[Illustration: Le sleeping des enfants assistés.]
En 1895, l'administration de l'Assistance publique avait fait construire
un wagon spécialement aménagé pour conduire ses pupilles à l'hôpital
marin de Berck. Lors de la création du sanatorium d'Hendaye, il y a
quatre ans, on dut se contenter de ce même wagon pour assurer le
transport des petits malades qu'on y dirigeait. Mais on conçoit que la
voiture, étudiée en vue d'assurer le confortable suffisant pour un
voyage de quelques heures, ne remplissait qu'imparfaitement son rôle
alors qu'il s'agissait de faire parcourir aux enfants 800 kilomètres de
voie ferrée. Aussi, dès son arrivée à la direction de l'Assistance
publique, M. Mesureur se préoccupa de remédier à cet état de choses et
mit à l'étude la création d'un «sleeping» spécial au sanatorium
d'Hendaye.
Le wagon nouveau vient d'être achevé.
Il est de dimensions un peu inusitées: 15 mètres de longueur, 2m,95 de
largeur et 2m,60 de hauteur: ce sont les cotes maxima que permettent et
le gabarit des ouvrages d'art et les courbes de la voie. Le wagon, en
effet, n'est pas monté sur boggies. On a adopté un système de châssis
rigide, formant corps avec la caisse et reposant sur des ressorts très
doux qui a pour but d'amortir autant qu'il est possible la trépidation
de la marche.
Intérieurement, il est divisé en trois compartiments principaux, la
partie centrale étant réservée aux enfants; les deux extrémités
affectées au personnel, chef de convoi, infirmiers qui les accompagnent,
et aux services accessoires: office, lingerie, etc. La partie où sont
logés les enfants,--la plus intéressante à montrer,--est elle-même
coupée par un couloir central. Elle comprend quatorze compartiments de
longueurs variables, où l'on installe les petits voyageurs suivant leur
âge.
Chaque compartiment est pourvu de deux banquettes se faisant face et sur
lesquelles peuvent prendre place quatre enfants assis. Les dossiers de
siège, en se rabattant sur les banquettes, forment deux lits, complétés
par les coussins de sièges et de dossiers, servant de matelas. En outre,
dans chaque stalle, est fixé, le long de la paroi longitudinale de la
voiture et au-dessus de la fenêtre du compartiment, un hamac, relevé
pendant le jour contre cette paroi, et facile à rabattre, pour le
service de nuit. Ainsi, chaque compartiment peut donc recevoir trois
enfants convenablement couchés, la nuit, tous dans le sens de marche du
train, et, pendant le jour, un enfant sur trois peut encore se reposer,
en s'étendant sur l'une des deux banquettes, disponible pour lui seul,
alors que ses deux petits camarades sont assis en face de lui.
Et il serait superflu d'ajouter que l'on s'est par-dessus tout préoccupé
d'assurer à cette voiture un aménagement hygiénique par excellence.
[Illustration: Aménagement de jour: les banquettes. Aménagement de nuit:
les couchettes LE SLEEPING DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE--Photographies
Anthony's]
La périodicité dans les phénomènes biologiques.
Un médecin autrichien, M. H. Swoboda, a remarqué que les souvenirs--d'un
événement, d'une mélodie, etc.--ont une tendance à surgir spontanément
au bout de certaines périodes. Une de ces périodes, pour lui, a
vingt-trois heures de durée, c'est-à-dire que le souvenir revient
volontiers, de lui-même, vingt-trois heures après le moment de la
perception. Il y a d'autres périodes plus longues, qui sont des
multiples de la première: ainsi, le souvenir revient aussi, brusquement,
au bout de quarante-six heures; on observe de même des réveils de
souvenir au bout de vingt-trois jours.
Les périodes de vingt-trois, quarante-six, etc., s'observent chez
l'homme; chez la femme elles sont un peu différentes; on observe plutôt
dix-huit heures que vingt-trois, vingt-huit jours que vingt-trois M.
Swoboda explique ces faits par des oscillations périodiques auxquelles
serait soumis l'organisme, oscillations qui suivraient un rythme
régulier. La période masculine serait de vingt-trois jours; la féminine
de vingt-huit. Un autre médecin de Vienne. M. Fliess, a déjà observé
l'existence de périodes analogues dans les phénomènes pathologiques:
crises d'angoisse, migraines, saignements de nez, etc. Cette périodicité
expliquerait le retour spontané des souvenirs, tout comme elle
expliquerait le fait assez souvent observé du retour, à intervalles
réguliers, de certains rêves. Elle expliquerait aussi comment il se fait
que les rêves portent souvent sur des circonstances déjà assez
lointaines, plutôt que sur les événements de la veille: les souvenirs
d'il y a vingt-trois ou quarante-six jours pour l'homme, ou d'il y a
vingt-huit jours pour la femme, reviendraient plus spécialement à
l'esprit durant le sommeil.
La périodicité jouerait encore un rôle important dans les phénomènes de
la mémoire: M. Swoboda assure qu'il vaut mieux apprendre une pièce qu'il
faudra réciter par coeur vingt-trois ou quarante-six heures avant de la
réciter, qu'à d'autres intervalles; et, si l'on apprend en plusieurs
fois, mieux vaut faire coïncider la répétition avec la phase d'évocation
spontanée.
Les faits dont parlent M. Swoboda sont fort curieux. Il nous paraît
certain que bon nombre de médecins ou d'observateurs ont dû constater
des faits de périodicité sur leurs malades ou sur eux-mêmes. En tout
cas, s'ils portent leur attention de ce côté, ils devront en constater.
Peut-être quelques-uns d'entre eux auront-ils l'obligeance de nous faire
connaître le résultat de leur observation: il pourra intéresser les
lecteurs et servir à faire mieux connaître une loi qui a de l'importance
et dont on pourra tirer un parti pratique.