/*
+----------------------------+---------------------------------------+
| | COMBIEN DE SUICIDES |
| |à chaque moment de la journée sur 1.000|
| | suicides journaliers. |
| +------------------+--------------------+
| | 1871. | 1872. |
+----------------------------+-----------+------+---------+----------+
|Première matinée[96] | 35,9 | | 35,9 | |
+----------------------------+-----------+ +---------+ |
|Deuxième --- | 158,3 | | 159,7 | |
+----------------------------+-----------+ 375 +---------+ 391,9 |
|Milieu du jour | 73,1 | | 71,5 | |
+----------------------------+-----------+ +---------+ |
|Après-midi | 143,6 | | 160,7 | |
+----------------------------+-----------+------+---------+----------+
|Le soir | 53,5 | 61,0 |
+----------------------------+------------------+--------------------+
|La nuit | 212,6 | 219,3 |
+----------------------------+------------------+--------------------+
|Heure inconnue | 322 | 291,9 |
+----------------------------+------------------+--------------------+
| | 1.000 | 1.000 |
+----------------------------+------------------+--------------------+
*/
La prépondérance des suicides diurnes est évidente. Si donc le jour est
plus fécond en suicides que la nuit, il est naturel que ceux-ci
deviennent plus nombreux à mesure qu'il devient plus long.
Mais d'où vient cette influence du jour?
Certainement, on ne saurait invoquer, pour en rendre compte, l'action du
soleil et de la température. En effet, les suicides commis au milieu de
la journée, c'est-à-dire au moment de la plus grande chaleur, sont
beaucoup moins nombreux que ceux du soir ou de la seconde matinée. On
verra même plus bas qu'en plein midi il se produit un abaissement
sensible. Cette explication écartée, il n'en reste plus qu'une de
possible, c'est que le jour favorise le suicide parce que c'est le
moment où les affaires sont le plus actives, où les relations humaines
se croisent et s'entrecroisent, où la vie sociale est le plus intense.
Les quelques renseignements que nous avons sur la manière dont le
suicide se répartit entre les différentes heures de la journée ou entre
les différents jours de la semaine confirment cette interprétation.
Voici d'après 1.993 cas observés par Brierre de Boismont à Paris et 548
cas, relatifs à l'ensemble de la France et réunis par Guerry, quelles
seraient les principales oscillations du suicide dans les 24 heures:
/*
+----------------------------------+---------------------------------+
| PARIS. | FRANCE. |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
| |Nombre des| |Nombre des|
| | suicides | | suicides |
| |par heure | |par heure |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
|De minuit à 6 heures | 55 |De minuit à 6 heures | 30 |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
|De 6 heures à 11 heures| 108 |De 6 heures à midi | 61 |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
|De 11 heures à midi | 81 |De midi à 2 heures | 32 |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
|De midi à 4 heures | 105 |De 2 heures à 6 heures| 47 |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
|De 4 heures à 8 heures | 81 |De 6 heures à minuit | 38 |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
|De 8 heures à minuit | 61 | | |
+-----------------------+----------+----------------------+----------+
*/
On voit qu'il y a deux moments où le suicide bat son plein; ce sont ceux
où le mouvement des affaires est le plus rapide, le matin et
l'après-midi. Entre ces deux périodes, il en est une de repos où
l'activité générale est momentanément suspendue; le suicide s'arrête un
instant. C'est vers onze heures à Paris et vers midi en province que se
produit cette accalmie. Elle est plus prononcée et plus prolongée dans
les départements que dans la capitale, par cela seul que c'est l'heure
où les provinciaux prennent leur principal repas; aussi le stationnement
du suicide y est-il plus marqué et de plus de durée. Les données de la
statistique prussienne, que nous avons rapportées un peu plus haut,
pourraient fournir l'occasion de remarques analogues[97].
D'autre part, Guerry, ayant déterminé pour 6.587 cas le jour de la
semaine où ils avaient été commis, a obtenu l'échelle que nous
reproduisons au Tableau XV (V. ci-dessous). Il en ressort que le suicide
diminue à la fin de la semaine à partir du vendredi. Or, on sait que
les préjugés relatifs au vendredi ont pour effet de ralentir la vie
publique. La circulation sur les chemins