ÉTATS-UNIS.

Le Message présidentiel a été lu le 2 décembre au Congrès. Il constate

que la réduction de la dette accomplie durant l'année, au moyen de

l'excédant des recettes, s'est élevée à 43 millions de dollars, ce qui

porte l'amortissement total de la dette à 300 millions de dollars.

Le Message recommande de restreindre les privilèges des banques relatifs

aux avances sur dépôts. Il déclare que, tant que les payements en

espèces ne seront pas repris, le marché aura des moments difficiles. Il

demande instamment au Congrès d'étudier la question de la circulation en

vue de la reprise des payements en espèces, lesquels permettraient aux

banques d'user de leurs réserves pour régler le taux des intérêts et

augmenter la circulation dans les moments critiques.

Le Message constate ensuite l'amélioration du commerce étranger, qui

aidera à la reprise des payements en espèces.

A propos du _Virginius_, le Message dit que la capture en pleine mer

d'un bâtiment portant pavillon américain menaçait d'avoir de plus

sérieuses conséquences, et qu'elle a agité l'opinion publique dans toute

l'Amérique.

Plusieurs passagers qui étaient citoyens américains ont été fusillés

sans procédure régulière. Selon le principe établi, les bâtiments

américains en pleine mer et en temps de paix sont, sous la juridiction

de leur pays.

Toute vexation subie de la part des étrangers est un attentat à la

souveraineté des Etats-Unis, qui, se basant sur ce principe, ont demandé

à l'Espagne de rendre le _Virginius_ et les survivants de l'équipage, de

faire réparation au drapeau américain et de punir les autorités

coupables.

Le _Virginius_ avait des papiers en règle et le pavillon américain.

L'Espagne a tout accordé.

Le Message déclare, en terminant, que l'esclavage est la cause du

malheureux état de Cuba. Il demande au Congrès d'exprimer le voeu que

l'esclavage disparaisse de Cuba, car c'est le seul moyen de rendre

possibles les bonnes relations entre l'Amérique et Cuba. Le gouvernement

américain n'est pas hostile à l'Espagne, mais l'affaire du _Virginius_ a

produit une indignation telle, que le Président a dû placer la marine

sur le pied de guerre.

Cette affaire est présentement en voie d'arrangement satisfaisant et

honorable pour les deux pays.

Le Message constate que les relations de l'Amérique avec les autres pays

sont amicales. L'indemnité de l'affaire de l'_Alabama_ a été appliquée

au rachat des obligations 5.20 jusqu'à concurrence de 15 millions

500,000 dollars.

Le Président reconnaît les éminents services rendus par les commissaires

du tribunal de Genève. Il recommande la création d'une Cour spéciale

composée de trois juges, pour entendre les plaintes des puissances

étrangères contre les Etats-Unis. Le Président rappelle qu'il a reconnu

le gouvernement espagnol et le félicite d'avoir émancipé les esclaves de

Porto-Rico et restitué les propriétés américaines séquestrées à Cuba.

L'esclavage règne encore à Cuba, protégé par un parti puissant, en

hostilité ouverte contre le gouvernement de Madrid et plus dangereux que

les insurgés. Dans l'intérêt de l'humanité, l'influence de ce parti doit

être détruite.

L'affaire du _Virginius_ pourrait bien se compliquer prochainement de

l'intervention de l'Angleterre, si toutefois le gouvernement de ce pays

ne consultait que l'opinion publique et en suivait docilement

l'impulsion. Une Note adressée au Foreign-Office par M. Crawford, consul

général de la Grande-Bretagne à la Havane, et communiquée aux journaux,

a inspiré au _Times_ un article d'une grande violence et où éclate une

vive indignation. Cette Note contient la liste des victimes de

nationalité anglaise exécutées à Santiago: on y trouve le second du

navire, un aide-mécanicien, trois chauffeurs, six aides pour le

transport du charbon, deux maîtres d'hôtel et trois matelots. Ce sont de

pareils gens employés au service du bâtiment qui ont été assimilés à des

insurgés pris les armes à la main et fusillés sans aucune forme de

procès. Jamais les lois humaines n'ont été plus cruellement violées. On

peut donc s'attendre à voir le gouvernement anglais élever de justes et

sévères réclamations contre ces barbares exécutions. Du côté de

l'Espagne, la situation devient de plus en plus critique. Les nouvelles

sont contradictoires. Une première dépêche de New-York, en date du 4

décembre, annonçait, d'après des avis reçus de la Havane, que les

principaux chefs des volontaires avaient publié un Manifeste attestant

leur soumission aux autorités et leur confiance dans M. Jovellar,

capitaine général de Cuba. Mais le même jour, une dépêche de la Havane

faisait parvenir à Madrid des informations tout opposées. M. Jovellar, y

était-il dit, avait prévenu le gouvernement espagnol que, vu l'état

d'exaspération de l'opinion publique, il lui était impossible de

procéder, au moins pour le moment, à l'exécution des ordres concernant

la restitution du _Virginius_; il faisait même entrevoir la possibilité

«de véritables catastrophes» dans le cas où l'on agirait avec trop de

précipitation. Enfin, toujours d'après la même source, il avait offert

sa démission. Aujourd'hui, la scène change. On télégraphie de Madrid, le

5 décembre, onze heures cinquante minutes du soir, que les ordres du

gouvernement seront fidèlement exécutés: le capitaine général et le

commandant des forces navales en ont envoyé l'assurance formelle.

Toutefois une dépêche de New-York, postérieure à la précédente et datée

d'aujourd'hui même, nous apprend que l'Espagne avait promis de faire

hier la remise du navire, que cet engagement n'a pas été rempli, et

qu'il en résulte un vif mécontentement. Mais, ajoute-t-on, le cabinet de

Washington est disposé à attendre que cette restitution puisse être

faite sans blesser la fierté du gouvernement espagnol. C'est seulement

dans le cas ou l'impuissance de celui-ci serait démontrée que l'affaire

serait soumise au Congrès.

Enfin, une dernière dépêche datée de Philadelphie, 9 décembre, annonce

que des arrangements définitif' ont été pris pour que la restitution du

_Virginius_ et des prisonniers survivants se fasse le 18 décembre. On

assure que la frégate américaine _Worcester_ sera chargée de recevoir le

_Virginius_ à la Havane, et que la frégate _Jumata_ aura mission de se

rendre à Santiago pour prendre les survivants à son bord.

L'insurrection de Carthagène paraît sur le point d'arriver à son terme;

la ville et les forts ont été très-éprouvés par le bombardement

entrepris par les troupes du gouvernement; les vivres se font rares dans

la place et les insurgés ont dû faire sortir les bouches inutiles; huit

cents femmes et enfants ont été transportés à Pormau, où ils se trouvent

dans un état de détresse tel que l'amiral Yelverton, commandant

l'escadre anglaise mouillée devant le port, a écrit à M. Castelar pour

intercéder en leur faveur. Cependant les insurgés pensent qu'ils peuvent

encore tenir un mois s'ils restent unis entre eux. Les forts et les

batteries n'ont que très-peu souffert. On croit que lorsque les

munitions seront épuisées, une grande partie des insurgés tenteront de

s'ouvrir un passage à l'aide des vingt-cinq canons Krupp qu'ils

possèdent, et qu'ils iront à travers les montagnes rejoindre les

carlistes. Les autres essayeront de s'échapper à bord de la _Numancia_.

L'Illustration, No. 1607, 13 décembre 1873 · 第 6 / 26 题