LA TOILETTE (_suite et fin_)

Alors elle revient, nerveuse, querellante,

A son ajustement; accuse de lenteur

Ses femmes; lance en l’air des sachets de senteur;

Avant d’en choisir deux chiffonne vingt manchettes;

Fait coudre des rubis dans toutes les bouffettes;

S’encadre d’un beau col aux grands festons coquets

(Comme n’en portent plus qu’en papier les bouquets!)

Interroge un miroir, sourit de sa réponse,

Et tourne.

Justaucorps d’argent. Chou qui se fronce,

Rouge, entre les deux seins. Perles rondes au cou.

Et qu’est-ce qui descend du collier vers le chou?

C’est une perle en poire au bout d’un fil... rien qu’une:

Lourde et longue, elle a l’air d’une larme de lune.

Doralise est donc prête, et, debout, se gantant,

Hésite entre le masque et le voile, un instant.

L’ennuyeux, dans le masque, est ce bouton de verre

Que pour le maintenir entre les dents on serre:

On ne peut plus parler. Mais le délicieux,

C’est tout ce noir que l’on se met autour des yeux,

Ce noir qui donne un air de malice fantasque.

Le voile est plus commode: elle choisit le masque

Et sort.

Et la voilà qui trotte. A ses côtés

Trottine sa duègne. Et de ses doigts gantés,

De ses doigts dont les bouts se retournent en griffes

(Les gants trop longs leur font des ongles apocryphes),

Elle relève un peu sa jupe de tabis,

Et, laissant les passants derrière elle ébaubis,

Elle montre qu’elle a des bas verts à coin rose.

Car j’ai lu quelque part, dans un auteur en prose,

Et ne suis pas fâché de vous apprendre en vers

Que les bas-bleus alors portaient tous des bas verts.

Le Cantique de l'Aile · 第 99 / 131 题