«J'ay reçeu les deux lettres que vous avez pris la peine de m'escrire le
19 et 26 du mois passé. Je vous avoue que j'ai esté surpris de voir la
prodigieuse quantité de marchandises que la Compagnie des Indes
orientales de Hollande a fait venir cette année. Je ne fais aucun doute
que ce ne soit un des premiers effects de la jalousie qu'ils ont de
l'establissement de nostre Compagnie, voulant hazarder de donner toutes
les marchandises à un très-bas prix pour la ruiner, mais pour vostre
consolation, je vous puis assurer que la puissante protection du Roy, et
les grandes assistances que Sa Majesté veut bien donner à ladite
Compagnie françoise nous met hors d'estat de rien craindre, et vous
verrez que dans la suite nous leur ferons au moins autant de mal qu'ils
nous en pourront faire; Il faut laisser agir leur malignité et prendre
nos précautions pour nous en garentir. Je vous prie de continuer à me
faire sçavoir tout se qui se passera sur cette matière, et sur toutes
les autres qui concernent le commerce.
A l'égard du particulier qui prétend avoir le secret de désalter l'eau
de la mer, je vous diray que tant de gens m'ont desjà fait cette
proposition et que j'en ai fait faire ici tant d'espreuves qui
réussissent bien en petit, mais qui ne peuvent jamais produire
d'advantage dans un long voyage, que je suis résolu de n'en faire plus
d'expérience que sur les vaisseaux mesme, et si celuy qui vous à fait
cette proposition veut aler à Rochefort, et faire cette expérience sur
les premiers vaisseaux du Roy qui seront mis en mer, en cas qu'il ayt
véritablement ce secret et qu'il puisse estre util, il doibt estre
asseuré qu'il en recevra une bonne récompense.»
AU Sr DE LARSON,
Capitaine de vaisseau.