La campagne entreprise par le gouvernement allemand contre le clergé
catholique devient chaque jour plus difficile; l'opiniâtreté du cabinet
prussien n'a d'égale que la résistance énergique des catholiques.
D'après la Preussische, Volksblatt, organe officieux de l'administration
l'agitation religieuse a tellement gagné les populations des petites
villes et de la campagne, que l'on commence à avoir des appréhensions
sérieuses. On s'efforce, dit ce journal, de réveiller les souvenirs des
anciennes guerres religieuses. Des agents secrets parcourent le pays
sous mille déguisements pour enflammer le fanatisme catholique;
l'exaltation des femmes, principalement, est arrivée à son paroxysme. Le
gouvernement use vainement de tous les moyens de rigueur que les lois
récemment votées, en mai 1873, ont mis à sa disposition; mais il se
heurte contre d'inflexibles résistances. Il a interdit la publication de
la dernière encyclique du Pape en date du 21 novembre, dont nous avons
donné l'analyse et saisi le _Coelnische Zeitung_ au moment où elle
livrait ce document à l'impression, mesure contre laquelle M. Virchow a
protesté dans le Landtag. Les journaux ultramontains se sont vengés en
imprimant une bulle du mois d'avril dernier, qui frappe d'interdit
toutes les églises où se célébrerait le service du vieux-catholicisme. A
Schoenberg, en Silésie, l'autorité prussienne, qui avait interdit le
curé, voulut faire fermer l'église. Mais, selon le _Vaterland_, de
Munich, la population a trouvé un moyen ingénieux de contrecarrer les
intentions de la police: elle a enlevé la porte et arraché les gonds, de
sorte que, quand les agents sont arrivés, il leur a été impossible
d'apposer les scellés. On voit à quels incidents de tout ordre ce
conflit donne lieu. Le Parlement lui-même en ressent le contre-coup.
Ainsi le Landtag vient d'adopter, par 351 voix contre 6, une proposition
des ultramontains portant suppression du timbre sur journaux et
almanachs. Le ministère la combattait en objectant que l'on doit
présenter au prochain Reichstag la loi sur la presse dont il a été
question l'année dernière, et dont les dispositions ont soulevé les plus
vives réclamations. Encouragés par ce succès, les ultramontains ont
déposé une motion plus hardie, tendante à l'abrogation des lois
ecclésiastiques votées au mois de mai dernier; ils comptent sur une
grande majorité au prochain Reichstag qui doit être élu le 10 janvier
1874, et où l'Alsace-Lorraine sera représentée pour la première fois. II
se pourrait que Mgr Ledochowski, archevêque de Posen, fût l'un des
candidats élus. Cet énergique prélat a refusé de donner sa démission.
Pour se débarrasser de lui, on songerait, dit-on, à compléter les lois
susdites en autorisant le gouvernement à expulser les prêtres suspendus
de leurs fonctions par la cour civile ecclésiastique. Mais, pour couvrir
Mgr Ledochowski de l'immunité parlementaire, ses fidèles partisans se
proposent de le faire élire, à Schrimm, comme député au Reichstag. La
lutte, on le voit, ne saurait être plus sérieusement engagée, et des
deux côtés elle est poussée avec un égal acharnement.