4 juillet 1679.

«J'ay reçeu les deux lettres que vous avez pris la peine de m'escrire le

19 et 26 du mois passé. Je vous avoue que j'ai esté surpris de voir la

prodigieuse quantité de marchandises que la Compagnie des Indes

orientales de Hollande a fait venir cette année. Je ne fais aucun doute

que ce ne soit un des premiers effects de la jalousie qu'ils ont de

l'establissement de nostre Compagnie, voulant hazarder de donner toutes

les marchandises à un très-bas prix pour la ruiner, mais pour vostre

consolation, je vous puis assurer que la puissante protection du Roy, et

les grandes assistances que Sa Majesté veut bien donner à ladite

Compagnie françoise nous met hors d'estat de rien craindre, et vous

verrez que dans la suite nous leur ferons au moins autant de mal qu'ils

nous en pourront faire; Il faut laisser agir leur malignité et prendre

nos précautions pour nous en garentir. Je vous prie de continuer à me

faire sçavoir tout se qui se passera sur cette matière, et sur toutes

les autres qui concernent le commerce.

A l'égard du particulier qui prétend avoir le secret de désalter l'eau

de la mer, je vous diray que tant de gens m'ont desjà fait cette

proposition et que j'en ai fait faire ici tant d'espreuves qui

réussissent bien en petit, mais qui ne peuvent jamais produire

d'advantage dans un long voyage, que je suis résolu de n'en faire plus

d'expérience que sur les vaisseaux mesme, et si celuy qui vous à fait

cette proposition veut aler à Rochefort, et faire cette expérience sur

les premiers vaisseaux du Roy qui seront mis en mer, en cas qu'il ayt

véritablement ce secret et qu'il puisse estre util, il doibt estre

asseuré qu'il en recevra une bonne récompense.»

AU Sr DE LARSON,

Capitaine de vaisseau.

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 127 / 189 题