Tableau XXXII

_Variations mensuelles des différentes formes de la criminalité

homicide_[344] (1827-1870).

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+----------+-----------+--------------+---------------+--------------+

| | | | | COUPS |

| | MEURTRES. | ASSASSINATS. | INFANTICIDES. | et blessures |

| | | | | mortels. |

+----------+-----------+--------------+---------------+--------------+

| Janvier | 560 | 829 | 647 | 830 |

| Février | 664 | 926 | 750 | 937 |

| Mars | 600 | 766 | 783 | 840 |

| Avril | 574 | 712 | 662 | 867 |

| Mai | 587 | 809 | 666 | 983 |

| Juin | 644 | 853 | 552 | 938 |

| Juillet | 614 | 776 | 491 | 919 |

| Août | 716 | 849 | 501 | 997 |

| Septembre| 665 | 839 | 495 | 993 |

| Octobre | 653 | 815 | 478 | 892 |

| Novembre | 650 | 942 | 497 | 960 |

| Décembre | 591 | 866 | 542 | 886 |

+----------+-----------+--------------+---------------+--------------+

*/

D'ailleurs, si le penchant au suicide n'était qu'un penchant au meurtre

refoulé, on devrait voir les meurtriers et les assassins, une fois

qu'ils sont arrêtés et que leurs instincts violents ne peuvent plus se

manifester au dehors, en devenir eux-mêmes les victimes. La tendance

homicide devrait donc, sous l'influence de l'emprisonnement, se

transformer en tendance au suicide. Or, du témoignage de plusieurs

observateurs, il résulte au contraire que les grands criminels se tuent

rarement. Cazauvieilh a recueilli auprès des médecins de nos différents

bagnes des renseignements sur l'intensité du suicide chez les

forçats[345]. À Rochefort, en trente ans, on n'avait observé qu'un seul

cas; aucun à Toulon, où la population était ordinairement de 3 à 4.000

individus (1818-1834). À Brest, les résultats étaient un peu différents;

en dix-sept ans, sur une population moyenne d'environ 3.000 individus,

il s'était commis 13 suicides, ce qui fait un taux annuel de 21 pour

100.000; quoique plus élevé que les précédents, ce chiffre n'a rien

d'exagéré, puisqu'il se rapporte à une population principalement

masculine et adulte. D'après le docteur Lisle, «sur 9.320 décès

constatés dans les bagnes de 1816 à 1837 inclusivement, on n'a compté

que 6 suicides[346]». D'une enquête faite par le docteur Ferrus il

résulte qu'il y a eu seulement 30 suicides en sept ans dans les

différentes maisons centrales, sur une population moyenne de 15.111

prisonniers. Mais la proportion a été encore plus faible dans les

bagnes où l'on n'a constaté que 5 suicides de 1838 à 1845 sur une

population moyenne de 7.041 individus[347]. Brierre de Boismont confirme

ce dernier fait et il ajoute: «Les assassins de profession, les grands

coupables ont plus rarement recours à ce moyen violent pour se

soustraire à l'expiation pénale que les détenus d'une perversité moins

profonde[348]». Le docteur Leroy remarque également que «les coquins de

profession, les habitués des bagnes» attentent rarement à leurs

jours[349].

Deux statistiques, citées l'une par Morselli[350] et l'autre par

Lombroso[351], tendent, il est vrai, à établir que les détenus, en

général, sont exceptionnellement enclins au suicide. Mais, comme ces

documents ne distinguent pas les meurtriers et les assassins des autres

criminels, on n'en saurait rien conclure relativement à la question qui

nous occupe. Ils paraissent même plutôt confirmer les observations

précédentes. En effet, ils prouvent que, par elle-même, la détention

développe une très forte inclination au suicide. Même si l'on ne tient

pas compte des individus qui se tuent aussitôt arrêtés et avant leur

condamnation, il reste un nombre considérable de suicides qui ne peuvent

être attribués qu'à l'influence exercée par la vie de la prison[352].

Mais alors, le meurtrier incarcéré devrait avoir pour la mort volontaire

un penchant d'une extrême violence, si l'aggravation qui résulte déjà de

son incarcération était encore renforcée par les prédispositions

congénitales qu'on lui prête. Le fait qu'il est, à ce point de vue,

plutôt au-dessous de la moyenne qu'au-dessus n'est donc guère favorable

à l'hypothèse d'après laquelle il aurait, par la seule vertu de son

tempérament, une affinité naturelle pour le suicide, toute prête à se

manifester dès que les circonstances en favorisent le développement.

D'ailleurs, nous n'entendons pas soutenir qu'il jouisse d'une véritable

immunité; les renseignements dont nous disposons ne sont pas suffisants

pour trancher la question. Il est possible que, dans certaines

conditions, les grands criminels fassent assez bon marché de leur vie et

y renoncent sans trop de peine. Mais, à tout le moins, le fait n'a-t-il

pas la généralité et la nécessité qui sont logiquement impliquées dans

la thèse italienne. C'est ce qu'il nous suffisait d'établir[353].

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 113 / 163 题