paris. Il était à Chalon le 7 juin (ms. lat. nº 10002, fº 1),
à Beaune entre le 7 et le 27 juin (JJ93, nºs 263, 279 à 281),
à Talant-sur-Dijon le 27 juin, où il nomma son plus jeune fils
Philippe, duc de Touraine, son lieutenant en Bourgogne (JJ95, nº
43), à Troyes (JJ91, nºs 483, 489; JJ95, nº 140), puis à Provins
(JJ91, nº 485), dans les premiers jours de juillet, et il arriva
à Paris dans la première quinzaine de ce mois (JJ91, nºs 486 à
488, 490). Le 23 juillet, il tint cour plénière à la Noble Maison
de Saint-Ouen (K48, nº 33).
[167] Il est invraisemblable et à peu près impossible que Pierre
Ier, roi de Chypre, ait fait alors ce voyage à Prague dont parle
Froissart, quoique la version du brillant chroniqueur ait été
adoptée par le dernier et savant historien de Chypre, M. de
Mas-Latrie (_Hist. de Chypre_, II, 240, en note). Parti, comme
nous venons de le voir, d’Avignon le 31 mai 1363, Pierre Ier
était en Normandie à la fin d’août, à Rouen et à Caen, où le
dauphin Charles fêtait sa venue, au commencement de septembre
de la même année (_Contin. chron. G. de Nangiaco_, II, 330 et
331; _Chronique des quatre premiers Valois_, 128). On admettra
difficilement que deux mois et demi aient pu suffire au roi
de Chypre pour se rendre d’Avignon en Bohême et pour revenir
en Normandie après avoir parcouru l’Allemagne, le duché de
Juliers, le Brabant et le Hainaut. D’ailleurs, deux chroniqueurs,
d’ordinaire plus exacts que Froissart, Jean de Venette et
l’auteur de la _Chronique des Valois_, affirment que Pierre Ier,
après son départ d’Avignon, accompagna le roi Jean en France:
«Et, istis sic ordinatis, reversus est ad Franciam indilate
(Johannes, rex Franciæ), _et rex Cypri similiter venit illuc_.»
_Contin. G. de Nangiaco_, II, 330.
Traité conclu entre Édouard III et les quatre ducs d’Orléans, d’Anjou,
de Berry et de Bourbon, otages en Angleterre[168]. Édouard s’engage à
mettre en liberté ces quatre otages sous certaines conditions; et, en
attendant que ces conditions soient remplies, les ducs sont internés
à Calais[169]. L’embarras des finances vient se joindre au projet de
croisade pour faire traîner en longueur les négociations relatives à ce
traité, au grand mécontentement du duc d’Anjou. D’un autre côté, le roi
de Navarre se prépare à recommencer les hostilités et prend à sa solde
les Compagnies qui reviennent de Lombardie, pour faire la guerre au
royaume[170]. P. 86, 87, 280, 281.
[168] Aux termes de ce traité, conclu à Londres en novembre 1362,
Édouard III s’engageait à mettre en liberté les quatre ducs
d’Orléans, d’Anjou, de Berry et de Bourbon, appelés les quatre
princes des Fleurs de Lis, moyennant le prix de 200 000 florins
et la cession de la terre de Belleville et du comté de Gaure.
En outre, le duc d’Orléans devait donner en gage au roi anglais
les châteaux de Chizé, de Melle, de Civray et de Villeneuve,
sis en Poitou et Saintonge, ainsi que le château de Beaurain
situé en Pontieu. Il était convenu aussi que la Roche-sur-Yon,
Dun-le-Roi et Ainay lez Dun-le-Roi (auj. Ainay-le-Vieil) seraient
livrés à Édouard en échange de la mise en liberté des comtes de
Braisne, de Grantpré, des seigneurs de Montmorency, de Clères, de
Hangest et d’Andrezel (Rymer, III, 681, 682). Par acte daté de
Villeneuve-lez-Avignon, le 26 janvier 1363, le roi Jean confirma
le traité conclu entre son frère, ses deux fils, le duc de
Bourbon et Édouard III, au mois de novembre précédent. Il pria
seulement le roi anglais de vouloir bien mettre en liberté Pierre
d’Alençon, le comte dauphin d’Auvergne et le seigneur de Coucy
au lieu et place du comte de Grantpré, des seigneurs de Clères
et d’Andrezel (Rymer, III, 685); mais Édouard ne voulut pas
consentir à cette modification.
[169] Par acte daté du 15 mai 1363, Philippe, duc d’Orléans,
comte de Valois et de Beaumont, Louis, duc d’Anjou et comte du
Maine, Jean, duc de Berry et d’Auvergne, Louis, duc de Bourbon
et comte de Clermont, auxquels Édouard III avait permis de
venir et de résider à Calais jusqu’à l’entier accomplissement
des conditions stipulées dans le traité qui devait assurer leur
mise en liberté, promirent de retourner otages en Angleterre, si
une entente définitive ne parvenait pas à s’établir au sujet de
l’exécution de ce traité (Rymer, III, 700). Vers la mi-mai 1363,
une nef d’Abbeville transporta de Londres à Calais les garnisons
de salle, de chambre, les harnais de joute, les lévriers et
chiens, ainsi que les seize domestiques, clercs et valets de
Philippe, duc d’Orléans (Rymer, III, 699).
[170] Sur les préparatifs de guerre et les menées hostiles du roi
de Navarre en 1363, voyez notre _Histoire de du Guesclin_, p. 409
à 414.
Au retour de son voyage en Allemagne, le roi de Chypre va voir le roi
de France à Paris[171], le dauphin duc de Normandie à Rouen[172] et
le roi de Navarre à Cherbourg[173]; il essaye en vain de réconcilier
les enfants de Navarre avec le roi Jean et le dauphin Charles. De
Cherbourg, Pierre Ier revient à Caen, passe par Pont-de-l’Arche,
Abbeville, Rue, Montreuil et arrive à Calais où il ne trouve que les
ducs d’Orléans, de Berry et de Bourbon, car le duc d’Anjou a rompu son
otagerie et est retourné en France[174]. P. 87 à 89, 281 à 283.
[171] Aucun acte ne constate la présence du roi Jean à Paris
depuis la seconde quinzaine d’août 1363 jusqu’au départ de ce
prince pour l’Angleterre. Par conséquent, les deux rois de France
et de Chypre n’ont pu se trouver ensemble dans cette ville qu’à
la fin de juillet ou pendant la première quinzaine d’août de
cette année.
[172] Jean de Venette rapporte ce voyage du roi de Chypre à Rouen
au mois de septembre 1363: «Et ivit dominus rex Cypri usque
Rothomagum atque Cadomum, ubi fuit _in mense septembri hujus
anni_ (1363) receptus solemniter per ducem Normaniæ, scilicet
dominum Karolum, primogenitum regis Franciæ, et per nobiles
et burgenses.» (_Contin. chron. G. de Nangiaco_, II, 330 et
331.)--L’itinéraire du dauphin Charles s’accorde parfaitement
avec la version du second continuateur de Nangis: ce prince fit
sa résidence principale, pour ne pas dire unique, à Rouen, entre
le 13 août et le 11 septembre 1363 (JJ92, nºs 298, 299, 237,
238, 290, 239 à 241, 305). L’auteur de la _Chronique des quatre
premiers Valois_ (p. 128) dit en effet que le roi de Chypre passa
bien un mois avec le duc de Normandie.
[173] Ce voyage de Pierre Ier à Cherbourg est d’autant plus
douteux, que l’auteur de la _Chronique des Valois_, loin de le
mentionner, raconte que le roi de Chypre, après avoir résidé
à Rouen, alla voir le duc de Bretagne. D’ailleurs, Charles le
Mauvais ne mit pas le pied à Cherbourg ni en Normandie dans le
courant de 1363; il passa toute cette année dans son royaume de
Navarre. De plus, Philippe de Navarre, frère de Charles et son
lieutenant en Normandie, ne nourrissait alors aucun sentiment
hostile contre le royaume; il était en si bons termes avec le roi
Jean que celui-ci venait de le mettre à la tête de la croisade
projetée contre les Sarrasins (_Chron. des Valois_, p. 128 et
129).
[174] Nous avons l’acte par lequel Louis, duc d’Anjou et comte
du Maine, avait fait serment de ne pas partir de Calais et
de retourner en Angleterre en cas de non exécution du traité
de novembre 1362 (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 6049, fº 89), et
M. Kervyn de Lettenhove en a publié un fragment (_Chroniques
de Froissart_, VI, 506 à 508). D’après une chronique latine
conservée aujourd’hui dans la bibliothèque de la ville de Berne,
le duc d’Anjou, pendant son internement à Calais, aurait demandé
la permission de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne,
en jurant de revenir. Il aurait trouvé à Boulogne sa jeune et
charmante femme, fille de Charles de Blois, et au retour de son
pèlerinage, au lieu de regagner Calais, il se serait laissé
attendrir par les larmes de la duchesse d’Anjou et se serait
dirigé vers le château de Guise, que Marie de Bretagne lui
avait apporté en dot. Le duc de Normandie, envoyé par son père
à Saint-Quentin vers le fugitif, n’aurait pu le décider à se
remettre entre les mains des Anglais. Quoi qu’il en soit, le
dauphin Charles ne semble pas avoir gardé longtemps rancune à
Louis, car les deux frères échangèrent des étrennes au premier
de l’an 1364. Le duc d’Anjou donna au duc de Normandie «une
petite croix d’or à pierres de voirre à mettre en l’oratoire
Monseigneur», et reçut du dauphin «un gobelet d’or fait à manière
d’un cuvier à une rose au fond.» _Bibl. Nat._, ms. fr. 21447,
fºs 3 vº et 7.--Par un acte daté de Westminster le 20 novembre
1364, Édouard III somma le duc d’Anjou de comparaître à Londres
par-devant lui dans 20 jours, l’accusant d’avoir enfraint «garde
and avez parti hors de nostre puissance, sans demander ne avoir
sur ce nostre congié par noz lettres ne autrement...; parmi ce
vous avez moult blemi l’onur de vous et de tout vostre lignage.»
Rymer, III, 756.--Ce même jour, le monarque anglais requit le
roi et les pairs de France de forcer le duc d’Anjou à revenir se
constituer prisonnier à Londres. Rymer, III, 755 à 757.
Pierre Ier va rendre visite à Londres[175] au roi d’Angleterre
qui, pressé de participer à la croisade projetée, refuse de
prendre un engagement formel.--Entrevue des rois de Chypre et
d’Écosse[176].--Édouard III fait cadeau à son hôte d’une nef nommée
_Catherine_, construite en vue d’un voyage à Jérusalem, ancrée alors
dans le havre de Sandwick, qui avait coûté douze mille francs. «Un fait
que je ne m’explique pas, ajoute Froissart, c’est que, deux ans après
le départ du roi de Chypre, cette nef était encore à Sandwick, où je la
vis. Je suis porté à croire que ce prince la laissa dans ce port pour
s’éviter l’embarras de la traîner après lui plutôt que pour d’autres
motifs[177]. Je demandai la raison de ce fait, lors de mon passage à
Sandwich, mais personne ne put me renseigner à cet égard.» P. 89 à 92,
283 à 285.
[175] Pierre Ier arriva à Londres le lundi 6 novembre 1363. Il
amenait avec lui deux rois ou princes païens, l’un qui était
prisonnier et qu’une chronique latine contemporaine appelle le
roi «de Lecto», l’autre, non prisonnier, dit «le seigneur de
Jérusalem» qui se convertit à Londres à la foi chrétienne et qui
reçut du roi d’Angleterre son parrain le nom d’Édouard.
[176] David Bruce vint à la cour de Westminster le lundi qui
suivit l’arrivée du roi de Chypre, c’est-à-dire le lundi 13
novembre. Un chroniqueur anglais fait remarquer à cette occasion
avec un certain orgueil que cinq rois se trouvèrent alors en même
temps à Londres, et il ajoute, en homme nourri des légendes de la
Table Ronde, que cela ne s’était pas vu depuis le temps d’Arthur
qui eut un jour six rois tributaires pour commensaux à une grande
fête donnée en son palais de Kaerleon. _Eulogium historiarum_,
III, 233.
[177] Froissart insinue ici, sans l’oser dire expressément, que
la crainte de la dépense fut la principale raison qui empêcha le
roi de Chypre de profiter du cadeau d’Édouard III et d’équiper
_la Catherine_. On reconnaît dans ce langage respectueux et
circonspect l’habitué de la cour de Westminster et de Windsor,
le digne secrétaire de la reine Philippe de Hainaut. L’histoire
est tenue à moins de réticences. Au moment même de son séjour en
Angleterre, Pierre Ier dut se trouver dans une véritable gêne,
parce qu’il ne put toucher, au moins immédiatement, une somme de
7000 florins que sa femme, la reine de Chypre, lui avait envoyée
pendant la seconde moitié de 1363. Aussi, par acte daté d’Albi le
24 décembre de cette année, le maréchal de France Arnoul, sire
d’Audrehem, alors lieutenant du roi Jean ès parties de Languedoc,
manda au viguier de Narbonne de contraindre par la saisie et au
besoin par la vente de leurs biens les héritiers de feu Raymond
Sarralhan, en son vivant bourgeois de Montpellier, patron d’un
navire de Provence, qui refusaient de délivrer au roi de Chypre
une somme de 7000 florins naguère confiée par la reine de Chypre
audit Raymond, à titre de commande ou de dépôt ou par manière
de change, pour la porter ès parties de France et la remettre à
première réquisition au roi Pierre Ier dont elle était destinée
à défrayer les dépenses (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 10002, fº
45). Le 14 janvier suivant, le roi de Chypre n’était pas encore
parvenu à se faire payer, car, par un mandement en date de ce
jour, le lieutenant du roi en Languedoc enjoignit à deux sergents
de saisir les personnes et de vendre aux enchères les biens des
héritiers de Raymond Sarralhan (_Ibid._, fº 47).
Le roi de Chypre retourne d’Angleterre[178] en France par Boulogne et
va rejoindre à Amiens le roi de France, les ducs de Normandie, d’Anjou
et de Touraine. Ensuite, il passe par Beauvais, Pontoise, Poitiers,
Niort, et va voir le prince de Galles à Angoulême[179].--Sur ces
entrefaites, le roi de France, qui se tient alors à Amiens[180], se
décide malgré l’opposition de son conseil, à retourner en Angleterre,
pour faire des excuses à Édouard III au sujet du départ du duc d’Anjou.
Il nomme le duc de Normandie régent et gouverneur du royaume pendant
son absence, promet le duché de Bourgogne à Philippe, son plus jeune
fils[181], et se dirige vers Boulogne par Hesdin[182], où il a une
entrevue avec le comte de Flandre, et où il s’arrête du 22 au 28
décembre, et par Montreuil-sur-Mer. P. 92 à 94, 285 à 287.
[178] Arrivé vers la Toussaint en Angleterre où des joutes furent
données en son honneur à Smithfield (Londres, archives de la
garderobe à Carlton Ride, rouleaux 37 et 38), le roi de Chypre
était encore le 24 novembre à Londres d’où il a daté plusieurs
lettres (Archives générales de Venise, _Commemoriali_, VII, fº
27 vº, d’après M. de Mas-Latrie). Pierre Ier revint en France
pendant la première quinzaine de décembre.
[179] Quoi qu’en dise Froissart, le roi de Chypre n’alla pas
en Aquitaine immédiatement après son retour d’Angleterre. Nous
savons par Jean de Venette (_Contin. chron. Guill. de Nangiaco_,
II, 332) que Pierre Ier vint peu après Noël, en compagnie du
dauphin régent, à Paris. A l’occasion du premier de l’an 1364,
le duc de Normandie donna comme étrenne à son hôte «une aiguière
et un gobelet d’or qui ne sont en nul inventaire» _Bibl.
Nat._, ms. fr. nº 21447, fº 7.--Le 29 février suivant, le roi
de Chypre assista à la séance solennelle du Parlement où fut
jugé le différend entre Bertrand du Guesclin et Guillaume de
Felton (X2a7, fº 143; _Hist. de du Guesclin_, p. 405, note 2).
Jean de Venette constate la présence de ce prince aux obsèques
du roi Jean dans les derniers jours d’avril (_Cont. Guill. de
Nangiaco_, II, 339); et l’auteur de la _Chronique des quatre
premiers Valois_ (p. 144) nomme Pierre de Lusignan parmi les
grands personnages qui accompagnèrent Charles V à Reims lors de
son couronnement le 19 mai suivant. Le voyage du roi de Chypre
en Aquitaine, à moins qu’il n’ait eu lieu en janvier et pendant
les trois premières semaines de février 1364, ne peut être que
postérieur à ces événements.
[180] De nombreux actes constatent la présence du roi Jean à
Amiens pendant les dix ou douze premiers jours de décembre. JJ95,
nºs 82, 83, 84, 131 _ter_ et _quatuor_, 132 _bis_. JJ94, nº 9.
X2a7, fº 121 vº. K48, nº 36. _Bibl. Nat._, Chartes royales, IV,
149. _Ordonn._, III, 646.
[181] C’est à Germigny-sur-Marne, non à Amiens, le 6 septembre
1363, que le roi Jean érigea le duché de Bourgogne en
duché-pairie et le donna à Philippe, «reducentes servitia que
carissimus Philippus quartogenitus, qui, sponte expositus mortis
periculo, nobiscum imperterritus et impavidus stetit in acie
prope Pictavis vulneratus, captus et detentus.» (dom Plancher,
_Hist. de Bourg._, II, CCLXXVIII et CCLXXIX). Seulement, c’est à
Amiens que le roi de France assigna à son fils aîné le dauphin,
comme une sorte de compensation, le duché de Touraine dont
Philippe avait joui avant d’être investi du duché de Bourgogne.
JJ95, nº 132.
[182] Le roi Jean était arrivé à Hesdin dès le 15 décembre
(JJ95, nº 140 _bis_; JJ94, nºs 24, 25; JJ95, nºs 85, 142 _bis_;
_Ordonn._, III, 649, 655, 662).
Jean s’embarque à Boulogne[183] et débarque à Douvres dans
l’après-midi, la veille de l’Apparition des trois Rois. Il passe à
Canterbury, à Eltham[184], qui est alors la résidence de la cour
d’Angleterre, et arrive à Londres, où il va se loger à l’hôtel de
Savoie[185]. Les deux rois et leurs enfants se donnent des fêtes et
échangent sans cesse des visites en allant en barque l’un chez l’autre
par la Tamise, qui coule au pied du manoir de Savoie et du palais de
Westminster. P. 94 à 96, 287 à 289.
[183] Ceci n’est pas tout à fait exact. Jean mit à la voile de
Boulogne le mercredi soir 3 janvier et débarqua à Douvres le
lendemain jeudi 4 janvier 1364, l’avant-veille, et non la veille,
de l’Épiphanie. Le roi de France était monté à bord du navire
qui devait le transporter en Angleterre dès le mardi 2; mais
la flottille de transport, composée de vingt navires, resta à
l’ancre dans le port de Boulogne pendant toute cette journée.
[184] Château situé dans le comté de Kent, à 3 lieues S. S. E. de
Londres.
[185] L’hôtel ou manoir de Savoie, aujourd’hui détruit, était
situé sur la rive gauche de la Tamise, au sud du Strand, et il en
faut chercher l’emplacement aux abords de Wellington-Street. _La
Savoy chapel_, consumée par un incendie en 1864, mais qui a été
reconstruite depuis aux frais du gouvernement, rappelle encore
le souvenir de cette résidence historique. Le roi Jean fit son
entrée à Londres le dimanche 14 janvier; et les bourgeois et les
gens des métiers de la cité, au nombre de mille chevaux, revêtus
des insignes de leurs corporations, allèrent au-devant de lui
jusqu’à Eltham. _Grandes Chroniques_, VI, 228 et 229.
Pierre Ier passe un mois à Angoulême à la cour du prince d’Aquitaine;
il fait un voyage à la Rochelle et prêche partout la croisade[186].
A son retour à Paris, il apprend que le roi Jean est tombé malade
à Londres[187], d’où le maréchal Boucicaut vient d’en apporter
la nouvelle au dauphin.--Charles le Mauvais, qui se tient à
Cherbourg[188], mande en Normandie son cousin, le captal de Buch, alors
hôte du comte de Foix[189], pour lui donner la direction de la guerre
qu’il veut faire à la France.--Sur ces entrefaites, le roi Jean meurt à
l’hôtel de Savoie[190]. Le dauphin Charles, qui hérite de la couronne
par suite du décès de son père, redouble ses préparatifs pour tenir
tête aux Navarrais[191]. P. 97 à 99, 289, 290.
[186] Sur ce voyage du roi de Chypre en Aquitaine, voyez une des
notes précédentes, p. XLVI, note 179.
[187] Le roi Jean tomba malade au commencement de mars.
[188] Nous avons déjà eu l’occasion de relever cette erreur
vraiment grossière. Charles le Mauvais était alors en Navarre.
[189] Fils de Jean de Grailly, IIe du nom, et de Blanche de
Foix, Jean de Grailly, IIIe du nom, captal de Buch (aujourd’hui
la Teste de Buch, Gironde, arr. Bordeaux), était par sa mère le
cousin germain de Gaston Phœbus, comte de Foix.
[190] Le roi Jean mourut à Londres le lundi 8 avril 1364, vers
minuit.
[191] Ces préparatifs sont, comme nous l’avons fait remarquer
plus haut, antérieurs à la maladie du roi Jean dont la mort
n’eut d’autre effet que de les activer. Jean II mourut à Londres
dans la nuit du 8 au 9 avril, et, le 12 de ce mois, Charles V
adressait un mandement aux maîtres de ses forêts «pour qu’il
soit faict hastivement, ainsi qu’il l’a ordonné, cent milliers
de viretons avec plusieurs autres artilleries necessaires et
convenues pour la defence du pays,» dont le bois doit être pris
dans la forêt de Roumare pour être délivré à Richard de Brumare,
garde du clos des galées de Rouen, chargé de la confection
de ces viretons et artilleries. Du Châtellier, _Invasions en
Angleterre_, Paris, 1872, in-12, p. 13 et 14.