France (1889-1891).
_Suicides commis par 1.000.000 d'habitants de chaque groupe d'âge et
d'état civil, année moyenne._
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+-------+-------------+------+-----+---------------------------------+
|AGES. |CÉLIBATAIRES.|ÉPOUX.|VEUFS| COEFFICIENTS DE PRÉSERVATION DES|
| | | | | ÉPOUX | VEUFS |
| | | | | par | par | par |
| | | | | rapport |rapport| rapport |
| | | | | aux | aux | aux |
| | | | |célibataires|veufs |célibataires|
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
| HOMMES. |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|15-20. | 113 | 500 | " | 0,22 | " | " |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|20-25. | 237 | 97 | 142 | 2,40 | 1,45 | 1,66 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|25-30. | 394 | 122 | 412 | 3,20 | 3,37 | 0,95 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|30-40 | 627 | 226 | 560 | 2,77 | 2,47 | 1,12 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|40-50 | 975 | 340 | 721 | 2,86 | 2,12 | 1,35 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|50-60 | 1434 | 520 | 979 | 2,75 | 1,88 | 1,46 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|60-70 | 1768 | 635 | 1166| 2,78 | 1,83 | 1,51 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|70-80. | 1983 | 704 | 1288| 2,81 | 1,82 | 1,54 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|Au delà| 1571 | 770 | 1154| 2,04 | 1,49 | 1,36 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
| FEMMES. |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|15-20. | 79,4 | 33 | 333 | 2,39 | 10 | 0,23 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|20-25. | 106 | 53 | 66 | 2,00 | 1,05 | 1,60 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|25-30. | 151 | 68 | 178 | 2,22 | 2,61 | 0,84 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|30-40. | 126 | 82 | 205 | 1,53 | 2,50 | 0,61 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|40-50. | 171 | 106 | 168 | 1,61 | 1,58 | 1,01 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|50-60 | 204 | 151 | 199 | 1,35 | 1,31 | 1,02 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|70-80. | 206 | 209 | 248 | 0,98 | 1,18 | 0,83 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
|Au delà| 176 | 110 | 240 | 1,60 | 2,18 | 0,79 |
+-------+-------------+------+-----+------------+-------+------------+
*/
Or, si, pour les raisons que nous avons exposées, nous croyons cette
statistique inexacte pour les âges avancés, nous n'avons aucun motif de
la révoquer en doute pour les premières périodes de l'existence, alors
qu'il n'y a pas encore de veufs. On sait, d'ailleurs, que la mortalité
des époux et des épouses trop jeunes dépasse très sensiblement celle des
garçons et des filles du même âge. Mille célibataires hommes entre 15 et
20 ans donnent chaque année 8,9 décès, mille hommes mariés du même âge
51, soit 473 % en plus. L'écart est moindre pour l'autre sexe, 9,9 pour
les épouses, 8,3 pour les filles; le premier de ces nombres est
seulement au second comme 119 est à 100[167]. Cette plus grande
mortalité des jeunes ménages, est évidemment due à des raisons sociales;
car si elle avait principalement pour cause l'insuffisante maturité de
l'organisme, c'est dans le sexe féminin qu'elle serait le plus marquée,
par suite des dangers propres à la parturition. Tout tend donc à prouver
que les mariages prématurés déterminent un état moral dont l'action est
nocive, surtout sur les hommes.
2° _À partir de 20 ans, les mariés des deux sexes bénéficient d'un
coefficient de préservation par rapport aux célibataires._ Il est
supérieur à celui qu'avait calculé Bertillon. Le chiffre de 1,6, indiqué
par cet observateur, est plutôt un minimum qu'une moyenne[168].
Ce coefficient évolue suivant l'âge. Il arrive rapidement à un maximum
qui a lieu entre 25 et 30 ans en France, entre 30 et 40 à Oldenbourg; à
partir de ce moment, il décroît jusqu'à la dernière période de la vie où
se produit parfois un léger relèvement.
3° _Le coefficient de préservation des mariés par rapport aux
célibataires varie avec les sexes._ En France, ce sont les hommes qui
sont favorisés et l'écart entre les deux sexes est considérable; pour
les époux, la moyenne est de 2,73, tandis que, pour les épouses, elle
n'est que de 1,56, soit 43 % en moins. Mais à Oldenbourg, c'est
l'inverse qui a lieu; la moyenne est pour les femmes de 2,16 et pour les
hommes de 1,83 seulement. Il est à noter que, en même temps, la
disproportion est moindre; le second de ces nombres n'est inférieur au
premier que de 16 %. Nous dirons donc que _le sexe le plus favorisé à
l'état de mariage varie suivant les sociétés et que la grandeur de
l'écart entre le taux des deux sexes varie elle-même selon la nature du
sexe le plus favorisé_. Nous rencontrerons, chemin faisant, des faits
qui confirmeront cette loi.
4° _Le veuvage diminue le coefficient des époux des deux sexes, mais, le
plus souvent, il ne le supprime pas complètement._ Les veufs se tuent
plus que les gens mariés, mais, en général, moins que les célibataires.
Leur coefficient s'élève même dans certains cas jusqu'à 1,60 et 1,66.
Comme celui des époux, il change avec l'âge, mais suivant une évolution
irrégulière et dont il est impossible d'apercevoir la loi.
Tout comme pour les époux, _le coefficient de préservation des veufs par
rapport aux célibataires varie avec les sexes._ En France, ce sont les
hommes qui sont favorisés; leur coefficient moyen est de 1,32 tandis
que, pour les veuves, il descend au-dessous de l'unité, 0,84, soit 37 %
en moins. Mais à Oldenbourg, ce sont les femmes qui ont l'avantage comme
pour le mariage; elles ont un coefficient moyen de 1,07, tandis que
celui des veufs est au-dessous de l'unité 0,89, soit 17 % en moins.
Comme à l'état de mariage, quand c'est la femme qui est le plus
préservée, l'écart entre les sexes est moindre que là où l'homme a
l'avantage. Nous pouvons donc dire dans les mêmes termes que _le sexe le
plus favorisé à l'état de veuvage varie selon les sociétés et que la
grandeur de l'écart entre le taux des deux sexes varie elle-même selon
la nature du sexe le plus favorisé._
Les faits étant ainsi établis, il nous faut chercher à les expliquer.