SUBJONCTIF PRÉSENT.

Que j'aie _ou_ que j'uche. Que j'sais _ou_ que j'suche.

Q't'aies _ou_ que tu uches. Que tu sais _ou_ que tu suches.

Qu'il ait _ou_ qu'il uche. Qu'il sait _ou_ qu'il suche.

Qu'j'avions _ou_ qu'j'uchions. Que j'sayions _ou_ que nous suchions

_ou_ qu'os soyomes.

Qu'os aviez _ou_ qu'os uchiez. Qu'os sayez _ou_ qu'os suchiez.

Qu'il aient _ou_ qu'il uchent. Qu'y saient _ou_ qu'ils suchent.

Le patois du pays de Bray offre beaucoup d'irrégularité dans les

conjugaisons; nous en mentionnerons seulement quelques-unes.

Généralement l'_u_ du pronom _tu_ s'ellipse à la seconde personne du

singulier, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. _T'aimes_,

_t'avertis_, _t'as_, _t'entends_.

Le _j'_ remplace ordinairement le pronom _nous_, à la première personne

du pluriel, quand le verbe commence par une voyelle: Ex. _J'aimons_,

_j'avertissons_, etc. Si le verbe commence par une consonne, le pronom

_nous_ est remplacé par le monosyllabe _ej_: Ex. _Ej trouvons_, _ej

prévenons_, etc. Il paraît que les courtisans de Henri III regardaient

comme de bon ton de dire: _J'avions_, _j'étions_, _j'allions_; c'était

alors une manière de parler recherchée dans la bonne compagnie, même à

la cour[26].

[Note 26: _Essai sur le langage_, page 302.--_Glossaire du patois

picard_, page 173.]

Parmi les verbes de la première conjugaison qui sont irréguliers dans

plusieurs temps, nous mentionnerons le verbe _aller_ qui fait au présent

du subjonctif: _que j'ouaiche_, _que tu ouaiches_, _qui ouaiche_, _que

j'ouaichions_, _qu'os ouaichiez_, _qui ouaichent_.

Les verbes terminés en _ier_ et _uer_ ont ordinairement le présent du

subjonctif en _che_: Ex. Charrier, ruer, etc., font: _que je carriche_,

_que je ruche_.

Le _r_ terminal de l'infinitif ne se fait point sentir dans les verbes

de la seconde conjugaison; ainsi on dit: _mouri_, _parti_, _r'veni_,

etc., pour _mourir_, _partir_, _revenir_. Plusieurs de ces verbes

forment aussi leur participe passé tout-à-fait irrégulièrement; c'est

ainsi que _soutenir_ fait _soutint_ pour _soutenu_.

Les verbes de la troisième conjugaison changent leur terminaison _oir_

en _er_; par exemple: _Apercevoir, recevoir, émouvoir_, etc., font

_aperchever, r'chever, émouver_, et, au participe passé, _aperchu,

r'chu, émouvé_.

Au nombre des verbes de la quatrième conjugaison qui s'éloignent du

français, nous mettrons le verbe _suivre_ qui fait _sieure, je sieus,

j'ai sieus_, etc.

Une règle qui se rapporte à toutes les conjugaisons consiste dans

l'emploi de la troisième personne au lieu de la première et de la

seconde, comme dans les phrases suivantes: _C'est moi qui se trompe;

c'est toi qui ira; c'est nous qui a joui; c'est vous qui chantait_, etc.

Nous pensons que ces courtes remarques suffisent pour indiquer à nos

lecteurs les ressemblances et différences du patois du pays de Bray avec

les patois des autres provinces, surtout de la Normandie et de la

Picardie. Il nous resterait à citer quelque fragment de cet idiome, afin

d'en faire mieux comprendre le mécanisme; mais nous ne connaissons aucun

monument écrit auquel nous puissions avoir recours. Sous ce rapport,

nous sommes aussi pauvres que la Picardie est riche. Là, des hommes

d'esprit s'amusent souvent a recueillir les reparties, les boutades, les

saillies populaires, pour en former de plaisants dialogues, de gais

refrains. Ici, rien de semblable; _Ch'est pat à dire que j'soyomes_

(simus) _pus enchifrénés q'd'autes, mais j'manquons d'éditeux_, disait

dernièrement un de nos amis. C'est donc une bonne fortune pour nous que

la rencontre de l'article suivant que nous extrayons d'une récente

publication[27].

[Note 27: _Almanach du pays de Bray_, pour 1852, page 99 et suiv.]

Dictionnaire du patois du pays de Bray · 第 12 / 41 题