Le succès de _Jeanne d'Arc_, que notre collaborateur M. Savigny avait
signalé dès la première représentation de ce drame lyrique, qui devient
populaire, s'affirme de jour en jour. L'_Illustration_ lui doit les
honneurs d'une gravure et les lui fait bien volontiers, en s'associant à
la vive sympathie du public pour le poète, M. Barbier, et pour le
musicien, M. Gounod. Elle rend aussi le tribut d'éloges dû aux
décorateurs et aux interprètes de cet ouvrage. Elle donne les
principales scènes du drame et dans la décoration du fort et de la
courtine d'Orléans, au-dessous desquels se dessine le pont de la Loire,
et dans cette vue du parvis et de l'église de Reims, et dans cet acte où
s'élève le bûcher qui doit dévorer l'héroïne. Au centre, le dessinateur
a placé le portrait de Mlle Lia-Félix. Bien des rôles ont marqué la
carrière déjà longue de l'éminente artiste. Elevée à cette grande école
du bien dire que Mlle Rachel a formée autour d'elle et dans sa propre
famille, au milieu de ses soeurs dont elle est aussi une des gloires,
Mlle Lia-Félix a fait, dans une série de drames joués depuis tantôt
quinze ans, une foule de créations qui lui ont mérité une légitime
réputation et qui lui ont valu la première place parmi les interprètes
du drame. Jamais le triomphe de Mlle Lia-Félix, même aux jours de la
_Fille du paysan_, n'a été plus vif et plus grand que dans _Jeanne
d'Arc_. Jamais elle n'a déployé des qualités dramatiques aussi
saisissantes. Mlle Lia-Félix a résumé dans ce rôle toute la puissance de
son talent, par l'émotion vraie, le sentiment, la noblesse et l'énergie.
Il y a là comme le souvenir de l'illustre tragédienne, et nous avons cru
la voir revivre surtout dans cette scène finale du drame, dans laquelle
Mlle Rachel n'aurait pas arraché plus de larmes et appelé à elle plus
d'applaudissements.