Oui, affolée! L'aiguille sautait d'un pôle à l'autre avec de
brusques secousses, parcourait tous les points du cadran, et
tournait, comme si elle eût été prise de vertige.
Je savais bien que, d'après les théories les plus acceptées,
l'écorce minérale du globe, n'est jamais dans un état de repos
absolu; les modifications amenées par la décomposition des
matières internes, l'agitation provenant des grands courants
liquides, l'action du magnétisme, tendent à l'ébranler
incessamment, alors même que les êtres disséminés à sa surface ne
soupçonnent pas son agitation. Ce phénomène ne m'aurait donc pas
autrement effrayé, ou du moins il n'eût pas fait naître dans mon
esprit une idée terrible.
Mais d'autres faits, certains détails _sui generis_, ne purent me
tromper plus longtemps; les détonations se multipliaient avec une
effrayante intensité; je ne pouvais les comparer qu'au bruit que
feraient un grand nombre de chariots entraînés rapidement sur le
pavé. C'était un tonnerre continu.
Puis, la boussole affolée, secouée par les phénomènes
électriques, me confirmait dans mon opinion; l'écorce minérale
menaçait de se rompre, les massifs granitiques de se rejoindre,
la fissure de se combler, le vide de se remplir, et nous, pauvres
atomes, nous allions être écrasés dans cette formidable étreinte.
«Mon oncle, mon oncle! m'écriai-je, nous sommes perdus!
—Quelle est cette nouvelle terreur? me répondit-il avec un
calme surprenant. Qu'as-tu donc?
—Ce que j'ai! Observez ces murailles qui s'agitent, ce massif
qui se disloque, cette chaleur torride, cette eau qui bouillonne,
ces vapeurs qui s'épaississent, cette aiguille folle, tous les
indices d'un tremblement de terre!»