«J'ay reccu les lettres et les mémoires que vous m'avez envoyé sur tout
ce qui s'est passé dans vos voyages du Levant, et sur le commerce, sur
quoy je vous diray en peu de mots qu'un capitaine de marine qui a
l'honneur de commander un vaisseau du Roy pour l'escorte des vaisseaux
marchands ne doibt penser à autre chose sinon qu'à se bien acquitter de
cet ordre, sans raisonner sur un mestier de marchandises et de commerce
qu'il ne doibt pas faire, et qui n'est point de son fait, en sorte que
vous pouvez vous dispenser à l'advenir de m'envoyer aucun mémoire sur
cette matière, et vous contenter de bien faire votre debvoir, sur quoy
je dois vous dire que le principal fruict que le Roy prétend de la
dépense que Sa Majesté fait pour l'armement du vaisseau que vous
commandez est de satisfaire les marchands et les convier par la à
augmenter leur commerce; au lieu de cela, elle trouve que les marchands
se plaignent fort de vous et particulièrement le consul de Smirne,
duquel vous n'aviez aucun droit d'examiner la conduite, et beaucoup
moins d'entendre ses ennemis et leur donner beaucoup de protection, vous
n'avez pas deub non plus visiter avec l'autorité que vous avez fait le
vaisseau François de la Cientat, commandé par le capitaine Antoine
Carbonnel, ny retirer de son bord les mariniers français comme s'ils
estoient estrangers, et toute votre conduite est tellement contraire aux
intentions de Sa Majesté qu'elle a esté eu résolution de vous faire
arrester, mais sur l'assurance que je luy ai donné que vous la
changeriez, elle a bien voilu surseoir de le faire; c'est à vous à
prendre garde que l'assurance que j'ai donné ne soit point mal fondée,
en changeant vostre conduite à l'avenir, en la rendant plus agréable aux
marchands et par conséquent plus agréable à Sa Majesté.»