11 juillet 1670.

«J'ay reccu les lettres et les mémoires que vous m'avez envoyé sur tout

ce qui s'est passé dans vos voyages du Levant, et sur le commerce, sur

quoy je vous diray en peu de mots qu'un capitaine de marine qui a

l'honneur de commander un vaisseau du Roy pour l'escorte des vaisseaux

marchands ne doibt penser à autre chose sinon qu'à se bien acquitter de

cet ordre, sans raisonner sur un mestier de marchandises et de commerce

qu'il ne doibt pas faire, et qui n'est point de son fait, en sorte que

vous pouvez vous dispenser à l'advenir de m'envoyer aucun mémoire sur

cette matière, et vous contenter de bien faire votre debvoir, sur quoy

je dois vous dire que le principal fruict que le Roy prétend de la

dépense que Sa Majesté fait pour l'armement du vaisseau que vous

commandez est de satisfaire les marchands et les convier par la à

augmenter leur commerce; au lieu de cela, elle trouve que les marchands

se plaignent fort de vous et particulièrement le consul de Smirne,

duquel vous n'aviez aucun droit d'examiner la conduite, et beaucoup

moins d'entendre ses ennemis et leur donner beaucoup de protection, vous

n'avez pas deub non plus visiter avec l'autorité que vous avez fait le

vaisseau François de la Cientat, commandé par le capitaine Antoine

Carbonnel, ny retirer de son bord les mariniers français comme s'ils

estoient estrangers, et toute votre conduite est tellement contraire aux

intentions de Sa Majesté qu'elle a esté eu résolution de vous faire

arrester, mais sur l'assurance que je luy ai donné que vous la

changeriez, elle a bien voilu surseoir de le faire; c'est à vous à

prendre garde que l'assurance que j'ai donné ne soit point mal fondée,

en changeant vostre conduite à l'avenir, en la rendant plus agréable aux

marchands et par conséquent plus agréable à Sa Majesté.»

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 128 / 189 题