Il n'y a rien de mieux, mais il faut exécuter.]

Je me feray représenter les enregistrements le mardy après le disner; je

les coteray après les avoir leus, et marqueray à costé les minuttes de

la main de mon père.[443]

[Bon.]

Surtout je ne manqueray pas, lorsque j'auray quelque expédition à faire,

de quelque nature qu'elle soit, de chercher dans les registres ce qui

aura esté fait en pareille occasion, et je me donneray le temps de lire

et examiner lesdits registres, affin de former mon stile sur celuy de

mon père.

[Très-bon.]

Je visiteray tous les soirs ma table et mes papiers, et j'expédieray,

avant de me coucher, ce qui pourra l'estre, ou je mettray à part et

envoiray à mes commis les affaires dont ils debvront me rendre compte,

et j'observeray de marquer sur l'agenda, que je tiendray exactement sur

ma table, les affaires que je leur auray renvoyées, affin de leur en

demander compte en cas qu'il les différassent trop longtemps.

[Bon.]

Je mettray sur ledit agenda toutes les affaires courantes, et je les

rayerai à mesure que leur expédition sera achevée.

[Bon.]

J'emploiray le mercredy à travailler aux affaires que je n'auray pu

achever le mardy, et, en cas qu'il y eust quelques affaires pressées

dont il fallust donner part dans les ports de Brest et de Rochefort,

j'escriray par l'ordinaire qui part ce jour-là.

[Il faut lire et faire l'extrait des principales lettres, et, à l'esgard

des autres, l'extrait des principaux points.]

Je liray toutes les lettres à mesure qu'elles viendront, feray moi-mesme

l'extrait des principales et envoiray les autres au commis qui a le soin

des despesches.

[Bon.

Il faut remettre ce travail au samedy. Dans le mercredy et le jeudy, on

peut prendre les après-disners, et quelquefois les journées entières et

le dimanche, et ainsy il ne faut point attacher a ces jours-là un

travail nécessaire.]

Je prendray le mercredy après le disner pour examiner les portefeuilles,

ranger les papiers suivant l'ordre mis à costé par mon père, y mettre

les nouvelles expéditions qui auront esté faites et les maintenir

toujours dans l'ordre prescrit par mon père.

[Bon.]

Je feray le jeudy matin un mémoire des ordres à demander à mon père sur

les despesches affin de commencer ensuite à travailler.

[Bon.]

Je travailleray le soir au Conseil, feray les extraits des affaires

auxquelles il y aura quelques difficultés, affin d'estre en estat d'en

rendre compte le lendemain matin à mon père.

[Bon.]

Je feray en sorte d'achever dans le vendredy toutes les affaires de

l'ordinaire, en faisant les principales que je feray toutes de ma main;

je mettray à costé les points desquels je dois parler dans le corps de

la lettre, et tascheray de suivre le stile de mon père, affin de lui

oster, s'il est possible, la peine de les corriger ou de les refaire

mesme tout entières, ainsy qu'il arrive souvent.

[Bon.]

Le samedy matin sera employé à examiner et signer les lettres de

l'ordinaire, à expédier le Conseil du vendredy et travailler aux

affaires courantes.

[Bon.]

Le samedy après disner je travailleray sans faute à examiner l'agenda, à

voir sur le registre des finances s'il n'y a point de nouveau fonds qui

ayt esté omis sur le registre des ordres donnés au trésorier, si je n'ay

point omis pendant la semaine à enregistrer ceux qui ont esté donnés, et

je m'appliqueray à estre si exact dans la tenue dudit agenda que je

n'aye pas besoin d'avoir recours au trésorier pour sçavoir les fonds

qu'il a entre les mains.

[Il faut faire ces enregistrements à mesure que les ordonnances

s'expédient sans jamais les remettre[444].]

J'enregistreray le samedy toutes les ordonnances sur le registre tenu

par le sieur de Breteuil.

[Bon.]

Le dimanche matin sera employé à vérifier la feuille des lieux où sont

les vaisseaux, et à travailler aux affaires qui seront à expédier.

[Bon.]

J'aurai toujours l'agenda des vaisseaux, des escadres et des officiers,

dans ma poche.

[La loy indispensable et la plus nécessaire est d'estre réglé dans ses

moeurs et dans sa vie.]

Je feray surtout en sorte d'exécuter ponctuellement tout ce qui est

contenu dans le mémoire cy-dessus, en cas qu'il soit approuvé, par mon

père, et de faire mesme plus sur cela que je ne lui promets.

[Manger à ma table très-souvent, sans trop s'y assujettir.

Voir le roy tous les jours, ou à son lever, ou à sa messe.

Travailler tous les soirs, et ne pas prendre pour une règle certaine de

sortir tous les soirs sans y manquer[445].

L'on peut pourtant, une ou deux fois par semaine, aller faire sa cour

chez la reine et ailleurs.

Il n'y a que le travail du soir et du matin qui puisse advancer les

affaires.]

Les dispositions si précoces et si remarquables du marquis

de Seignelay, fécondées par l'émulation que Colbert avait habilement

éveillée en son âme, ne tardèrent pas à obtenir la

récompense que celui-ci ambitionnait par-dessus toutes choses.

Le 23 mars 1672, il écrivit à son frère, ambassadeur en Angleterre:

«Le roi m'a fait la grâce d'admettre mon fils à la

signature et aux autres fonctions de ma charge[446].» Le brevet

de survivance était la conséquence de cette faveur. Cependant,

il paraît que le jeune marquis de Seignelay ne tint pas

exactement toutes ses promesses, et que l'âge et le sang reprirent

souvent leurs droits. En effet, même à partir de cette

époque, son père lui écrivit bien des fois encore pour lui rappeler,

dans les termes les plus pressants, avec les plus fortes

instances, la nécessité d'être plus appliqué et plus assidu aux

affaires, s'il ne voulait pas se ruiner entièrement dans l'esprit

du roi. L'extrait suivant d'une de ces lettres, datée de Saint-Germain,

le 17 avril 1672, renferme à ce sujet de curieux

détails[447].

«Vos mémoires sont confus et les matières sont meslées l'une avec

l'autre, et il y a mesme des fautes dans la diction... L'on void de

plus aussi clairement, que vous ne faites point de minuttes de vos

despesches ce qui entre nous est une chose honteuse et qui dénote

une négligence et un déffaut d'application qui ne se peut excuser

ny exprimer vu qu'il n'y a aucun de tous ceux qui servent le roy,

en quelque fonction que ce soit qui ayant à escrire à Sa Majesté,

ne fasse une minute de sa lettre, ne la relise, ne la corrige, ne

la change quelquefois d'un bout à l'autre. Et cependant, vous qui

n'avez que vingt ans faites des lettres au roy sans minuttes; il

n'y a rien qui marque tant de négligence et si peu d'envie

d'acquérir de l'estime dans l'esprit de son maistre; cela fait que

sans aucune réflexion vous mettez toutes les matières suivant

qu'elles vous viennent dans l'esprit, et outre la précipitation qui

y paroist toujours en grand lustre; vostre paresse est telle

qu'encore que vous reconnaissiez des fautes dans la construction,

vous ne pouvez vous résoudre de les corriger crainte de brouiller

vostre lettre et d'estre obligé de la refaire, et tout cela vient

par le deffaut d'application, et pour ne point faire ce que je vous

ay dit, redit et répété tant de fois.»

Colbert ajoutait que, sans cette précaution de faire des minutes,

de bien diviser les matières, de prendre garde à la diction,

à la construction, il était absolument impossible de

réussir à remplir sa charge, et que, loin d'augmenter en estime

dans l'esprit du roi, il fallait s'attendre à diminuer tous les

jours et à se perdre infailliblement.

Quoi qu'il en soit, depuis cette époque, le marquis de Seignelay

participa au travail de la marine, sous la direction et la

surveillance de Colbert. Puis, onze ans après, quand celui-ci

mourut, il lui succéda dans cette partie de ses fonctions, où il

déploya, fidèle aux traditions paternelles, la plus remarquable

activité.

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 47 / 189 题