Tableau XII[89]

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+---------+-----------------+----------------------+-----------------+

| |FRANCE (1866-70) | ITALIE (1883-88) |PRUSSE (1876-78, |

| | | | 80-82, 85-89) |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

| | | Combien | | Combien | | Combien |

| | | de | | de | | de |

| | Temp. |suicides | Temp. | suicides| Temp. | suicides|

| |moyenne| chaque | moyenne | chaque |moyenne| chaque |

| | |mois sur | | mois sur|(1848 | mois sur|

| | | 1.000 |Rome |Naples| 1.000 |- 1877)| 1.000 |

| | |suicides | | suicides| | suicides|

| | |annuels. | | annuels.| | annuels.|

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Janvier | 2°,4 | 68 | 6°,8| 8°,4 | 69 | 0°,28 | 61 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Février | 4° | 80 | 8°,2| 9°,3 | 80 | 0°,73 | 67 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Mars | 6°,4 | 86 |10°,4|10°,7 | 81 | 2°,74 | 78 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Avril | 10°,1 | 102 |13°,5|14°, | 98 | 6°,79 | 99 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Mai | 14°,2 | 105 |18°,0|17°,9 | 103 |10°,47 | 104 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Juin | 17°,2 | 107 |21°,9|21°,5 | 105 |14°,05 | 105 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Juillet | 18°,9 | 100 |24°,9|24°,3 | 102 |15°,22 | 99 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Août | 18°,5 | 82 |24°,3|24°,2 | 93 |14°,60 | 90 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Septembre| 15°,7 | 74 |21°,2|21°,05| 73 |11°,60 | 83 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Octobre | 11°,3 | 70 |16°,3|17°,1 | 65 | 7°,79 | 78 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Novembre | 6°,5 | 66 |10°,9|12°,2 | 63 | 2°,93 | 70 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

|Décembre | 3°,7 | 61 | 7°,9| 9°,5 | 61 | 0°,60 | 61 |

+---------+-------+---------+------------+---------+-------+---------+

*/

Dans un même pays, des mois dont la température est sensiblement la même

produisent un nombre proportionnel de suicides très différent (par

exemple, mai et septembre, avril et octobre en France, juin et

septembre, en Italie, etc.). L'inverse n'est pas moins fréquent; janvier

et octobre, février et août, en France, comptent autant de suicides

malgré des différences énormes de température, et il en est de même

d'avril et de juillet en Italie et en Prusse. De plus, les chiffres

proportionnels sont presque rigoureusement les mêmes pour chaque mois

dans ces différents pays, quoique la température mensuelle soit très

inégale d'un pays à l'autre. Ainsi, mai dont la température est de

10°,47 en Prusse, de 14°,2 en France et de 18° en Italie, donne dans la

première 104 suicides, 105 dans la seconde et 103 dans la troisième[90].

On peut faire la même remarque pour presque tous les autres mois. Le cas

de décembre est particulièrement significatif. Sa part dans le total

annuel des suicides est rigoureusement la même pour les trois sociétés

comparées (61 suicides pour mille); et pourtant le thermomètre à cette

époque de l'année, marque en moyenne 7°,9 à Rome, 9°,5 à Naples, tandis

qu'en Prusse il ne s'élève pas au-dessus de 0°,67. Non seulement les

températures mensuelles ne sont pas les mêmes, mais elles évoluent

suivant des lois différentes dans les différentes contrées; ainsi, en

France, le thermomètre monte plus de janvier à avril que d'avril à juin,

tandis que c'est l'inverse en Italie. Les variations thermométriques et

celles du suicide sont donc sans aucun rapport.

Si, d'ailleurs, la température avait l'influence qu'on suppose, celle-ci

devrait se faire sentir également dans la distribution géographique des

suicides. Les pays les plus chauds devraient être les plus éprouvés. La

déduction s'impose avec une telle évidence que l'école italienne y

recourt elle-même, quand elle entreprend de démontrer que la tendance

homicide, elle aussi, s'accroît avec la chaleur. Lombroso, Ferri, se

sont attachés à établir que, comme les meurtres sont plus fréquents en

été qu'en hiver, ils sont aussi plus nombreux au Sud qu'au Nord.

Malheureusement, quand il s'agit du suicide, la preuve se retourne

contre les criminologistes italiens: car c'est dans les pays méridionaux

de l'Europe qu'il est le moins développé. L'Italie en compte cinq fois

moins que la France; l'Espagne et le Portugal sont presque indemnes. Sur

la carte française des suicides, la seule tache blanche qui ait quelque

étendue est formée par les départements situés au sud de la Loire. Sans

doute, nous n'entendons pas dire que cette situation soit réellement un

effet de la température; mais, quelle qu'en soit la raison, elle

constitue un fait inconciliable avec la théorie qui fait de la chaleur

un stimulant du suicide[91].

Le sentiment de ces difficultés et de ces contradictions a amené

Lombroso et Ferri à modifier légèrement la doctrine de l'école, mais

sans en abandonner le principe. Suivant Lombroso, dont Morselli

reproduit l'opinion, ce ne serait pas tant l'intensité de la chaleur qui

provoquerait au suicide que l'arrivée des premières chaleurs, que le

contraste entre le froid qui s'en va et la saison chaude qui commence.

Celle-ci surprendrait l'organisme au moment où il n'est pas encore

habitué à cette température nouvelle. Mais il suffit de jeter un coup

d'œil sur le tableau XII pour s'assurer que cette explication est dénuée

de tout fondement. Si elle était exacte, on devrait voir la courbe qui

figure les mouvements mensuels du suicide rester horizontale pendant

l'automne et l'hiver, puis monter tout à coup à l'instant précis où

arrivent ces premières chaleurs, source de tout le mal, pour redescendre

non moins brusquement une fois que l'organisme a eu le temps de s'y

acclimater. Or, tout au contraire, la marche en est parfaitement

régulière: la montée, tant qu'elle dure, est à peu près la même d'un

mois à l'autre. Elle s'élève de décembre à janvier, de janvier à

février, de février à mars, c'est-à-dire pendant les mois où les

premières chaleurs sont encore loin et elle redescend progressivement de

septembre à décembre, alors qu'elles sont depuis si longtemps terminées

qu'on ne saurait attribuer cette décroissance à leur disparition.

D'ailleurs à quel moment se montrent-elles? On s'entend généralement

pour les faire commencer en avril. En effet, de mars à avril, le

thermomètre monte de 6°,4 à 10°,1; l'augmentation est donc de 57 %,

tandis qu'elle n'est plus que de 40 % d'avril à mai, de 21 % de mai à

juin. On devrait donc constater en avril une poussée exceptionnelle de

suicides. En réalité, l'accroissement qui se produit alors n'est pas

supérieur à celui qu'on observe de janvier à février (18 %). Enfin,

comme cet accroissement non seulement se maintient, mais encore se

poursuit, quoiqu'avec plus de lenteur, jusqu'en juin et même jusqu'en

juillet, il paraît bien difficile de l'imputer à l'action du printemps,

à moins de prolonger cette saison jusqu'à la fin de l'été et de n'en

exclure que le seul mois d'août.

D'ailleurs, si les premières chaleurs étaient à ce point funestes, les

premiers froids devraient avoir la même action. Eux aussi surprennent

l'organisme qui en a perdu l'habitude et troublent les fonctions vitales

jusqu'à ce que la réadaptation soit un fait accompli. Cependant, il ne

se produit en automne aucune ascension qui ressemble même de loin à

celle que l'on observe au printemps. Aussi ne comprenons-nous pas

comment Morselli, après avoir reconnu que, d'après sa théorie, le

passage du chaud au froid doit avoir les mêmes effets que la transition

inverse, a pu ajouter: «Cette action des premiers froids peut se

vérifier soit dans nos tableaux statistiques, soit, mieux encore, dans

la seconde élévation que présentent toutes nos courbes en automne, aux

mois d'octobre et de novembre, c'est-à-dire quand le passage de la

saison chaude à la saison froide est le plus vivement ressenti par

l'organisme humain et spécialement par le système nerveux[92]». On n'a

qu'à se reporter au tableau XII pour voir que cette assertion est

absolument contraire aux faits. Des chiffres mêmes donnés par Morselli,

il résulte que, d'octobre à novembre, le nombre des suicides n'augmente

presque dans aucun pays, mais, au contraire, diminue. Il n'y a

d'exceptions que pour le Danemark, l'Irlande, une période de l'Autriche

(1851-54) et l'augmentation est minime dans les trois cas[93]. En

Danemark, ils passent de 68 pour mille à 71, en Irlande de 62 à 66, en

Autriche de 65 à 68. De même, en octobre, il ne se produit

d'accroissement que dans huit cas sur trente et une observations, à

savoir pendant une période de la Norwège, une de la Suède, une de la

Saxe, une de la Bavière, de l'Autriche, du duché de Bade et deux du

Wurtemberg. Toutes les autres fois il y a baisse ou état stationnaire.

En résumé, vingt et une fois sur trente et une, ou 67 fois sur cent, il

y a diminution régulière de septembre à décembre.

La continuité parfaite de la courbe, tant dans sa phase progressive que

dans la phase inverse, prouve donc que les variations mensuelles du

suicide ne peuvent résulter d'une crise passagère de l'organisme, se

produisant une fois ou deux dans l'année, à la suite d'une rupture

d'équilibre brusque et temporaire. Mais elles ne peuvent dépendre que de

causes qui varient, elles aussi, avec la même continuité.

Le Suicide: Etude de Sociologie · 第 42 / 163 题