III.

Trois faits ont été allégués pour établir l'unité psychologique des deux

phénomènes.

Il y a d'abord l'influence semblable que le sexe exercerait sur le

suicide et sur l'homicide. À parler exactement, cette influence du sexe

est beaucoup plus un effet de causes sociales que de causes organiques.

Ce n'est pas parce que la femme diffère physiologiquement de l'homme

qu'elle se tue moins ou qu'elle tue moins; c'est qu'elle ne participe

pas de la même manière à la vie collective. Mais de plus, il s'en faut

que la femme ait le même éloignement pour ces deux formes de

l'immoralité. On oublie, en effet, qu'il y a des meurtres dont elle a le

monopole; ce sont les infanticides, les avortements et les

empoisonnements. Toutes les fois que l'homicide est à sa portée, elle le

commet aussi ou plus fréquemment que l'homme. D'après Oettingen[341], la

moitié des meurtres domestiques lui serait imputable. Rien n'autorise

donc à supposer qu'elle ait, en vertu de sa constitution congénitale, un

plus grand respect pour la vie d'autrui; ce sont seulement les occasions

qui lui manquent, parce qu'elle est moins fortement engagée dans la

mêlée de la vie. Les causes qui poussent aux crimes de sang agissent

moins sur elle que sur l'homme, parce qu'elle se tient davantage en

dehors de leur sphère d'influence. C'est pour la même raison qu'elle

est moins exposée aux morts accidentelles; sur 100 décès de ce genre, 20

seulement sont féminins.

D'ailleurs, même si l'on réunit sous une seule rubrique tous les

homicides intentionnels, meurtres, assassinats, parricides,

infanticides, empoisonnements, la part de la femme dans l'ensemble est

encore très élevée. En France, sur 100 de ces crimes, il y en a 38 ou 39

qui sont commis par des femmes, et même 42 si l'on tient compte des

avortements. La proportion est de 51 % en Allemagne, de 52 % en

Autriche. Il est vrai qu'on laisse alors de côté les homicides

involontaires; mais c'est seulement quand il est voulu que l'homicide

est vraiment lui-même. D'autre part, les meurtres spéciaux à la femme,

infanticides, avortements, meurtres domestiques, sont, par leur nature,

difficiles à découvrir. Il s'en commet donc un grand nombre qui

échappent à la justice et, par conséquent, à la statistique. Si l'on

songe que, très vraisemblablement, la femme doit déjà profiter à

l'instruction de la même indulgence dont elle bénéficie certainement au

jugement, où elle est bien plus souvent acquittée que l'homme, on verra

qu'en définitive l'aptitude à l'homicide ne doit pas être très

différente dans les deux sexes. On sait, au contraire, combien est

grande l'immunité de la femme contre le suicide.

L'influence de l'âge sur l'un et l'autre phénomène ne révèle pas de

moindres différences. Suivant Ferri, l'homicide comme le suicide

deviendrait plus fréquent à mesure que l'homme avance dans la vie. Il

est vrai que Morselli a exprimé le sentiment contraire[342]. La vérité

est qu'il n'y a ni inversion ni concordance. Tandis que le suicide croît

régulièrement jusqu'à la vieillesse, le meurtre et l'assassinat arrivent

à leur apogée dès la maturité, vers 30 ou 35 ans, pour décroître

ensuite. C'est ce que montre le tableau XXXI. Il est impossible d'y

apercevoir la moindre preuve ni d'une identité de nature ni d'un

antagonisme entre le suicide et les crimes de sang.

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 111 / 163 题