L'imitation[102].
Mais, avant de rechercher les causes sociales du suicide, il est un
dernier facteur psychologique dont il nous faut déterminer l'influence à
cause de l'extrême importance qui lui a été attribuée dans la genèse des
faits sociaux en général et du suicide en particulier. C'est
l'imitation.
Que l'imitation soit un phénomène purement psychologique, c'est ce qui
ressort avec évidence de ce fait qu'elle peut avoir lieu entre individus
que n'unit aucun lien social. Un homme peut en imiter un autre sans
qu'ils soient solidaires l'un de l'autre ou d'un même groupe dont ils
dépendent également, et la propagation imitative n'a pas, à elle seule,
le pouvoir de les solidariser. Un éternuement, un mouvement choréiforme,
une impulsion homicide peuvent se transférer d'un sujet à un autre sans
qu'il y ait entre eux autre chose qu'un rapprochement fortuit et
passager. Il n'est nécessaire ni qu'il y ait entre eux aucune communauté
intellectuelle ou morale, ni qu'ils échangent des services, ni même
qu'ils parlent une même langue, et ils ne se trouvent pas plus liés
après le transfert qu'avant. En somme, le procédé par lequel nous
imitons nos semblables est aussi celui qui nous sert à reproduire les
bruits de la nature, les formes des choses, les mouvements des êtres.
Puisqu'il n'a rien de social dans le second cas, il en est de même du
premier. Il a son origine dans certaines propriétés de notre vie
représentative, qui ne résultent d'aucune influence collective. Si donc
il était établi qu'il contribue à déterminer le taux des suicides, il
en résulterait que ce dernier dépend directement, soit en totalité soit
en partie, de causes individuelles.