CHAPITRE XVI.

Effets produits en Hollande par l'augmentation du tarif français en

1667.--La vérité sur les médailles frappées dans ce pays.--Causes

réelles de l'invasion de la Hollande en 1672.--Correspondance de

Van Beuningen relativement à l'élévation des droits d'entrée mis en

France sur les marchandises étrangères.--La Hollande use de

représailles.--Lettres de Colbert sur ce sujet.--Invasion de la

Hollande et ses suites.--Clauses principales des traités d'alliance

et de commerce conclus entre la France et la Hollande, en 1678,

1697 et 1713.

Cependant, en ce qui touchait la Hollande, l'augmentation du tarif

français en 1667 avait dû produire dans ce pays une irritation extrême,

s'il faut en juger par l'amertume de ses récriminations et par la

vigueur des représailles où sa rancune l'entraîna. Cette puissance se

trouvait alors dans une position très-critique et dont il importe de se

rendre compte pour apprécier les graves événements qui suivirent. «Il

est singulier et digne de remarque, a dit Voltaire au sujet de

l'invasion de la Hollande en 1672, que, de tous les ennemis qui allaient

fondre sur ce petit État, il n'y en eût pas un qui pût alléguer un

prétexte de guerre[463].» En effet, si les motifs ne manquaient pas, ni

la France ni l'Angleterre, n'avaient, il faut l'avouer, aucun grief

sérieux à lui reprocher, et cette absence de raisons à alléguer fut

telle, qu'au moment où les préparatifs de Louis XIV se trouvèrent

achevés, prise à l'improviste, attérée, la Hollande lui fit demander si

c'était bien contre elle qu'ils étaient dirigés.

On a souvent répété depuis bientôt deux siècles, que la Hollande s'était

attiré la colère de Louis XIV par l'orgueil et la vanité de ses

médailles. Cette explication, si elle était vraie, serait peu honorable

pour la France, et témoignerait de la plus déplorable légèreté de la

part du roi et de ses minisires. Mais les faits la contredisent

complètement. A la vérité, les Hollandais avaient fait graver une

médaille ainsi conçue: «_Assertis legibus; emendatis sacris; adjutis,

defensis, conciliatis regibus; vindicata marium libertate; stabilita

orbis Europæ quiete_;--_Les lois affermies; la religion épurée; les rois

secourus, défendus et réunis; la liberté des mers vengée; l'Europe

pacifiée_.» Mais cette médaille ayant éveillé la susceptibilité de Louis

XIV, ils en firent briser le coin[464]. Il est vrai encore qu'on

reprocha à l'ambassadeur Van Beuningen d'en avoir fait graver une dans

laquelle, nouveau Josué, il commandait au soleil de s'arrêter: _Sta,

sol_, ce qui eût été en même temps une allusion à la fameuse devise _Nec

pluribus impar_ et aux conquêtes du roi, suspendues en 1667 par le

traité d'Aix-la-Chapelle, où Van Beuningen, négociateur principal de ce

traité, n'avait pu obtenir toutefois qu'on donnât à la France la

Franche-Comté au lieu de la Flandre espagnole. Mais cette accusation

était une véritable calomnie, et, dès qu'il en fut informé, Van

Beuningen écrivit à M. de Lionne pour démentir le bruit qu'on avait

répandu, à quoi M. de Lionne répondit «qu'on était persuadé à la cour de

la vérité de ce qu'il disait.» Il résulte même, d'une lettre de Van

Beuningen, que la médaille dont il s'agit n'avait existé que dans

l'imagination de ses ennemis[465].

L'invasion de la Hollande eut donc des causes plus sérieuses que

celle-là. Une d'elles, on l'a déjà vu par l'extrait du traité secret

entre Louis XIV et Charles II, fut l'audace de ces républicains, de _se

vouloir ériger en souverains arbitres et juges de tous les autres

protentats_, témoin le rôle qu'ils avaient joué lors du traité

d'Aix-la-Chapelle; l'autre, et elle ne fut pas moins déterminante que la

première, fut l'augmentation de droits dont les États généraux

frappèrent les vins et eaux-de-vie de France, en représailles des droits

énormes mis sur leurs draperies en 1667. Ainsi, ce que l'on croit avoir

été principalement une guerre de médailles fut en grande partie une

guerre de tarifs.

«Le germe de la guerre de 1672, dit a ce sujet l'_Encyclopédie_,

fut dans le tarif de 1667. Sans ce tarif, qui aigrit les esprits et

les porta à toute sorte de mauvais traitements contre la France,

quel intérêt les Hollandais pouvaient-ils avoir à indisposer un roi

tel que Louis XIV?... Mais le nouveau tarif attaquait

essentiellement leur commerce. C'était les blesser dans la partie

la plus sensible de leur existence; dès lors, ils crurent ne devoir

plus rien ménager[466].»

On n'a pas oublié l'émotion que produisit en Hollande l'établissement du

droit de 50 sous par tonneau sur tous les navires étrangers qui

fréquenteraient nos ports. Un an après, l'Acte de navigation porta à la

marine hollandaise un coup plus funeste encore. Puis, vint

l'augmentation de notre tarif, suivie presque aussitôt d'une autre

augmentation tellement forte qu'elle équivalait à une véritable

prohibition. Et tout cela frappait la Hollande au moment même où elle

venait d'atteindre au plus haut point de sa splendeur, coup sur coup,

sans qu'elle eût en quelque sorte le temps d'aviser, de chercher

d'autres débouchés ou de modifier sa fabrication. Certes, c'était là une

situation funeste, qui a, de nos jours, par intervalles, des équivalents

chez les nations, chez les villes exclusivement manufacturières, parce

que le propre de l'industrie est de se développer dans des proportions

pour ainsi dire géométriques, sans rapport certain avec les besoins, ou

du moins avec la possibilité de les satisfaire, ce qui est cause qu'elle

n'est jamais si près d'une crise qu'au moment où elle occupe le plus de

bras. On conçoit donc que cet état de choses ait arraché un long cri

d'alarme à la Hollande, qu'elle se soit fortement débattue, malgré les

intérêts politiques qui la poussaient vers la France, pour échapper aux

liens dont celle-ci voulait l'enchaîner, et il est bien évident que, si

Colbert avait pu ruiner ses manufactures sans déterminer un contre-coup

fatal à l'agriculture française, son plan eût été inattaquable. Mais un

pareil résultat était tout simplement impossible, et, par malheur, à

défaut des enseignements de la science encore à naître, Colbert, homme

de détails et d'action, n'avait ni le coup d'oeil assez élevé, ni le

génie nécessaire pour découvrir les vices du système où il s'était si

résolument engagé.

Déjà, vers le commencement de 1667, on pouvait voir se former à

l'horizon l'orage qui éclata cinq ans après. Le négociateur de

l'alliance offensive et défensive de 1662, l'adversaire aussi habile

qu'obstiné du droit de tonnage, Van Beuningen était de nouveau à Paris

en qualité de ministre extraordinaire. «Ce Van Beuning, dit Voltaire,

était un échevin d'Amsterdam qui avait la vivacité d'un Français et la

fierté d'un Espagnol. Il se plaisait à choquer, dans toutes les

occasions, la hauteur impérieuse du roi, et opposait une inflexibilité

républicaine au ton de supériorité que les ministres de France

commençaient à prendre.» On lui attribuait même, à ce sujet, quelques

paroles assurément très-contestables. «_Ne vous fiez-vous pas à la

parole du roi?_ lui demandait un jour M. de Lionne dans une

conférence.--_J'ignore ce que veut le roi_, aurait répondu Van

Beuningen, _je considère ce qu'il peut_[467].» Il faut ajouter, à son

honneur, qu'au témoignage de M. d'Estrades, ambassadeur de France en

Hollande, les deux frères de Witt, Van Beuningen et Beverning, étaient

alors les seuls membres des États généraux incapables de se laisser

gagner[468].

Le 14 janvier 1667, Van Beuningen écrivit à La Haye qu'il ne s'occupait

d'aucune affaire avec tant de zèle et d'application que des

manufactures, attendu qu'il en connaissait toute l'importance. Plusieurs

seigneurs de la cour goûtaient, disait-il, les raisons dont il se

servait pour leur persuader qu'il n'était pas dans l'intérêt du royaume

de _bander si fort cette corde_, et Colbert lui-même paraissait en

sentir la force, mais pas assez pour l'engager à renoncer à son dessein

d'établir des manufactures de draps, dont le succès lui semblait

incertain tant que le commerce des draps de la Hollande serait libre. Il

est à craindre, ajoutait Van Beuningen, que nous ne soyons obligés

d'avoir recours aux voies de _rétorsion_; néanmoins, je crois que ce ne

doit point être avant la paix[469].

Quelques jours après, le 20 janvier, Jean de Witt lui répondit de La

Haye qu'on y était dans la même inquiétude, par rapport aux

manufactures, mais que les moyens de rétorsion seraient impraticables, à

cause de la diversité de conduite des Amirautés, dont l'une ne

manquerait pas de relâcher plus que l'autre pour attirer le débit de son

côté, comme cela se pratiquait tous les jours à l'égard des manufactures

d'Angleterre qui étaient si expressément défendues. Cependant, Colbert

poursuivait obstinément ses projets, et au mois d'août 1667 il modifia

une partie du tarif. Alors, Van Beuningen écrivit qu'on s'était bien

hâté dans la conjoncture présente, et avant la conclusion de la paix, de

défendre les draps et plusieurs autres _manufactures_ de la Hollande,

que celui par les mains de qui ces choses se faisaient _agissait avec

plus de fermeté que de circonspection_, mais que, puisque les Français

repoussaient toutes les manufactures de la Hollande, il faudrait bien

trouver un moyen, les plaintes étant inutiles, de les empêcher de

_remplir ce pays des fleurs, et de lui tirer par là le plus clair de

son argent comptant_. A quoi Jean de Witt répondait, le 5 mai, par le

retour du courrier: «Il ne reste plus que la voie de rétorsion à opposer

aux nouveaux droits mis sur nos manufactures, ou plutôt à la défense

indirecte qu'on en a faite.»

Mais ce n'étaient là que les préliminaires de la guerre de représailles

dont on se menaçait, du reste, de part et d'autre. En 1668, Van

Beuningen quitta Paris, où sa position était devenue très-difficile,

soit à cause de son opposition au système dominant, soit encore pour la

roideur et l'inflexibilité de ses formes. La correspondance de Colbert

de l'année 1669 et des années suivantes fait voir quels souvenirs il y

avait laissés, et témoigne d'une antipathie personnelle très-prononcée.

«Malgré l'opiniastreté et la trop grande présomption du sieur Van

Beuningue, écrivait Colbert le 29 mars 1669 à M. de Pomponne, au sujet

de la prise d'un navire français par les Hollandais, il faut toujours

faire les instances dans les formes prescrites, afin que nous puissions

avoir de bonnes raisons quand le roi accordera des lettres de

représailles[470].»

Dans d'autres lettres des 31 mai, 21 juin et 25 novembre 1669, Colbert

parle _de la chaleur, de l'emportement des imaginations du sieur Van

Beuningue, qui causeront à son pays les plus grands préjudices qu'il ait

reçus_. Puis, vers la même époque (2 août 1669), «il prie M. de Pomponne

d'avoir l'oeil sur la modération du péage des vins du Rhin, dont Van

Beuningue les menace depuis si longtemps, et sur les moyens que celui-ci

entend pratiquer pour empêcher l'enlèvement de nos vins et de nos autres

denrées et marchandises.» A ce sujet, d'ailleurs, Colbert ne pensait pas

que cette menace, à l'aide de laquelle les États généraux espéraient

l'effrayer, dût causer un grand préjudice à la France, et voici sur quoi

il se fondait. Suivant lui, trois ou quatre mille navires hollandais

venaient tous les ans enlever nos vins dans la Garonne et la Charente;

ils les portaient dans leurs pays, où ces vins payaient des droits

d'entrée, et la consommation locale en absorbait le tiers. Quant au

reste, vers le mois de mars ou d'avril, lorsque la mer devenait libre,

ils l'exportaient, soit en Allemagne, soit dans la Baltique, d'où ils

revenaient chargés de bois, chanvre, fer, etc. Si donc les Hollandais

augmentaient l'impôt sur nos vins, sans diminution pour ce qui devait

être réexporté, ils s'exposaient à ce que les Anglais et les Français

leur enlevassent ce commerce de transport, qui était toute leur

puissance. Si, au contraire, ils ne surimposaient que les vins consommés

en Hollande, ils ne pouvaient retrancher cent cinquante ou deux cents

barriques de leur consommation sans retrancher en même temps la

subsistance à vingt matelots[471]. Aussi Colbert disait-il qu'ils «ne

pouvaient nous faire un petit mal sans qu'ils s'en fissent un grand,» et

qu'ils avaient agi «comme celui qui joue avec 100,000 écus de fonds

contre un autre qui n'a rien du tout, c'est-à-dire qu'ils n'avaient rien

à gagner et que nous pouvions gagner beaucoup[472].» Peut-être la

comparaison n'était-elle pas fort juste. On comprend très-bien, en

effet, que les trois ou quatre mille navires hollandais qui chargeaient

précédemment nos vins dans la Garonne ou dans la Charente, venant à

cesser, pour un motif quelconque, de fréquenter nos ports, la France

devait en éprouver un dommage considérable. Mais il paraît que la

chaleur, l'emportement et les imaginations imputés à Van Beuningen

étaient communicatifs; car de nombreux passages de la correspondance de

Colbert prouvent que, dans cette question, lui-même s'était mal préservé

des défauts qu'il reprochait à l'ancien ambassadeur hollandais.

Voici maintenant les pièces qui constatent la part que prit Colbert à la

déclaration de guerre de 1672. Les extraits suivants de sa

correspondance paraîtront sans doute assez concluants.

«_5 avril 1669, à M, de Pomponne_.--Je trouve la conduite de

Messieurs les Estats tirannique sur tout ce qui concerne le

commerce, mais je doute fort que Sa Majesté soit résolue de la

souffrir.»

Les représailles de la Hollande se firent attendre pendant quatre ans.

Puis, au mois de novembre 1670, après avoir longtemps hésité et menacé

sans rien obtenir, les Hollandais augmentèrent les droits d'entrée sur

les vins et eaux-de-vie de France et sur d'autres articles de nos

manufactures[473]. Aussitôt M. de Pomponne en informa Colbert qui lui

répondit:

«21 _novembre_ 1670.--Si cet avis est véritable, il y aura lieu

d'examiner les moyens de leur rendre la pareille, à quoy nous

n'aurons pas beaucoup de difficulté, d'autant qu'ils contreviennent

directement au traité en donnant l'exclusion à nos eaux-de-vie;

mais ils ont accoustumé en d'autres occasions, mesmes plus

importantes, de ne pas faire grand cas des traités; le mal est pour

eux que je ne vois pas le roy en résolution de le souffrir, comme

par le passé, et j'espère que vous verrez dans peu qu'ils auront

tout lieu de se repentir d'avoir commencé cette escarmouche.»

Quelque temps après, M. de Pomponne ayant confirmé la nouvelle relative

à cette augmentation de droits, Colbert lui écrivit ce qui suit:

«2 _janvier_ 1671.--Je puis vous assurer que c'est un pas bien

hardi pour les Estats. Nous verrons par la suite du temps qui aura

eu raison sur ce sujet, ou ceux qui ont prétendu donner de la

crainte et faire du mal au royaume par ces moyens, ou ceux qui

n'ont pas voulu prendre cette crainte ni appréhender ce mal.»

On comprend, à la lecture de ces lettres, qu'à l'époque où elles furent

écrites l'invasion de la Hollande était déjà projetée, et que, loin de

s'opposer à ce dessein, qui était le rêve de toute la cour, mais dans

des vues diverses, Colbert dut le seconder de toute son influence.

Enfin, à tous les motifs que l'on vient d'exposer, il est permis d'en

ajouter un autre qui n'agissait pas moins fortement sur son esprit:

c'était la prospérité toujours croissante de la Compagnie des Indes

orientales de Hollande, comparée aux mécomptes de la Compagnie

française, dont la situation, malgré des sacrifices et des soins

incessants, empirait tous les jours.

On sait ce qui arriva. Au mois de mai 1672, Louis XIV entra en campagne

à la tête d'une armée de cent trente mille hommes, la plus brillante que

la France ait jamais vue sous les drapeaux, car toute la noblesse du

royaume s'était disputé l'honneur d'en faire partie, et l'or et l'argent

resplendissaient sur tous les uniformes. A la tête de cette armée, il y

avait Condé, Turnne, Luxembourg, Vauban. Malheureusement Louvois y était

aussi, Louvois administrateur sévère, actif, vigilant, mais bassement

jaloux de Condé, de Turenne, et qui fit manquer plusieurs fois le but

principal de la campagne en excitant Louis XIV, dont il dominait

l'esprit, à repousser leurs plans. Jamais, d'ailleurs, plus faciles

triomphes que ceux dont le commencement de cette campagne fut marqué. La

plupart des villes se rendirent sans attendre qu'on en fit le siége, et

celles qui auraient pu le mieux résister furent vendues pour quelque

argent par les officiers chargés de les défendre. On connaît aujourd'hui

la vérité sur ce fameux passage du Rhin, disputé seulement pour la forme

par quatre à cinq cents cavaliers et deux régiments d'infanterie sans

canon, tant la panique était grande et l'ennemi mal dirigé, à dessein,

dit-on, par le prince d'Orange. Abandonné, trahi de tous côtés, Jean de

Witt fit implorer la paix par quatre députés, et c'est alors que la

malfaisante influence de Louvois fut surtout fatale à la France. Louvois

fit revenir ces députés plusieurs fois avant de vouloir les écouter, il

les reçut ensuite avec une insupportable fierté, mêla la raillerie à

l'insulte, et, malgré les sages avis de M. de Pomponne, alors ministre

des affaires étrangères, dont, à son instigation, les conseils furent

écartés comme l'avaient été ceux de Turenne et de Condé, le roi repoussa

durement les propositions des députés. Entre autres conditions

dégradantes, Louvois voulait que la Hollande envoyât tous les ans à

Louis XIV une médaille d'or portant qu'elle tenait sa liberté de ce

prince. Ce fut le signal d'une révolution. Les chefs de ce qu'on

appelait le parti de la paix, le parti français, Jean et Corneille de

Witt, furent massacrés, le prince d'Orange, maître enfin, régla,

exploita l'effervescence populaire, et un an après, il ne restait à la

France, de sa conquête, que des médailles, un arc de triomphe et les

germes d'une guerre qui dura quarante ans[474]. Puis, à la paix de

Nimègue, elle fut obligée d'abandonner le tarif de 1667, principale

cause de la guerre. Bien plus, l'article 7 du traité signé à Nimègue

entre la France et les Provinces-Unies stipula qu'à l'avenir «_la

liberté réciproque du commerce dans les deux pays ne pourrait être

défendue, limitée ou restreinte par aucun privilège, octroi, ou aucune

concession particulière, et sans qu'il fût permis à l'un ou à l'autre de

concéder ou de faire à leurs sujets des immunités, bénéfices, dons

gratuits ou autres avantages_[475].» Ainsi, par cet article, le

gouvernement français se voyait dépossédé du droit d'établir des

Compagnies privilégiées, d'accorder des encouragements efficaces à

certaines manufactures; et ces conditions durent paraître singulièrement

humiliantes à Colbert. Heureusement, on ne le força pas à consentir à

l'abolition du droit de 50 sous par tonneau en faveur des navires

hollandais. Mais cette nouvelle concession, coup funeste porté à son

système pour l'augmentation de nos forces maritimes, fut exigée de la

France en 1697, à la paix de Ryswyck; et plus tard, en 1713, la Hollande

en obtint le renouvellement à Utrecht, par article séparé[476].

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 50 / 189 题