II

Macloune avait grandi en travaillant, se rendait utile lorsqu'il le

pouvait et toujours prêt à rendre service, à faire une commission,

ou à prêter la main lorsque l'occasion se présentait. Il n'avait

jamais été à l'école et ce n'est que très tard, à l'âge de treize

ou quatorze ans, que le curé du village lui avait permis de faire

sa première communion. Bien qu'il ne fût pas ce que l'on appelle

un simple d'esprit, il avait poussé un peu à la diable et son

intelligence qui n'était pas très vive n'avait jamais été cultivée.

Dès l'âge de dix ans, il aidait déjà sa mère à faire bouillir la

marmite et à amasser la provision de bois de chauffage pour

l'hiver.

C'était généralement sur la grève du Saint-Laurent qu'il passait des

heures entières à recueillir les bois flottants qui descendaient avec

le courant pour s'échouer sur la rive.

Macloune avait développé de bonne heure un penchant pour le commerce

et le brocantage et ce fut un grand jour pour lui lorsqu'il put se

rendre à Montréal pour y acheter quelques articles de vente facile,

comme du fil, des aiguilles, des boutons, qu'il colportait ensuite

dans un panier avec des bonbons et des fruits. Il n'y eut plus de

misère dans la petite famille à dater de cette époque, mais le pauvre

garçon avait compté sans la maladie, qui commença à s'attaquer à son

pauvre corps, déjà si faible et si cruellement éprouvé.

Mais Macloune était brave, et il n'y avait guère de temps qu'on ne

l'aperçut sur le quai, au débarcadère des bateaux à vapeur, les jours

de marché, ou avant et après la grand'messe, tous les dimanches et

fêtes de l'année. Pendant les longues soirées d'été, il faisait la

pêche dans les eaux du fleuve, et il était devenu d'une habileté peu

commune pour conduire un canot, soit à l'aviron pendant les jours de

calme, soit à la voile lorsque les vents étaient favorables. Pendant

les grandes brises du nord-est, on apercevait parfois Macloune seul,

dans son canot, les cheveux au vent, louvoyant en descendant le

fleuve ou filant vent arrière vers les îles de Contrecoeur.

Pendant la saison des fraises, des framboises et des _bluets_, il

avait organisé un petit commerce de gros qui lui rapportait d'assez

beaux bénéfices. Il achetait ces fruits des villageois pour aller les

revendre sur les marchés de Montréal. C'est alors qu'il fit la

connaissance d'une pauvre fille qui lui apportait ses _bluets_ de

la rive opposée du fleuve, où elle habitait, dans la concession de la

Petite-Misère.

La chasse galerie: Légendes Canadiennes · 第 16 / 24 题